Billet d'humeur
Une catastrophe très relative ...

La première réaction de D. Voynet fut de ne pas attribuer un caractère catastrophique au naufrage de l'Erika. A bien y réfléchir on comprend sa prudence : de quel mot faudra-t-il user pour des événements plus graves ?

Dans le même mois un pipe line éclate au Brésil et déverse son pétrole à la côte, un autre pétrolier largue sa cargaison dans la nature en Turquie : une marée noire est un phénomène banal, l'échouage de pétrole et résidus variés sur le littoral est banalisé par les dégazages et nous vivons ainsi depuis des décennies.

Lorsque cela se produit de façon un peu massive sur nos côtes, celles de nos conchyliculteurs et de nos estivants, bien évidemment nous réagissons. Mais de toute évidence de tout ce qui s'est dit ou fait depuis le mois de Décembre rien n'aurait été dit, ni fait, en France, au sujet d'une autre marée noire que celle de l'Erika. Appelle-t-on cela une prise de conscience ? Que non ! Ou alors d'une conscience fugace, car ce n'est pas notre première marée noire sur les côtes bretonnes : le passé nous a donné l'occasion d'exercer nos consciences ...

Les dégâts seront bientôt plus ou moins réparés et le silence retombera très vite sur l'ERIKA. Lorsque les professionnels lésés se seront battus, n'auront obtenu qu'une fraction des indemnisations auxquelles ils pouvaient prétendre et devront se résigner, c'est à dire dans quelques années, il ne restera plus qu'à attendre la prochaine ...

En attendant les tours operators décommandent les séjours atlantiques, les estivants se bousculeront un peu plus sur la façade méditérranéenne cet été... dans une bouillie de streptocoques, de staphylocoques et de salmonelles que les analyses d'eau ne peuvent mettre en évidence, ces germes étant stockés dans les sédiments que leurs pieds brasseront allègrement !

Voir à ce sujet l'article "Eau potable, des inquiétudes" sur la page : http://www.univers-nature.com/actualite_info/mars-00.html.

Cette étude nous signale un danger nouveau à notre conscience mais que nous côtoyons depuis un moment déjà : apparamment ses conséquences seraient minimes. Tout va très bien. Portés par les ailes irrésistibles d'un progrès obligé nous disposons d'études de plus en plus fines, en nombre croissant, qui pourraient nous rendre alarmistes et nous conduire à voir des catastrophes partout ....

Par exemple une de ces études conduite sur des populations d'étudiants montre que le taux de pathologies d'origine allergiques est passé de 14% il y a 10 ans à 24% aujourd'hui. Peut-être serait-il prudent qu'ils n'aillent pas, en plus, fréquenter des lieux hantés de HAP et de salmonelles ...

On connait le blanchiment des coraux, autrement dit leur mort, tout autour de la planète. Il pourrait être attribué au réchauffement global. On sait que les anguilles se raréfient et l'on se demande si ce n'est pas une espèce en voie de disparition. Les amphibiens ne se portent malheureusement pas mieux : grenouilles, tritons et autres salamandres voient leurs effectifs tomber à grande vitesse. "Cette raréfaction des amphibiens - de tous les amphibiens - s'observe sur tous les continents, dans les régions cultivées comme dans les milieux protégés ou sauvages, à toutes les altitudes ou latitudes, et sous tous les climats." lit-on dans le n° 1844 du 9/03/2000 du Nouvel Observateur.
Voir à ce sujet : http://www.eurekalert.org/releases/amphibian_mtg.html

Exit les amphibiens, bonjour les moustiques et recrudescence d'un fléau déjà terrible, le paludisme. Mais il ne sévit pas en France, ce paludisme, alors .... enfin il n'y sévit plus depuis un moment. Méfiance, toutefois : ce fameux effet de serre serait encore capable de le ramener très vite sous nos latitudes et la disparition des grenouilles nous toucherait de plein fouet. Attitude citoyenne : ne plus consommer de cuisses de grenouilles.

Et si nos amphibiens étaient malades d'infimes traces d'excès de HAP agissant en synergie avec nos excellents insecticides et quelques autres produits, en interaction avec un supplément d'UV qu'un méchant trou d'ozone ...

Soyons sérieux, au regard de tout cela le naufrage de l'Erika n'a rien d'une catastrophe. Tout juste un supplément epsilonien de HAP dans notre environnement déjà largement enrichi par ce que diffuse à grands flots depuis longtemps le bitume de nos routes, qui n'est rien d'autre qu'un cocktail de HAP et de bien d'autres produits qu'il est facile de faire disparaître en les enrobant. Allez savoir si certaines de nos routes ne sont pas radioactives ? Il serait intéressant d'équiper des véhicules de compteurs Geiger au ras de la chaussée, rien que pour voir ... par acquis de conscience....

Enfin, pour le paludisme, ce n'est pas gagné, car nous pourrions avoir bien froid, ici, en France. Plusieurs années de températures anormalement élevées viennent d'être constatées au Canada : l'hémisphère Nord se réchaufferait-il réellement ? Recul des glaciers et de la banquise, l'Arcticque fondrait lentement ? Irruption de grandes quantités d'eaux froides dans l'Atlantique Nord, ralentissement puis arrêt du Gulf Stream à brève échéance, et voilà la Bretagne (et l'Europe) gagnée par la banquise. Paradoxe du réchauffement global qui confinerait au dérisoire cette petite-grosse tache éphémère de résidus pétroliers sur 400 petits kilomètres de côtes glaciales et désertées.

Ce jour là tous nos petits xénophobes nationaux seront devenus des immigrés en d'autres pays .... Quelle rigolade ! La France aux ... Pingouins !

En attendant, et si ce scénario est plausible, nous ferions bien d'enfouir rapidement dans des structures géologiques solides l'ensemble de nos déchets radioactifs et d'y prévoir la place nécessaire lors du démontage de nos centrales nucléaires (qui ne résisteraient pas à la banquise) car il n'y aurait vraiment rien de mieux qu'un énorme rabot de glace pour bien disperser nos radionucléides sur l'ensemble des terres qui se réchaufferaient peut-être un jour, et pourraient être si gravement contaminées qu'elles en seraient inhabitables. Et la fonte de cette banquise aurait bien entendu entraîné vers l'océan ces mêmes produits ....

Enfin, nous ferions cela si nous avoins un réel souci d'éventuelles générations futures.... (j'ai bien conscience que ce souci relève d'une hypothèse absolument hypothétique).

Non, rien de cela n'est sérieux. L'homme (prométhéen) est maître de la nature (docile) c'est bien connu : des philosophes monumentaux l'ont proclamé. Est-il concevable que l'ère des Lumières s'achève dans les reflets bleutés d'une glace qui serait le tombeau de notre "civilisation universelle" et universaliste ?

Et c'est tout confiant dans notre dimension prométhéenne que mettons en coupe réglée notre planète.

En attendant continuons donc à nous questionner de très loin sur l'intérêt du ferroutage et du covoiturage, des sources d'énergies douces et autres fantaisies d'hurluberlus qui n'ont rien compris aux cycles économiques, aux flux tendus, à la mondialisation des échanges.... et gavons nous d'excellents produits enrichis en dioxines présentés sous blisters colorés fabriqués en pétrole que l'on incinère et qui relâchent des dioxines dans l'atmosphère, dioxines qui ... Il vaudrait peut-être mieux manger directement les blisters ?

Le naufrage de l'Erika, une catastrophe nationale ?
Mais non ! Il faut le constater : l'état, Total, la presse et d'autres se plient en quatre pour nous montrer qu'il n'est vraiment rien de tel. Laissez donc les gens sérieux, les Voix Nickelées (on dit généralement "autorisées", mais "Nickelées" a plus de lustre !) traiter avec sérieux les affaires sérieuses auxquelles vous ne comprenez rien, et venez, sans traîner vos pieds autorisés à me suivre, jouer avec moi.

En S + 7, "Le naufrage de l'Erika, une catastrophe nationale ?" donne "La marge noire de l'Erika : une catéchisation nationale ?". Ce n'est pas mal. Pour jouer au S + 7 il vous suffit d'un dictionnaire. Vous remplacez chaque substantif du texte original par le septième substantif trouvé dans le dictionnaire. C'est très drôle. Cà pourrait conférer un sens nouveau au protocole d'accord entre Total et l'état, aux différents rapports de l'Ineris et autres textes : le temps que vous passerez à les traduire vous épargnera de stupides inquiétudes et permettra aux gens sérieux d'agir pour notre plus grand bien en toute sérénité, au nom d'intérêts de très loin supérieurs à nos questionnements d'ignorants.

Intérêts supérieurs ? Ceux des actionnaires, bien entendu : que deviendrait notre industrie pétrolière si la valeur boursière de Total s'effondrait ? Pour éviter cela, et au cas où surviendraient avec trop de violence de nouveaux remous consécutifs au naufrage de l'Erika, on pourrait conseiller à l'état d'épauler la compagnie pétrolière dans une augmentation de capital qui consisterait à doter chaque français d'un montant d'actions par exemple équivalent à ce qu'il a cotisé de CSG en 1999. Le calme assuré : on a vu ce que pensent les actionnaires de Total des retentissements donnés à ce naufrage ...


PS :
Si vous jouez au S + 7 de nuit, utilisez donc des ampoules à basse énergie, bannissez l'incandescence et l'halogène. Si tout le monde en France utilisait ces ampoules plusieurs tranches nucléaires pourraient être démantélées sans remplacement, et nous en avons d'assez anciennes.

JCM - 02/04/2000

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