
| | Scénario désagréable
Qui se laissera berner par l'alibi de précautions face au terrorisme ?
Il y a d'autres motifs à créer l'opacité totale sur les matières nucléaires, et à les retirer de la sphère de la démocratie.
 La classification "secret défense" de TOUT ce qui est relatif aux combustibles nucléaires, jusqu'à cet uranium appauvri que l'on nous dit inoffensif, ne peut pas se justifier par l'argument selon lequel cette disposition permet de tenir secrète toute information sur le convoyage de produits nucléaires.
Car l'arrêté aurait alors dû concerner uniquement la diffusion d'informations sur des convoyages AVANT qu'ils aient été menés à terme : une fois les produits livrés il n'y a plus de risque qu'ils subissent des dommages en cours de route, n'est-ce pas ?
Or l'arrêté du 8 Août 2003 du Ministère de l'économie, des Finances et de l'Industrie classe TOUTES les informations relatives aux matières nucléaires "secret de la défense nationale", leur diffusion est restreinte aux organismes et personnes "autorisées".
Elle est donc interdite au public : plus question de contrôle "citoyen" ni même d'un possible regard des citoyens sur cette activité.
Pourquoi ?
L'argument du terrorisme ne tient pas : il y a donc d'autres arguments à prendre en compte mais ils ont été tenus secrets car tout le monde les ignore.
Il nous reste donc à les chercher.
Et notamment à chercher dans l'inavouable, puisque indicible il y a déjà.
Souvenons-nous de quelques faits, qui nous aideront peut-être.
Les différentes autorités du nucléaire ont tenté de faire preuve d'une certaine transparence sur leur secteur d'activité et ont publié des chiffres sur les niveaux de radiations ici ou là.
Mais leur travail a toujours été soit incomplet soit partiellement porté à la connaissance du public, et c'est un indépendant qui a mis en évidence un niveau de radioactivité suspect dans la Montagne Noire, c'est la CRIIRAD qui a étudié cette radioactivité et a porté ses conclusions à la connaissance de tous.
C'est cette même CRIIRAD qui a mis en évidence des niveaux de radioactivité supérieurs aux normes près de certaines installations nucléaires, ou sur des wagons transportant des combustibles irradiés.
Cela nous a permis de constater que la "transparence" avait des zones d'opacité, et c'est une opacité totale qu'on veut maintenant nous imposer.
En d'autres termes il semble qu'en matière nucléaire il ne puisse exister de démocratie que sous la pression de particuliers et de structures très indépendantes du pouvoir et très vigilantes, avec peu de moyens.
Et il est désormais interdit de procéder à des mesures sur un wagon ou un camion, tout autant que de diffuser le résultat de telles mesures même si ce wagon, ce camion, a regagné son garage depuis longtemps, terroristes ou pas.
Il nous faut constater par ailleurs qu'Areva, notre fabricant de centrales nucléaires, ne jouit pas de la meilleure santé qui soit.
Dans un contexte de croissance continue souhaitée il lui faut perpétuellement trouver des marchés, et donc construire assez souvent de nouveaux réacteurs.
Depuis quelques temps elle construit peu et a donc un faible niveau de croissance, qui correspond a un relatif étiolement de ses moyens.
Afin d'assurer la croissance d'Areva notre gouvernement veut lancer la construction de l'EPR.
EDF traîne des pieds pour financer cette coûteuse et inutile machine, à peu près aussi dangereuse que celles actuellement en service en France et non prévue pour résister à un attentat du type "11 Septembre", son PDG souhaite d'ailleurs que des électriciens étrangers puissent participer au plan de financement.
Eh oui, EDF n'a pas besoin de cet EPR, et il sera superflu de le construite avant une quinzaine d'années comme l'a clairement exprimé le "comité des sages" chargé d'étudier cette question.
Mais construire immédiatement, en France, cet EPR, c'est réaliser un démonstrateur qui permettra peut-être d'en vendre ailleurs, à la Finlande notamment, et donc d'assurer la croissance d'Areva, d'en renflouer les caisses aux frais des contribuables et des consommateurs d'électricité, alors qu'une étude commandée par Greenpeace vient de démontrer qu'il serait plus intéressant pour le consommateur, le contribuable, l'emploi et l'environnement d'investir dans un parc d'éoliennes.
Mauvaise affaire pour EDF, donc, qui de surcroît devra faire face à des coûts de maintenance des réacteurs déjà en service qui ne pourront qu'augmenter proportionnellement à l'âge de ces réacteurs dont la durée de vie vient d'être allongée de 10 ans.
Dans le même temps la situation des finances du pays est catastrophique et le gouvernement glane ici et là des queues de cerises pour combler un gouffre ici, un cratère ailleurs ...
Les chercheurs du secteur public (leurs caisses désespéramment vides) manifestent maintenant dans les rues, et le moindre JT nous illustre de quelques exemples la béance du trou de nos finances publiques.
Et nous voici, partis du nucléaire opacifié, à considérer de sombres questions d'argent qui nous ramènent à notre question première : pourquoi ce classement "secret défense" ?
Dans l'optique d'une économie de glanage, à courte vue et livrée à tous les aléas (l'opportunité de récupérer 150 millions sur les allocations logement des étudiants ou ceci ou cela : si cela marche tant mieux ...) et en sachant que l'industrie nucléaire, toute "riche" qu'elle puisse sembler, ne l'est peut-être ni vraiment ni infiniment on en vient à penser qu'elle sera également tentée d'économiser.
Economiser sur le coût des transports ?
Donc sur leur qualité et sur leur sécurité !
Economiser sur le coût des contrôles ?
Et sur LA sécurité : NOTRE SECURITE !
Et l'on se dit qu'alors, quand on connaît la nature des dangers auxquels nous exposent toutes les manipulations de matières radioactives, quelles que soient les manipulations, quelles que soient les matières, il serait vraiment très mal venu pour notre gouvernement, qui manifeste par ailleurs pour certains aspects "sécuritaires" des choses un très grand activisme, oh oui alors, qu'il serait mal venu qu'un "écologiste" armé (cela donne une idée de danger, "armé"...) , armé d'un compteur Geiger effectue des mesures sur un camion ou un wagon touché par les économies, et qui fuirait plus que certains autres ...
Et un de ces "écologistes" a justement été récemment poursuivi, son compteur détruit, pour avoir pratiqué de ces mesures.
Alors serait-il étonnant que des économies aient déjà été réalisées, qu'il y ait déjà plus de fuites, et que cet arrêté soit venu à point pour permettre la poursuite à la fois des "écologistes" et des économies ?
Et le "secret défense" s'y prête à merveille.
Maintenant, même s'il n'y a eu aucune négligence, aucune économie, sur le transport ou la sécurité le moindre accident pourra sembler très suspect ...
Nous n'avons pas le droit de savoir, surtout pas le droit de construire notre savoir de citoyens, indispensable à notre citoyenneté lorsque celui qu'on nous sert éveille des doutes.
Nous ne saurons rien.
Il nous reste à imaginer : je viens donc d'imaginer.
A vous de jouer ?
Et si l'on ne veut pas que nous entrions dans ce jeu trouble du "on nous cache tout - on ne nous dit rien", qu'on cesse donc de cacher ce qui ne doit à aucun prix l'être !
Qu'on ne nous livre pas à ce seul et lamentable recours à une imagination qui peut tout faire sans le moyen d'être validée ou infirmée : ce moyen, vous qui dissimulez, vous ne pouvez nous le fournir qu'en cessant de dissimuler. Et en ne disant rien : vous savez qu'on ne peut plus vous croire.
En tentant d'enclore certains savoirs vous favorisez l'obscurantisme, cela dans un pays où la recherche s'étiole, ce que vous déplorez par ailleurs.
Nous attendions de vous plus de cohérence ...
Il sera en tous cas difficile aux politiques actuellement en place, du plus petit au plus grand, de sortir grandis de cette affaire, soit qu'ils approuvent cet arrêté soit qu'ils ne se donnent pas les moyens d'obtenir qu'il soit abrogé.
Leur meilleure issue serait le silence des français sur ce sujet : que cette page soit ma contribution à un indispensable bruit citoyen !
Car ces politiques se proclameront facilement, sans rire, "démocrates" et la démocratie est ici bafouée.
Mais il semble qu'en matière énergétique cela devienne coutumier : "EDF refuse d'étudier la résistance de l'EPR à une attaque de type 11-septembre. Mais le public n'a pas à le savoir, écrirait le directeur Energie d'EDF dans un document "Confidentiel défense", à lire sur :
Nous n'avons pas entendu beaucoup de réactions véhémentes de la part des politiques à ce sujet.
Enfin je ne peux que vous conseiller la lecture du dernier numéro de "L'Ecologiste" (Octobre 2003, n°11), très intéressant sur ce sujet, sur les pesticides, les OGM ...

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