Le « Futur aéroport du Grand Ouest » destiné à remplacer l'actuel aéroport de Nantes Atlantique ([qui] « est particulièrement facile d'accès quel que soit votre mode de transport » n'est pas accueilli « à bras ouverts » par l'ensemble de la population.
Une partie des propriétaires des 1250 hectares nécessaires à l'implantation de ce projet résiste (« Aéroport Notre-Dame-des-Landes : encore 96 personnes à convaincre ou à contraindre » dans une forme de combat qui évoque celui du Larzac.
Des cultivateurs investissent la ville (« Aéroport de Nantes : les tracteurs ont roulé sur la ville ») et des grévistes de la faim poursuivent leur protestation (« Grève de la faim : demain, un mois... ») tandis que François Hollande, nouveau président de la République, déclarait récemment : « Cet aéroport, qui va en remplacer un autre pour des raisons de sécurité et de développement, sera construit à condition que tous les recours aient été épuisés. Je demande néanmoins que l’exploitation des terres puisse continuer pendant l’instruction du dossier. ».
Sécurité : admettons, mais développement ?
Certes un aéroport situé loin de la ville offrira plus de sécurité en cas ce crash mais...
Nous lisons ici ou là : « Le nouvel aéroport, prévu pour être livré en 2017, devrait employer 2 200 personnes sur le site, et créer 7 000 à 8 000 emplois indirects dans la région. », soit environ 10 000 emplois (s'ajouteront-ils à ceux imputables à l'actuel aéroport ? Ce chiffre ne doit donc pas être considéré comme une valeur vraiment fiable).
Développement de l'emploi, donc, mais aussi en facilitant (peut-être ?) l'accès à cette métropole régionale et en la « tournant vers l'international » (ainsi qu'on peut parfois l'entendre) développement général de sa zone d'influence.
A ce stade on notera que toute ville de moyenne importance au monde rêve d'une « envergure internationale » et de plus ou moins se transformer en une sorte de « Silicon Valley » à la mode du terroir mais d'un rayonnement universel.

Beaucoup d'appelés, combien de véritables élus à terme ?
Les espoirs fondés sur des infrastructures très élaborées, prestigieuses, peuvent parfois s'effondrer de façon assez misérable : « Les Jeux Olympiques d'Athènes ont contribué à l'accroissement de la dette grecque », sans le moindre « développement » à la clef.
Ceci posé reconnaissons que les perspectives que l'on nous trace à propos des transports aérien semblent « enthousiasmantes » : « Boeing confirme le doublement de la flotte d’avions de ligne d’ici à 2030 », « Airbus prévoit un doublement de la flotte d'avions ».
Doublement de la flotte = accroissement notable du trafic.
Faudrait-il que Nantes n'ait pas sa petite part du gâteau que cela représente ?
Mais quel sera le véritable goût de ce gâteau ?
Cette question mérite plus que jamais d'être posée.
« Notre modèle de société montre son inadéquation, son incapacité à continuer. Si nous nous y accrochons, ce sera le dépôt de bilan planétaire. Tous les pays émergents veulent vivre à la moderne. Où va-t-on puiser les ressources ? C’est totalement irréaliste. » nous dit Pierre Rhabi.
Nous savons tous que la situation mondiale n'est pas saine du point de vue énergétique, du point de vue de l'évolution du climat, de celui des pollutions diverses, tant ponctuelles mais multiples que générales et tout aussi variées, de celui des réserves en un certain nombre de ressources, de celui de l'alimentation de l'humanité dans les années qui viennent, de celui des réserves marines (décroissance générale des effectifs d'espèces marines)... et cette énumération pourrait s'allonger...
Il ne semble pas que le fameux « Réchauffement climatique », que nous devrions tous redouter car il nous placera de plus en plus en situation d'insécurité, ait été sérieusement pris en compte tant pour la construction de cet aéroport de ND des Landes que dans cet « enthousiasme » pour les perspectives d'accroissement des flottes aériennes.
Car les conséquences de ces « développements » auront un impact direct sur nos émissions de gaz à effet de serre, un impact évidemment négatif, ceci même si cet aéroport est conçu pour « minimiser les impacts sur l'environnement ».
Des installations à « faible consommation en énergie » peut-être, mais dans l'espoir que finalement nous consommerons beaucoup plus d'énergie car il faudra que cet équipement soit rentable.
Pour qu'il le soit il sera indispensable que les rotations soient nombreuses, que les flux de fret et de passagers soient abondants.
C'est donc vers une société d'abondance de déplacements que l'on nous entraine, et de déplacement coûteux en énergie fossiles, par conséquent coûteux du point de vue de leur « bilan carbone ».
Le « gâteau » alléchant aujourd'hui nous poissera très longtemps la bouche et les doigts, en cela qu'il sera un aliment de choix pour le « réchauffement climatique » et donc l'accroissement de nos émissions de gaz à effet de serre.
Vous disiez : « développement » ?
Dans la veine de nos bancs de schistes...
Ce mode de développement, qui finalement sent très fort les 30 glorieuses alors que nous savons avoir pris la direction de nombreuses piteuses à venir, est de la même veine que celui qui nous verrait accepter l'exploitation des gaz de schiste, ou un certain nombre de forages en zones sensibles (eaux profondes, Arctique...).
Gaz de schiste : la menace se précise.
Il correspond à un refus quasi frénétique de réduire nos émissions de gaz à effet de serre et donc notre consommation d'énergies fossiles.
Ah, me direz-vous, moi je lutte contre les grosses industries polluantes, je fabrique moi-même mon savon et je roule à vélo (si si, il y en a comme ça !).
Outre le fait que vous êtes une portion infinitésimale de la population, en conséquence la portée de vos actions sera infinitésimale, cette attitude vous tiendra peut-être lieu « d'action politique » et vous assurera cette « bonne conscience » que nous aimerions (peut-être) tous avoir.
Mais une « action politique » sans la moindre véritable efficacité, et qui ne mettra un frein ni à la construction de cet aéroport ni à l'expansion des transports aériens, ni à l'exploitation un peu partout de ces fameux gaz de schistes, non plus à nos émissions de gaz à effet de serre.
La seule « action politique » capable – peut-être – de faire évoluer notre monde dans une direction moins néfaste consiste à porter au pouvoir des personnes qui seraient fermement décidées à mettre en œuvre des réformes difficiles, profondes et urgentes de nos modes de vie.
Nous regretterons de n'avoir rien fait du temps que nous étions riches...
Le sentiment que nous éprouverons demain vis à vis des quelques récentes décennies risque d'être particulièrement amer : que de temps perdu et impossible à rattraper alors qu'il nous était (relativement) facile d'agir !
Demain peut-être, et sous la pression plus affirmée des diverses dégradations apportées à notre substrat (ou à notre environnement), commencerons-nous à envisager notre « développement » de façon fort différente : ce ne sera pas alors notre « intelligence » pourtant si réputée qui nous guidera mais la pression des faits.
Mais nous « découvrirons » alors (ce que l'on peut savoir dès maintenant mais... on veut quand même construire un aéroport « ultra moderne » - comme il se doit - qui n'est qu'un expression de plus de notre archaïsme...) que nos actions seront largement plus limitées qu'elles n'auraient pu l'être auparavant.
Car tout à la fois il nous faudra éviter d'émettre trop de gaz à effet de serre mais en utilisant de grandes quantités d'énergies fossiles pour nous équiper de systèmes moins émetteurs (eh oui...), et d'une énergie dans bien des cas impossible à remplacer par des « renouvelables ».
Ce sera le cas pour l'extraction de tout les métaux et autres ressources minérales, dont nous avons épuisé les gisements à fortes teneurs : la tonne de cuivre nous coûte bien plus cher en énergie que ce n'était le cas auparavant et cette situation ne s'améliorera pas.
« A titre d'exemple, la concentration moyenne des minerais de cuivre exploités est ainsi passée de 1,8 % (55 tonnes de minerai pour un tonne de métal) dans les années 1930 à 0,8 % aujourd'hui (125 tonnes de minerai pour une tonne de métal). » (« Raréfaction des métaux : demain, le « peak all » »).
Et l'on ne remplacera pas le carbone indispensable au traitement du minerai de fer par quelque substitut « atomique » : impossibilité physico-chimique mais aussi très net déclin des réserves en uranium.
L'énergie atomique n'est donc pas une « énergie du futur », ou bien seulement d'un futur à très très court terme.
Nous devenons donc de moins en moins riches, quoi que certaines apparences actuelles puissent laisser supposer.
Nous serons donc plus pauvres mais toujours soumis à de très fortes concurrences
Nous ne serons pas équipés (car nous ne le sommes pas) pour vivre dans un monde dans lequel consommer moins d'énergies fossiles ne sera plus une option (ainsi que ça le demeure aujourd'hui dans les faits) : nous serons dans ce monde où le prix de ces énergies sera un obstacle bien réel à ce que nous continuions à vivre comme nous le faisons aujourd'hui, et dans lequel des épisodes climatiques nouveaux nous chahuteront.
Augmentation des précipitations dans le nord de l'Europe, nette diminution dans le sud, avec les périls associés sur l'agriculture (et donc l'ensemble de notre alimentation), une agriculture beaucoup plus coûteuse car toujours aussi gourmande en pétrole par tous les pores de sa peau...
Mais nous aurons, à la place de quelques centaines d'hectares de terres qui auraient peut-être encore été cultivables, un fameux « aéroport du Grand Ouest » à la pointe du progrès il y a encore peu, et souvent à demi désert car les voyageurs au long cours se font rares et le prix du transport aérien ayant augmenté à la mesure de celui de l'énergie... on préférera très largement la téléconférence.
Ce jour là probablement seules les très grandes agglomérations pourront conserver un trafic important capable de justifier le service d'un aéroport d'une certaine envergure : Nantes sera-t-elle alors capable de justifier des flux susceptibles de couvrir les coûts de fonctionnement de l'équipement ?
Cela n'est pas certain et dépendra en très grande partie du degré d'intensité avec lequel il nous faudra nous serrer la ceinture dans la féroce compétition internationale pour l'accès à de très nombreuses ressources, énergie, matières premières industrielles et agricoles...
A (peut-être...) relativement peu de temps d'un « dépôt de bilan planétaire » est-il bien raisonnable d'envisager encore notre « développement » sous un tel angle ???