Se contenter du black-out ?Convoquant quelques unes de mes connaissances dans le domaine scientifique je m'interroge : quelles sont les limites des analyses pratiquées sur le contenu de l'Erika, que peuvent-elles mettre en évidence ?
Est-il possible, par chromatographie, spéctrométrie de masse et autres méthodes disponibles, de mettre en évidence les 500 tonnes de graisse de phoque rancie dont un ciragier se sera débarassé et qui auront été mélangées à 10 000 tonnes d'un résidu de distillation de type Fioul Lourd n°2 afin de diminuer sa viscosité ?
Il me semble bien que non. Ces analyses permetront d'identifier des molécules présentes dans cette graisse de phoque, elles apparaîtront, plus ou moins nettement, sur une courbe comme des pics parmi d'autres et il sera presque impossible d'identifier de la graisse de phoque en tant que telle.
Je crois même que seule une analyse isotopique pratiquée sur certaines fractions du mélange de base permettrait d'affirmer qu'il contient des molécules provenant de graisse de phoque.
J'en appelle ici aux praticiens de ces méthodes pour contredire mes allégations (je publierai leur point de vue sur ce sujet).
Au cas où elles ne seraient pas entachées d'erreur, que l'on m'explique comment on peut se construire une idée exacte de la toxicité du contenu de l'Erika, à moins de connaître la liste complète des composés qui ont servi à le formuler ?
En lisant de près la littérature disponible sur Internet concernant la formulation des Oil #6, Bunker C ou Fioul Lourd n°2 on s'aperçoit qu'ils peuvent contenir une certaine variété de produits, parfois relativement peu miscibles avec le résidu de base. Ces derniers seront relâchés en priorité dans le milieu marin : leur concentration aura diminué dans ce que l'on retrouvera sur les plages et s'ils sont inoffensifs, tant mieux ! Sinon ils auront pollué des masses d'eau considérables sans que nous puissions vraiment nous en apercevoir, pourtant leurs effets sur la chaîne alimentaire ne sera pas nécessairement bénéfique.
On me répondra qu'il suffit d'analyser coquillages et poissons ? Mais on ne mettra probablement en évidence que des molécules isolées, et l'on sait que chacune de ces molécules, agissant isolément, a un effet différent de celui du produit qu'elles composent. Incapables d'identifier les produits, nous serons incapables d'estimer l'état des organismes marins, et donc leurs effets sur notre santé.
Si je ne me trompe, évaluer la toxicité du contenu de l'ERIKA sur le seul critère de son appartenance à la classe des "Fioul Lourd n°2" consiste à se contenter du black-out sur sa composition réelle.
Lever cette hypothèque sur notre santé nécessite que soit rendue publique la liste des produits qui ont servi à formuler ce Fioul Lourd n°2.
JCM - 08/03/2000 - activart@activart.com |