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Le risque d'une catastrophe majeure existe.
Il peut se manifester demain, un jour, jamais ...
Il est proportionnel au nombre d'installations en service.



Le risque fait l'objet de savants calculs qui se résument en fin de compte en une probabilité d'événement dans une durée donnée.

Mais rien ne permet de prédire l'avenir : seules des hypothèses nous autorisent à penser que ceci est plus ou moins probables que cela dans un certain délai.

Accepterons-nous que certaines hypothèses deviennent un jour réalité à nos dépens, dans l'optique d'un éventuel profit, ou confort, immédiat ?

Columbia : une leçon sur la notion de risque ?
Il semblerait que la désintégration de cette navette spatiale puisse illustrer ce que signifie la notion de risque :

Agence Science Presse - Un grand Bang et beaucoup de débris :
http://www.sciencepresse.qc.ca/archives/2003/cap0302031.html

Nous sommes tous les "astronautes du nucléaire".

Inventaire préliminaire :

Nous pouvons dans une première approche définir plusieurs classes de risques :
  • Les risques inconnus :
    Ce sont les risques auxquels personne n'a pensé. On aura d'autant plus de difficultés à éliminer cette première classe que ce dont traite la page précédente (Nucléaire : propre ?) n'est pas apparu comme un véritable risque (et évalué comme tel) pendant longtemps, et aujourd'hui encore aux yeux d'un certain nombre d'experts. Que reste-t-il qui aurait pu échapper à la vigilance de tous ?

  • Les risques connus, mais occultés :
    Ce même risque des contaminations à faibles doses, notamment lié aux essais nucléaires atmosphériques, est visiblement nié ou minimisé : y en aurait-il d'autres à exhumer ?

  • Les risques connus


Quels risques connus ?

  • Risques liés à la nature de l'installation :
    Ils tiennent compte de l'ensemble des caractéristiques de l'installation considérée afin qu'elle puisse assurer un ensemble de services bien définis : tous les processus sont supposés correctement décrits et connus, depuis ceux qui interviennent dans la fabrication de l'installation, ceux du contrôle de leur qualité, de leur mise en oeuvre, de leur durabilité (résistance au vieillissement sous contraintes de service) ... jusqu'aux systèmes de contrôle et de sécurité de l'installation.
    On imagine que le sujet est vaste, complexe.

  • Risques liés aux caractéristiques tectoniques du lieu d'implantation :
    Une centrale nucléaire ne doit pas s'effondrer à la première secousse sismique.

  • Risques liés aux caractéristiques géographiques et météorologiques du lieu d'implantation :
    Les installations nucléaires sont gourmandes en eau de refroidissement et sont donc installées en des lieux où cette eau abonde. Point trop n'en faut cependant et l'on se souviendra que les tempêtes de 1999 avaient mis la centrale de Blayais en situation difficile.

    Dans le scénario actuel de réchauffement climatique, qui peut induire des événements météorologiques imprévisibles et extrêmes par rapport aux limites connues pour une région donnée, on peut se demander si les centrales en service aujourd'hui seraient capables de résister longtemps soit à une sécheresse extrême soit à un régime exceptionnel de précipitations sans faire courir des risques inacceptables.

    Sur la sensibilité des centrales à des facteurs extérieurs :

    LA RECHERCHE - AFP _ La centrale du Blayais devra être arrêtée en cas de marée noire dans l'estuaire :
    http://www.larecherche.fr/environnement/n030205110042.6eb318vu.html

  • Risques liés au déchets
    Ils sont très grands, assez bien répertoriés, non résolus et différents phénomènes semblent mal connus :

    Belgique: plus de 400 fûts de déchets radioactifs sont défectueux :
    http://infos.netscape.fr/info/NDepeche?id=120997&cat_id=8

    La question du stockage à long terme des déchets n'est résolue ni techniquement ni politiquement : l'incertitude est totale, le risque également. Nous produisons des substances actives pour des milliers d'années, nous ne savons qu'en faire et globalement refusons d'assumer cette conséquence de la politique énergétique nucléaire : c'est là une politique tronquée, hasardeuse et potentiellement mortifère.

    Le gouvernement serait-il sur le point de relancer le débat à ce sujet ?

    LA RECHERCHE - AFP _ Mme Fontaine : la France doit élaborer "sa solution" pour les déchets :
    http://www.larecherche.fr/environnement/n030205115339.6hjlrwle.html

  • Risques internes liés aux comportements humains :
    Ce sont les risques inhérents à l'intervention humaine dans la conduite des installations : l'erreur est humaine, la fatigue également et il a été noté que les personnels qui contrôlent le fonctionnement des centrales, dans ces salles aux murs couverts de témoins d'instrumentations de contrôle, étaient soumis à des contraintes fortes à elles seules susceptibles de troubler leur vigilance et leur jugement : la tâche peut être complexe, éprouvante, ennuyeuse, mais nécessite toujours une concentration totale et un diagnostic irréprochable.

    L'erreur est une caractéristique humaine bien connue et plutôt répandue (ne devrait-on pas considérer que l'erreur est le fondement le plus incontestable de notre égalité, qui devrait nous inciter à plus de fraternité ?). D'un bout à l'autre de la filière le nucléaire est un domaine où l'erreur, même d'apparence anodine, peut avoir des conséquences graves et à long terme...

    Pour illustrer ce chapître :

    http://www.netscape.fr/rech?p=nmb&q=incident+nucl%C3%A9aire+centrale

    Un exemple d'erreur :

    ASN _ Un défaut d'analyse :
    http://www.asn.gouv.fr/data/evenement/25_2002_lau.asp

    Pour consulter la liste officielle des dysfonctionnements :

    ASN _ Evénements :
    http://www.asn.gouv.fr/actualite/evenements/index.asp
    Le site de l'Autorité de Sécurité du Nucléaire nous permet, au travers du nombre d'erreurs qu'il répertorie, de mesurer conjointement la complexité des processus de conduite d'une centrale et la faillibilité des comportements humains.

    Dernières nouvelles d'EDF :

    EDF Infos nucléaire - Incidents et Accidents :
    http://nucleaire.edf.fr/fs_incidents.html

    Sur les dispositifs de sécurité, dans la pratique :

    L'Informateur d'Eu: Exercice à la centrale nucléaire de Penly :
    http://www.linformateur.com/news/archivestory.php/aid/1812/
    Exercice_%e0_la_centrale_nucl%e9aire_de_Penly.html


  • Risques externes liés aux comportements humains :
    Catastrophe aérienne, événements politiques, terrorisme ... : que faire en réponse à l'imprévisible ?

  • Le cas particulier de l'usine de retraitement de La Hague :
    Quels risques sont spécifiquement associés à cette activité de retraitement et de stockage de produits à très haute radioactivité ? Il semble difficile de s'en faire une idée...

    Greenpeace France - Dangers potentiels du site de La Hague :
    http://www.greenpeace.fr/campagnes/nucleaire/dossiers/dangers_LaHague.php3



Ce que dira l'analyse de risque la plus complète, la mieux conduite :

Elle fournira la probabilité qu'un accident de gravité "G" survienne avec une périodicité "P" et provoque des dégâts "D" parmi lesquels on dénombrera un effectif de victimes "V", et ceci pour une installation donnée.

Prenons le cas de l'explosion d'un réacteur, et supposons que sa périodicité estimée soit 100 000 ans, avec "D" valant la destruction d'un territoire de la surface d'un département et "V" correspondant à 3000 décès immédiats, 10 000 bléssés graves, 30 000 contaminés etc...

Imaginons que nous disposions de 100 installations de ce types pour lesquelles ces valeurs seraient retenues.

On pourrait alors considérer que la périodicité globale tomberait à 100 000 / 100, soit 1000 ans pour l'ensemble du territoire où se trouvent les installations. Cela demeure acceptable au premier regard si l'on se contente de penser qu'une installation aura une durée de vie de 30 ou 40 ans, donc largement inférieure à 1000 ans : ce serait oublier que cette installation serait remplacée par une neuve sans changer les données du problème.

Et le raisonnement serait mauvais car pour que la probabilité soit valable il faut raisonner sur un temps valant un grand nombre de fois la périodicité de base, par exemple un million d'années. Et même après un million d'années nous ne saurons encore pas si nos experts ne se sont pas trompés dans leurs calculs, que des accidents se soient produits ou non car les risques peuvent s'exprimer n'importe quand et à n'importe quel rythme.

Ces 100 installations peuvent fonctionner parfaitement sur une période de 2 ans ou de 20 000 ans puis un accident, ou 10 accidents de gravité "G" surviendront la même année ou le même mois sans prévenir.

Alors il faudra dénombrer 3000 ou 30 000 décès immédiats, 10 000 ou 100 000 bléssés graves, 30 000 ou 300 000 contaminés ....


De "petite fuite" en "petite fuite" ...

De temps en temps des "incidents" émaillent l'histoire de l'industrie nucléaire un peu partout dans le monde, ils se matérialisent fréquemment par de "petites fuites de produits radioactifs rapidement maîtrisées" comme si l'on avait renversé une cuillérée de mayonnaise dans l'herbe, un jour de pique nique. Mais attention : toute évasion de matière radioactive dans l'environnement produit une pollution de très longue durée qui aura des effects cumulatifs. Et comme il n'est plus vraiment si certain que les pollutions à faible doses puissent être tenues pour quantités négligeables ....

Les "dangers du nucléaire" ne sont donc pas uniquement liés à des événements spectaculaires et potentiellement lointains dans le temps.


Désirons-nous accepter ces risques ?

Il serait très possible que la consommation de produits (végétaux et animaux) provenant de la Montagne Noire (France) s'avère très préjudiciable pour la santé en raison d'une pollution par différents radionucléides, notamment le Césium 137 (voir à ce sujet le site de la CRIIRAD et le détail des études en cours). Si tel est le cas cela restera vrai très longtemps, à moins que l'on invente une méthode de dépollution efficace ...

Certes cette pollution n'est pas due au nucléaire civil mais le nucléaire civil est susceptible de provoquer le même type de pollution.

Nous n'avons et ne pouvons avoir aucune garantie que cela se produira ou ne se produira pas : l'incertitude est ici totale.

La seule certitude que nous puissions avoir est que toute pollution par les radionucléides, même minime, est d'un caractère de gravité infiniment supérieur à la plus terrible des inondations.

L'inondation frappe dur, immédiatement et de façon visible, sensible, douloureuse, au cours d'une brève période.

La pollution radioactive à faible dose est invisible à l'oeil, ne provoque aucune douleur immédiate et dispose de durées bien supérieures à celle de notre vie d'individu pour effectuer ses travaux de destruction.

Soyons donc bien conscients que persister à accepter le développement de l'énergie nucléaire revient à en accepter les éventuelles conséquences.

Cela peut aller de la toxification insidieuse de portions de territoire avec augmentation de taux de maladies graves aux causes difficiles à établir jusqu'à la catastrophe majeure tellement destructrice qu'elle causera de nombreuses victimes, laissera le pays exangue, fera s'effondrer tous les systèmes d'assurances et toute l'économie ...

La question est : pouvons-nous, devons-nous accepter de telles perspectives ?


Nouvelles centrales ou solutions alternatives ?

Imaginons qu'autant de crédits que ceux que l'on accorde au nucléaire soient dévolus à équiper le pays des moyens nécessaires à transformer l'ensemble des déchets organiques (ménagers, industriels, agricoles) en compost et biogaz : combien de "tranches" de nucléaire cela vaudrait-il en termes de production d'une énergie radiologiquement très propre ?

La multiplication d'unités de génération "biogaz-compost" d'intérêt local aurait un impact important en termes d'emploi (au taux actuel du chômage il n'est pas interdit d'y songer) et permettrait (par exemple) la conversion des lisiers qui empoisonnent la Bretagne en des engrais de haute valeur, l'emploi d'engrais organiques participerait à la reconstitution de sols dégradés par l'agriculture intensive etc ...


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