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Comme s'il partait pour un dernier voyage ...
Il fait face à la mer et semble ramer désespérement. Je l'ai découvert à une centaine de mètres de l'entrée de plage. Le coup d'oeil général sur la plage donne l'impression d'un endroit normalement propre. La parcourant on identifie bien la laisse de haute mer, marquée de multiples chapelets de goutelettes de mazout abandonnés en lisières de vagues.
La nuit tombante ne m'a pas laissé le loisir d'effectuer des grattages systématiques qui seuls permettraient de savoir ce qu'il est advenu de toutes les parcelles de petites dimensions que les équipes de dépollution n'ont pu récolter. Ont-elles été ensouillées, à quel niveau de l'estran, ou la mer les a-t-elles enmenées vers une autre destination ?
Ce reportage ne reflète qu'un des aspects de cette marée noire : il n'en montre pas les conséquences sur la mytiliculture, l'ostréiculture, la pêche ... L'atteinte est grave, elle aura d'importantes conséquences écologiques et économiques. Les indemnisations et les travaux d'inspection, de surveillance et de pompage qu'il faudra effectuer sur l'épave de l'Erika vont largement amputer les fonds du FIPOL (Fonds International d'indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures). Une autre marée noire vient de se produire sur les côtes de la Turquie : comment sera-t-elle indemnisée, sur quels fonds, si la situation le justifie ? Notons au passage que nous recevons peu d'informations sur les conséquences de ce naufrage lointain. Parfois se manifeste une fâcheuse "lois des séries" : s'il advient bientôt un troisième naufrage, une troisième marée noire, sur les côtes d'un pays très pauvre dont la population tire une part importante de sa subsistance de la mer, et ce avant que les caisses du FIPOL aient été renflouées, que se passera-t-il pour ce pays ? Un pays pauvre ayant généralement une très faible "surface médiatique" parions que les pollueurs se "laveraient vite les mains" des conséquences de cette catastrophe.
Il est vraiment temps de reconsidérer en profondeur les conditions du transport maritime, autant que les conséquences d'un "tout économique" souvent dévastateur.
JCM |