
| | Capturez Saddam Hussein, qu'il soit jugé par le TPI.
Que cette guerre, puisque guerre il y a ... puisse conduire à un meilleur équilibre d'une région endolorie.
 L'objectif affiché de l'administration américaine est que Saddam Hussein n'exerce plus le pouvoir en Irak afin que s'installe une démocratie dans ce pays.
Effectivement une démocratie sera un grand progrès cependant il faut compter qu'une démocratie ne se décrète pas de l'extérieur et ne s'impose pas à une population qui n'aurait pas comme première préoccupation de l'instaurer.
Que se passe-t-il aujourd'hui dans l'esprit des Irakiens?
Il semble que pour certains l'animosité à l'encontre des américains soit assez forte et que pour la plupart la confiance avec les américains soit loin du rendez-vous.
Les opposants expatriés au dictateur de Bagdad ont donné le spectacle d'une nébuleuse de tendances antagonistes lors des tentatives américaines de les structurer en une sorte d'organe qui assumerait le pouvoir.
Il est fort probable qu'elle éprouveront d'insurmontables difficultés à s'unir sous une seule bannière et à se donner une capacité à gouverner : elles se combattront donc et ne pourront former le socle d'une stabilité en Irak.
Il manque à l'Irak une personnalité qui serait capable de rassembler le peuple irakien, il lui manque un catalyseur, un projet sur lequel fixer aussi bien les esprits que les directions à prendre pour l'avenir, rôle que ne pourront pas jouer des gouverneurs militaires US, et en l'absence duquel le peuple Irakien agira en ordre dispersé, c'est à dire probablement avec un désordre difficile à contenir.
Et ce désordre là ne pourra pas être contenu sans drames si Saddam Hussein a pris aux yeux des Irakiens une carrure de martyr des américains : il serait alors ce catalyseur, par défaut, avec des effets dépassant probablement les frontières de l'Irak.
Bien que l'administration américaine semble avoir la ferme volonté d'éliminer physiquement le dictateur peut-être vaudrait-il mieux, pour l'avenir du pays et de toute la région, qu'elle se contentât de le capturer, ainsi que les principales personnalités de son régime, afin qu'il puisse être jugé.
Que Sadddam ne puisse pas être considéré comme un martyr et que la fin de son règne s'inscrive dans l'application de règles de droit, dans le cadre des institutions internationales, permettrait probablement aux Etats Unis de changer la nature du dialogue très tendu dans lequel ils se sont engagés avec un certain nombre de pays et relancerait des collaborations internationales dont le monde ne saura longtemps se passer s'il veut gagner en équilibre.
Car il serait utile que la communauté internationale en vienne à savoir se mettre d'accord sur une attitude qui permettrait de résoudre à la fois les questions du terrorisme international et celles des gouvernements dictatoriaux.
On peut considérer que ces derniers se caractérisent par le fait qu'ils ne se plient pas à des usages, à des règles, à des lois, des traités ... selon les cas, que la majorité des peuples du monde souhaiteraient voir appliqués.
Dans ce domaine on peut penser que l'exemplarité a quelque valeur et, à ce dix-huitième jour de la guerre, les Etats Unis donnent au monde l'exemple selon lequel il suffit d'être très fort pour se considérer comme juste, quoi que puissent en dire les autres.
En d'autres termes la nature de leur actuelle façon d'agir diffère très peu de celle de n'importe quelle dictature puisque, comme ces dictatures, ils refusent de prendre en compte l'opinion de la majorité de leurs partenaires et de s'inscrire dans les règles que ces partenaires souhaitent voir émerger afin de réguler le monde.
Ainsi les Etats Unis ont refusé de signer un certains nombre de traités internationaux (production de mines, TPI, Kyoto ...).
Démocratie à l'intérieur, les Etats Unis semblent aujourd'hui cultiver une tendance à la fois très autoritaire sur le monde et assez fuyante vis à vis des obligations auxquelles ils devraient savoir satisfaire s'ils voulaient que tous les autres s'y plient.
Faut-il s'étonner de cet autoritarisme, de cette volonté de contrôler plus fermement le monde si l'on sait que la politique extérieure des USA est celle que dicte le Pentagone, c'est à dire les plus forts des puissants, et qui ne veulent en aucun cas partager cette puissance ?
De ce point de vue on peut observer que le Président Bush semble évoluer d'addiction en dépendance : il lui faut un mentor auquel il obéit sans nuances. Sortant de l'alcool par la religion, à laquelle il se soumet avec une grande conviction, il prend le pouvoir sans manifester d'intérêt particulier à la politique étrangère des USA.
Inscrit dans une très forte dépendance aux lobbies industriels il prend alors de nombreuses décisions favorables à ces lobbies, en général en assouplissant les règles de protection de l'environnement.
Survient le 11 Septembre. Les "durs" du Pentagone refont surface (ils avaient tenté de "vendre" leur idéologie à de précédents gouvernements US) et s'imposent auprès de Bush : ils mènent aujourd'hui le jeu, un "jeu" qui ne doit pas être aisé pour le Président, car il n'a pas pu oublier son passé.
Un passé dans lequel la famille Ben Laden a joué un rôle important en le sauvant de la faillite du temps où il était entrepreneur.
Les familles Bush et Ben Laden ont entretenu des liens étroits, d'amitié et d'intérêts financiers, pendant longtemps.
Le Pentagone utilise le 11 Septembre pour aiguillonner le président : terminer le "job" que le père n'a pas achevé lors de la dernière Guerre du Golfe (Tempête du Désert).
Ben Laden est un prétexte qui tombe juste pour le Président : marchant dans les traces de son père avec la conviction (affirmée par le Pentagone) qu'il fera mieux que lui il clarifie d'un même coup sa question des liens avec le terrible enfant de cette famille du Golfe.
Il était donc confortable à Bush d'accepter la tutelle du Pentagone, même si la pression de Blair l'a fait osciller un moment en jouant une carte de l'ONU que les durs du Pentagone refusaient a priori.
La politique étrangère est donc sous la coupe des plus durs des militaires associés aux plus puissants des affairistes du lobby militaro-industriel américain.
El le père de l'actuel président possède des intérêts - perçoit des dividendes - dans le consortium qui commercialise l'essentiel des armes américaines.
"La raison du plus fort est toujours la meilleure" : pour se montrer fort le président Bush a adopté les arguments de force et d'intransigeance du Pentagone, il en est devenu le porte parole.
Si l'on considère que les nations du monde ne peuvent pas - et ne doivent pas - se plier à l'intransigeance de n'importe laquelle d'entre elles au jour où elle disposera de la plus grande puissance mais veulent pouvoir vivre en paix dans un contexte de droit il ne faut pas que la victoire de la seule force devienne habituelle, et qu'elle puisse représenter pour chaque nation la valeur ultime.
Sur ce principe comment répondre à la question "souhaitez-vous la victoire de la coalition ou celle de Saddam" ?
Si le seul enjeu était d'installer une démocratie (si cela s'avérait réellement possible) il faudrait souhaiter la défaite de Saddam.
Comme l'on ne peut pas accepter que ce dictateur ait le loisir de continuer à maltraiter son peuple on ne peut pas espérer qu'il remporte cette guerre.
Mais il est difficile de souhaiter sans réserves la victoire de la coalition et, par conséquent le succès d'une politique étrangère US uniquement dictée par les intérêts et l'idéologie des plus durs du lobby militaire, avec comme seule base la raison du plus fort.
Un "plus fort" qui n'a pas choisi d'aller propager la démocratie dans des pays très pauvres soumis à des dictatures violentes et dans lesquels ont été perpétrés encore ces derniers jours des massacres.
On constatera donc que la "propagation immédiate de la démocratie" n'est pas envisagée dans tous les cas où le traitement pourrait s'appliquer... La capture et le jugement de Saddam Hussein par le Tribunal Pénal International seraient un signe de plus donné aux dictateurs que leur jeu comporte des risques personnels certains, élevés. Ils constitueraient un recours au droit et fourniraient un indice supplémentaire de la réalité de ce droit, de la nécessité à s'y conformer.
Cela indiquerait également que les USA n'ont pas un mépris total de ce droit : en lui donnant plus de valeur et de force ils gagneraient en légitimité.
Si l'on considère la bonne affaire que constitue la main mise sur le pétrole irakien et sur le juteux marché de la reconstruction de l'Irak on peut admettre qu'il suffit d'être fort pour s'accaparer tout cela.
Si l'on imagine diffuser l'esprit de démocratie dans des pays où il ne s'applique pas il importe peut-être d'agir avec respect vis à vis des peuples de ces pays (en évitant notamment tout ce qui pourrait référer aux différences de religions) comme vis à vis des lois auxquelles devront se conformer ces pays : les lois internationales communes à tous, qui doivent aussi dicter les conditions de l'usage de la force, fût-elle celle des plus forts.
Ces libertés que s'accordent les dictateurs sont dues au fait que personne ne les leur conteste véritablement ou avec suffisamment d'arguments contraignants : ils disposent vis à vis de leurs peuples de toute la force nécessaire et incontestée afin d'agir comme bon leur semble.
Et l'on constate que les Etats Unis disposent également d'un rapport de forces très nettement en leur faveur, sur de nombreux plans : technologie, armée, économie ...
Trop forts entourés de trop faibles : là réside un grand déséquilibre qui affecte le monde entier.
En souhaitant la victoire de Saddam on défend un indéfendable, en espérant celle de la coalition on accepte de se soumettre à la seule loi du plus fort, celle qui nous a causé de longs siècles de guerres, et cette attitude n'est pas plus défendable puisque cette guerre n'a pas été acceptée par la seule instance internationale, certes imparfaite, qui soit en mesure aujourd'hui de décider au nom de tous d'une telle action.
Il faut donc que la force de l'actuel "plus fort" trouve un contrepoids.
C'est un chantier d'envergure pour les politiques, pour l'Europe mais aussi pour tous ceux qui sont allés manifester de par le monde contre cette guerre en Irak : ils représentent une force, des voix - tant pour prendre part au débat d'idées que pour voter - et ne doivent pas oublier qu'une fois cette guerre en cours ou terminée les grandes questions sur l'avenir de notre monde ne sont pas réglées.

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