
| | Jeter Bové ?
Une chronique de Claude Allègre, dans l'Express, est intitulée "A quoi sert José Bové".
 A quoi sert José Bové? :
On sait M Allègre capable de finesse quand il étudie les croissances dendritiques des minéraux : la faculté de conduire un cycle complexe de mécanismes intellectuels partant d'une question afin d'aboutir à une conclusion ne lui fait apparemment pas défaut puisqu'il est reconnu comme un scientifique de valeur par ses pairs pour ce qui concerne son domaine de compétence, la minéralogie.
Hors ce domaine M Allègre "ne fait pas dans la dentelle" (dentelle qu'évoquent certaines figures de dendrites minérales).
Il est l'auteur d'une curieuse chronique très nettement agressive contre José Bové.
D'abord le titre pourrait renvoyer à une conception strictement utilitariste de l'individu. Sert-il, à quoi sert-il, peut-il servir (ou "encore servir") pour qu'en fin de compte soit généralement posée la question : le conserver ou le jeter.
M Allègre se demande-t-il vraiment s'il faut jeter M Bové ?
Et comme il semble que, du point de vue de M Allègre, l'utilité de M Bové est plutôt négative on est tenté de conclure qu'il souhaiterait le jeter.
De la part de quelqu'un qui ne passe pas pour un ignorant, et qui n'ignore probablement pas certaines finesses de notre langue, on se demande quel est le sens de l'utilisation de cette formule pour le titre de la chronique.
A tout le moins on comprendra que M Allègre aimerait que M Bové soit éliminé de la scène politique et médiatique. Qu'il puisse continuer à exister, peut-être, mais dans l'ombre et le silence.
De la part de quelqu'un qui a été ministre de l'Education Nationale la formulation est choquante.
Je m'imagine enseignant face à un élève qui me demanderait de commenter ce titre.
Peut-on décréter l'utilité, ou l'inutilité de quelqu'un, décréter que quelqu'un "sert à quelque chose" ou "ne sert à rien" ? Quelles conclusions tirer ?
Pour quelqu'un qui s'est impliqué fortement dans la promotion et la diffusion du savoir affirmer qu'une personne qui "sait beaucoup" comme M Bové (selon l'appréciation de M Allègre) ne sert en fait pas à grand chose de bon semblera d'autant plus curieux que l'auteur de la chronique estime par ailleurs que M Bové pose des questions que la gauche n'a pas su poser ("…la gauche, qui ne cherche qu'à lui faire des courbettes, faute d'avoir elle-même posé les bonnes questions.").
Il y aurait donc de la pertinence dans ce que dit M Bové : la pertinence "sert-elle à quelque chose" d'une façon générale, et plus particulièrement dans nos débats de société ?
Mon dictionnaire dit de "pertinent" : "Approprié; qui se rapporte exactement à ce dont il est question".
Si M Allègre pense que M Bové ne sert à rien de bon, compte tenu qu'il a posé les bonnes questions, c'est donc aussi qu'il ne servirait à rien de bon de poser ces bonnes questions.
En fait on pourrait en déduire que du point de vue de M Allègre il n'est pas vraiment intéressant d'avoir un discours pertinent : les bonnes questions – et probablement les bonnes réponses – n'auraient aucun intérêt en politique.
Ainsi en politique on pourrait tenir des discours qui ne se rapportent pas exactement à ce dont il est question : savoir, clairvoyance et rigueur y seraient superflus ?
Mais alors pourquoi M Allègre semble-t-il regretter que la gauche n'ait pas posé les bonnes questions ?
Là on se dit que lorsqu'il a écrit sa chronique M Allègre devait être à la fois très fatigué et très en colère contre M Bové. Mais cela ne l'excuse en rien, ni la rédaction de l'Express : le texte est publié.
Souhaitons que cette colère s'éteigne et que M Allègre écoute de temps à autre ce que peut dire M Bové : cela lui évitera certains manques de pertinence.
Par exemple M Bové pourra lui expliquer pourquoi les OGM ne seront d'aucun effet sur la malnutrition par augmentation de la productivité, car M Bové connaît les rapports à ce sujet du PNUD, de la CNUCED et d'OXFAM, entre autres (voir , paragraphe - OGM "humanitaires" ? – avec un calcul simple de rendements).
M Bové pourra lui expliquer que sur environ 1,3 milliards d'agriculteurs dans le monde 1 milliard travaillent sans mécanisation ni irrigation, 300 millions bénéficient de la traction animale et seulement environ 50 millions sont mécanisés, etc ….
M Allègre a pris plusieurs fois position publiquement sur les vertus "humanitaires" des OGM, comme l'ont fait un certain nombre de scientifique de "haut niveau" et très connus.
Il faudrait que le public sache que le "haut niveau" ne se propage pas d'une discipline à l'autre : l'extrême compétence en minéralogie ou en physique n'autorise aucune "parole d'expert" dans les autres disciplines (et l'on notera le manque de rigueur des journalistes qui vous interrogent comme "expert" pour traiter d'OGM).
Qui êtes-vous, M Allègre ?
Imprudent, inconscient, trop pressé ou fatigué ?
Nous pourrons noter – et c'est heureux pour elle aujourd'hui – qu'il ne faut pas vous considérer comme un représentant de "la gauche" car celle-ci "cherche à faire des courbettes" à M Bové, ce qui n'est assurément pas votre cas (ou alors, c'est si habilement fait …).
Vous qui êtres capable de méthode, d'analyse, de réflexion, pourquoi publiez-vous une critique de M Bové aussi simpliste, contradictoire, confuse, et si malheureusement intitulée ?
Une chronique qui, de plus, semble vouloir fermer la porte à toute occasion d'un débat entre vous et M Bové.
Entre gens de savoir, sous quels motifs peut-on refuser de débattre ?
| | | | | | | | | | |
| |
|