Le produit analysé par les laboratoires officiels ne correspond pas à la norme !

Le laboratoire Analytika vient de publier une page de synthèse sur ses travaux concernant les rejets de l'Erika (De la Véritable Nature de la Cargaison ERIKA / TotalFina-Elf) et publie également les "Caractéristiques du FIOUL LOURD N°2" selon la "Norme AFNOR NF M 15-011".

Comme on peut le voir cette norme ne fixe pas de teneurs en hydrocarbures aromatiques polycycliques mais indique plusieurs caractéristiques physico-chimiques auxquelles devra répondre tout produit pouvant être légalement classé "FIOUL LOURD N°2".

Le "Vrai Fioul de l'Erika" (échantillons prélevés sur le littoral ou en mer suite au naufrage) correspond-il à ces caractéristiques ?

Il suffit de mettre en regard la norme et les caractéristiques publiées sur la page du CEDRE consacrée au contenu de l'Erika pour affirmer que non : la norme fixe la fourchette de viscosité admissible entre 110 et 380 cSt (centistokes) à 50°C, le chiffre qu'annonce le Cedre (pour un échantillon fourni par Totalfina) est de 554,6 cSt à 50°C.

D'ailleurs la compagnie pétrolière annonce la même valeur sur son site :
"- TOTALFINA confirme que le produit pétrolier transporté par l'Erika est un fioul lourd n°2 de 2,3 % de teneur en soufre, d'une densité de 1 et d'une viscosité de 555 cSt à 50° C. Ce produit commercial était destiné à la compagnie nationale italienne d'électricité Enel afin d'être utilisé comme combustible dans une centrale thermique."

Il faut et il suffit que l'une des caractéristiques se trouve hors des spécifications de la norme pour que le produit soit exclu de l'appellation à laquelle cette norme donne droit, puisqu'il est spécifié :"Est dénommé «fuel-oil lourd n° 2» le mélange d'hydrocarbures d'origine minérale ou de synthèse .... répondant, au moment de la mise en vente, AUX spécifications suivantes ....." c'est à dire à l'ensemble des spécifications.

A moins d'erreurs de frappe reproduites en série sur les communications de Total Fina et du Cedre (M. B Tailliez, responsable d'Analytika, m'a relu le paragraphe concerné, publié sur le site Analytika, et confirmé qu'il était conforme à la version papier en sa possession, indiquant une valeur maximale de viscosité de 380 cSt) le contenu de l'Erika, n'étant pas un fioul lourd n°2 homologué selon cette norme aurait du faire l'objet d'une procédure spéciale, conforme à l'article 4 : "Article 4 - Des dérogations aux spécifications ci-dessus, dûment justifiées sur le plan technique et économique, pourront être accordées par décision du ministère de l'industrie (direction des carburants) pour une durée maximale de six mois."

Y-a-t-il eu dérogation ?

Si oui, lorsque l'on nous affirme que le contenu de l'Erika est "un fioul lourd n°2", pourquoi ne nous précise-t-on pas qu'il ne correspond pas aux caractéristiques d'un "n°2 normal", qui a servi aux laboratoires d'échantillon de comparaison, par suite d'une mesure dérogatoire ?

Car en ce cas cette comparaison n'a plus grand sens.

Les laboratoires "officiels" qui ont réalisé les analyses "officielles" ont-ils consulté la norme, pour pouvoir affirmer que ce produit est conforme ? Mais quelle norme, une autre ?

En outre la synthèse d'Analytika mentionne : "Les propos de Michel FONTAINE, responsable de la filière déchets (oh, oh !!) de TOTALFINA rapportés par Le Figaro du 31 Janvier 2000 : "Notre fioul N°2 est un mélange de fonds de distillation auquel nous rajoutons des additifs pour un problème de viscosité" nous laissent penser que la clef de cette "énigme" ne sera retrouvée que si un échantillon, prélevé directement sur l'épave et sous strict contrôle est analysé par un groupe de laboratoires européens privés et indépendants."

Et aussi : ".... une remarque (qui nous a été rapportée par un journaliste de télévision) émanant des spécialistes de la COMEX en charge des préparatifs des opérations d'intervention sous-marine en vue du pompage des 14.000 tonnes de cargaison encore contenues dans les flancs de l'épave, ..... ne parviennent toujours pas à s'expliquer pourquoi la cargaison TOTALFINA s'échappe si facilement des soutes de l'ERIKA."

Par manque de viscosité ?

Cette fluidité inattendue serait donc bien supérieure à celle d'un fioul lourd n°2 "standard" : indice que l'on est en présence d'un produit différent....

Qu'en déduire ?

Tout d'abord que les "fonds de distillation" qui posent un "problème de viscosité" manquent à ce point de fluidité qu'ils doivent subir un traitement diminuant leur viscosité. Cela signifie qu'ils ont été distillés jusqu'à en retirer l'ultime trace de produits valorisables : ils sont donc proches d'un déchet ultime. Mais n'est-ce pas ce qu'indique la synthèse d'Analytika ? On y lit :

"Le rejet ERIKA est en fait le résultat d'une opération de raffinage plus poussé conduite sur du fuel N°2 (résidu de distillation sous vide d'un résidu de distillation atmosphérique par exemple). La démonstration ainsi apportée d'un traitement supplémentaire, explique la disparition des dernières fractions valorisables, présentes dans le fuel lourd N°2 véritables et quasiment absentes du rejet ERIKA...."

En second lieu ce pourrait être ce produit non fluidifié qui a été remis par Total Fina aux laboratoires, tandis que l'Erika contenait un produit, celui là ou un autre (ou plusieurs autres) fluidifié.

S'agissait-il de dissimuler un DIS dopé d'un additif dont on préférerait taire la composition ?

Il semble qu'il y ait au moins une erreur quelque part ....

Pour corser le tout, pour brouiller les pistes, on me signale :
Voici un article édifiant de libé d'aujourd'hui :

"Dégazage derrière l'Erika :

Profitant de la marée noire provoquée par l'Erika, trente-neuf pétroliers ou cargos ont dégazé pendant la semaine du 18 au 23 février. C'est le résultat d'observations effectuées par les avions des douanes et de la marine nationale entre Ouessant (Finistère) et la Gironde ".

On se sent décidémment de mieux en mieux au bord de la mer....

JCM - 02/03/2000

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