
| | Politique sécuritaire
Français : crétins, politiques : gredins ? Militants pour l'environnement : activistes fous, attardés, passéistes …? Ce sont quelques épithètes entendus dans une récente discussion "de comptoir".

Je n'aime ni faire usage de généralisations, elles sont toujours abusives, ni employer de tels qualificatifs, mais la première proposition doit retenir mon attention.
Dans "Français" nous trouverons toutes les catégories de français ainsi que les médias et leurs auteurs.
Des médias qui font la part belle à certains types d'informations et en négligent d'autres.
Si de plus en plus souvent Le Monde et Libération (par exemple et parce-que j'en suis lecteur régulier sur le Net) publient des articles sur les problèmes environnementaux, on peut considérer que les JT donnent peu de place à ces sujets.
S'il existe des émissions sur l'environnement, elles sont placées parfois dans des tranches horaires qui n'en favorisent pas l'écoute : c'est le cas de Terre à Terre "le magazine de l'environnement" de France Culture, le samedi de 7 à 8 heures.
Sur cette chaîne il est majoritairement question tous les jours entre midi et 13 h 30 de cinéma et de littérature, deux disciplines absolument culturelles.
Mais les question d'environnement appartiennent aussi à ce qui fait notre culture : que l'on panache, que l'on consacre deux émissions de midi à l'environnement !
Quand cela sera fait, quand les JT feront leur "une" sur les problèmes d'eau, d'air, d'effet de serre et autres questions brûlantes bien que peu spectaculaires, certains auront moins de motifs pour considérer que les français sont des crétins, parce les français seront mieux informés et qu'ils pourront consacrer plus de temps à penser à des sujets de la plus haute importance, du fait qu'ils en auront une plus grande connaissance.
Par conséquent les politiques deviendront probablement moins "gredins" car ils seront contraints de traiter de façon plus efficace ces questions environnementales.
Ils pourront donc alors nous concocter des politiques "sécuritaires" réellement destinées à ce que nos vies se déroulent dans une certaine sécurité.
Ce qui semble échapper à un certain nombre de nos concitoyens, qui se contente d'un accroissement du nombre de gardes à vue et de poursuites judiciaires pour s'estimer en meilleure sécurité, c'est que nos pratiques dans de nombreux domaines menacent fortement leur sécurité.
Ces gens là ne voient pas les dioxines, les pcb, les polybromodiméthylesters, le plomb, le cadmium ... dans le lait des femmes allaitantes et celui qui fait nos fromages, dans les eaux qui arrosent leur pastis ou mouillent leur café.
Ils ne voient pas les organochlorés et organophosphorés épandus sur nos champs, et qui volent jusque dans les hautes couches de l'atmosphère pour se disperser partout.
Ils ne voient pas l'ozone et si on ne les entretient pas suffisamment de ce qu'ils ne voient pas ils n'en tiendront pas compte.
Si le tabagisme provoque de 20 à 30 000 cancers en France, les environ 100 000 cancers annuels qui ne sont pas liés au tabac peuvent probablement être attribués pour une part non négligeable à ces substances invisibles.
Même s'il n'y avait plus la moindre délinquance dans notre pays nous vivrions dans une très grande insécurité.
Qui en est responsable ?
Tous, par intérêt, par ignorance, par conformisme ...
Un premier point crucial serait de lever l'ignorance : informer, informer, informer encore.
Ensuite lever les conformismes : imaginer, chercher des substituts, d'autres solutions, d'autres manières ...
Et dans l'éventualité où nous aurions quelques difficultés à imaginer (et cela semble être assez largement le cas ...) simplement copier !
Car un certain nombre de solutions ont été inventées (ailleurs) et mises en pratique (ailleurs) pour le plus grand bien de tous ... ailleurs !
Un rapport sur l'eau a été publié en 2003 : l'essentiel de nos eaux de surfaces et la plupart de nos eaux souterraines sont gravement polluées : le gouvernement a décidé d'agir et de publier un plan d'action.
Ces pollutions se retrouvent évidemment dans les eaux que nous consommons et nous font courir de nombreux risques de santé.
Voyons donc ce qui s'est imaginé, et fait ... ailleurs (une info, une des rares sur un tel sujet lorsque l'on compare à ce que l'on peut lire sur le Net au quotidien dans des services de "news", dispensée dans un JT):
Prenons le cas de la ville de Munich : elle subventionne les agriculteurs de la région qui l'alimente en eau afin qu'ils pratiquent une agriculture biologique, dans le but de puiser une eau saine qui ne nécessite pas une coûteuse dépollution.
Le coût des subventions se monte à 1 centime d'euro par mètre cube, l'eau puisée est d'une grande qualité, les produits de l'agriculture biologique de cette région sont commercialisés à des prix qui les rendent attractifs et la conséquence est que 25% environ de la population munichoise "consomme bio".
En France en moyenne le coût de dénitrification des eaux s'établirait à 27 centimes d'euros par mètre cube.
Dans la région de Munich cette dynamique n'a provoqué aucune diminution de confort, bien au contraire : d'abord le prix de revient de l'eau est plus faible pour un produit de meilleure qualité ne nécessitant presque aucun traitement (tandis que de ce côté du Rhin il n'y a pas que des nitrates à retirer de nos eaux, et nous buvons divers organochlorés et autres toxiques sans broncher...) et probablement sur le long terme la grande qualité de cette eau aura une incidence positive sur les statistiques de santé publique.
Je n'ai pas entendu que l'on parlait en France de lancer cette idée, ni de l'appliquer.
Calculons un peu …
Comptons 15 millions de ménages de 4 personnes en moyenne consommant chacune 50 litres d'eau par personne et par jour : soit 73 mètres cubes par ménage et par an. L'économie à laquelle conduirait un subventionnement de l'agriculture pour sa conversion à des pratiques biologiques serait de 0,26 euro par mètre cube soit près de 19 euros par ménage et par an : mieux, pour un certain nombre de familles, que les fameuses réductions d'impôts de M Raffarin, et incomparablement plus profitable à tous sur le plan de la sécurité sanitaire.
Effets secondaires de cette mesure :
Sur l'agriculture
Le revenu des agriculteurs serait préservé, l'agriculture n'aurait donc pas à souffrir de cette mesure et la santé des populations rurales ne pourrait qu'en être meilleure. Un rapport publié en 2003 indiquait un taux d'augmentation de cancers (du cerveau et du sang en particulier) chez les enfants de moins de 5 ans voisin de 6% par an en milieu rural, avec les organochlorés et organophosphorés au banc des accusés (soit insecticides et pesticides).
Sur les pays en voie de développement
On sait que les subventions actuelles à l'agriculture favorisent nos exportations, ce qui contribue à asphyxier l'agriculture de ces pays en permettant l'entrée sur leurs marchés de produit dont le prix est inférieur au coût local de production. On sait également que le volume de notre surproduction exportée dans ce contexte est voisin de 8% de notre production totale.
On sait que les rendements de l'agriculture biologique sont parfois inférieurs à ceux de l'agriculture intensive actuellement pratiquée : les subventions pour une agriculture biologique QUI NE NOUS COUTERAIENT EN FAIT RIEN pourraient probablement provoquer une réduction de nos exportations QUI EN FAIT NE NOUS RAPPORTENT GLOBALEMENT RIEN et permettre de maintenir une indispensable agriculture vivrière dans un certain nombre de pays.
Tous les citoyens européens bénéficieraient peut-être d'une telle pratique car elle permettrait éventuellement une certaine réduction des subventions européennes à l'agriculture : cela se jouerait à quelques centimes d'euro de plus ou de moins par mètre cube d'eau.
Sur la qualité de notre sang
On détecte dans le sang des américains 116 substances toxiques parmi lesquelles des pesticides et insecticides (Voir : CDC's Second National Report on Human Exposure to Environmental Chemicals, ).
Les questions de sang contaminé, on connaît, en France. Le fait que certaines personnes ayant été transfusées avec du sang contenant le virus du Sida n'aient éventuellement pas développé la maladie et soient devenues "porteurs sains" du virus change-t-il quelque-chose à la culpabilité de ceux qui ont autorisé l'utilisation de ce sang ?
Probablement pas.
Seul le hasard aurait permis à ces personnes de s'en tirer à meilleur compte que la plupart.
L'enquête du CDC portait sur quelques milliers de personnes, et je ne connais pas d'investigations équivalentes en France. Je ne connais pas non plus de motifs qui expliquerait que notre sang contiendrait moins de substances toxiques.
Qui est responsable de l'éventuelle présence de produits toxiques et pathogènes dans notre sang ?
Chacun de nous par ses pratiques, probablement, en utilisant des produits dangereux.
Mais il ne faut pas se contenter de cette responsabilité : quid de la responsabilité de ceux qui ont disséminé ces produits, en les commercialisant, en les utilisant sans précautions ou simplement en n'interdisant pas leur mise sur le marché ?
ELLE EST MAJEURE !
On m'opposera qu'interdire la mise sur le marché d'un produit sous le prétexte qu'il est dangereux nécessiterait que l'on sache qu'il l'est.
Mais aujourd'hui un certain nombre de produits connus pour présenter de graves dangers demeurent en vente et peuvent être utilisés sans grandes précautions : on le sait pour de nombreuses substances.
Si l'on suit l'exemple que nous donne le virus du Sida, si l'on admet que la responsabilité dépend non du développement de la maladie mais de son inoculation, si l'on reporte le processus à la présence de produits toxiques dans notre sang, combien devra-t-on poursuivre de politiques et d'industriels ?
Scénario : un certain nombre de nos concitoyens font effectuer le dosage dans leur sang d'un certain nombre de produits notoirement toxiques et lancent des actions en justice contre quelques ministres ...
Ceci à l'heure où, sous les pressions conjuguées de MM Blair, Chirac et Schroeder, la Commission Européenne aurait révisé à la baisse ses exigences auprès des industries chimiques en matière de tests sur les produits qu'elle invente et commercialise ...
Ces pressions ont été justifiées par la nécessité de maintenir la compétitivité de l'industrie chimiques européenne : à quel nombre de vies, quel nombre de cancers, quelle somme de souffrances évaluons-nous le prix de notre compétitivité ?
Une autre voie permettrait peut-être de maintenir cette compétitivité, et même de la renforcer.
Imaginons que nos chimistes européens aient, dans leurs dossiers, quelques produits intéressants et de faible toxicité, susceptibles de remplacer des substances plus dangereuses.
Imaginons aussi qu'ils auraient la ferme intention de mettre au point de nouveaux produits plus inoffensifs et qu'ils livrent sur ce thème une bataille impitoyable contre leur concurrents dans le monde sur ce thème de la moindre dangerosité de leur production.
Ne se donneraient-ils pas ainsi l'occasion de devenir leaders d'une tendance qui, tôt ou tard, finirait par rallier l'ensemble des industries chimiques de la planète ?
Car d'une façon ou d'une autre il est dans le "sens de l'histoire" d'en arriver là, souvenez-vous : on a promu le DDT, le Lindane, l'Atrazine ... etc ... Puis on les a interdits.
Les interdire constituait de bonnes mesures dans le cadre d'une excellente politique sécuritaire qu'il importe de développer, de toute urgence.
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