Affirmer que l'erreur est humaine ne signifie pas que seuls les humains disposent de la capacité de commettre des erreurs.

Alors que nul n'a encore proposé une définition de l'intelligence qui pourrait devenir une référence universelle, et à l'heure où il est de plus en plus difficile de différencier l'humain de l'animal du point de vue des capacités cognitive et de raisonnement nous pouvons considérer que l'erreur est probablement une caractéristique générale du règne animal.

La théorie des systèmes nous apprend que la fiabilité d'un ensemble est celle de son élément le moins fiable.

Considérant le cerveau comme un système et sachant que tous les cerveaux du règne animal ne disposent ni de la même complexité ni des mêmes capacités nous pouvons avancer que plus un cerveau est complexe plus il intègre d'éléments différents, et considérer que certains de ces éléments peuvent souffrir parfois de défaillances.

Ainsi imaginerons-nous qu'un lombric aura moins de chances de commettre parfois des erreurs puisque son "cerveau" très primitif, constitué d'un très strict minimum d'éléments, ne sera pas soumis au risque de la défaillance imprévisible d'un élément parmi tous ceux qui le constituent.

Il est fort probable que le lombric fonctionne par "tout ou rien" : soit un comportement correct, soit un dysfonctionnement total.

Il en va très différemment chez l'humain au cerveau très complexe et donc susceptible de nombreuses défaillances.

Qui n'a pas cherché un mot pourtant connu et appartenant à son vocabulaire habituel sans le trouver pendant un bon moment ?

Qui n'a pas connu cette troublante surprise de s'apercevoir soudain qu'un certain nombre d'éléments connus mais jusqu'alors considérés comme indépendants s'articulaient en fait dans le cadre d'une relation démontrable, que l'on avait toujours ignorée ?

Surprise troublante car en pendant de la satisfaction "d'avoir trouvé" elle apporte aussi la déception de n'avoir pas trouvé plus tôt.

Pourtant la capacité du cerveau à identifier et comprendre cette relation existait avant que cette compréhension aboutisse : les connexions ne s'établissent donc pas avec la ponctualité que l'on serait en droit d'attendre d'une machine bien huilée.

En ce sens, par son mode de fonctionnement, notre cerveau échappe largement à notre volonté de comprendre : notre volonté tenterait-elle de violenter notre cerveau ?

Mais cette volonté émane de notre cerveau...

Par ailleurs comprendre nécessite de savoir : on ne résoud en général pas n'importe quelle énigme, n'importe quel problème sans disposer des connaissances connexes, ou même souvent de connaissances fort éloignées a priori de la nature du problème à résoudre.

Il sera toujours préférable de disposer de bases de sa
voir riches et variées.

La bonne compréhension de n'importe quel phénomène sera toujours susceptible de souffrir d'un manque de savoir.

De comprendre à vouloir expliquer il n'y a qu'un pas, et la confrontation entre l'explication que l'on fournit à celle que nous donnerait une autre personne est souvent susceptible de nous renseigner sur les failles de notre raisonnement, aussi travaillé soit-il.

Entre personnes de bonnes compagnie le bénéfice de cette confrontation pourra être mutuel mais il est aussi des confrontations au cours desquelles il ne sera question que d'asséner son propre point de vue sans trop admettre de contradiction (j'ai cru remarquer cela, parfois...).

Défaillance momentanée de quelques synapses, amollissement temporaire de quelques neurones, méconnaissance de certains faits, de certains mécanismes, de certains pans du savoir universel : il y a de nombreux motifs à ce que nos raisonnements soient incomplets, inaboutis ou même totalement erronés.

De toute évidence il y a des bugs dans notre système de compréhension de ce qui nous entoure.

Un bug, à ce qu'en dit la petite histoire, serait un insecte que l'on aurait trouvé grillé sur un circuit électronique expérimental et qui en aurait causé la défaillance.

L'insecte aurait été une punaise, cette horreur verte et malodorante à nos yeux, dont pourtant certains humains s'alimentent.

Les informaticiens redoutent le bug, et ce mot est devenu synonyme de dysfonctionnement dans le langage courant.

Ainsi il y a des punaises informatiques, et il me semble qu'il s'en trouve aussi dans nos têtes pensantes.

Autant je reconnais une superbe esthétique à certains insectes - bugs, autant il me semble que nous devons redouter un grand nombre de nos raisonnements bâclés, en notre époque assez difficile.

Carpocoris fuscispinus

Quelles sont les attitudes possibles face à ces bugs de l'intelligence ?

Elles vont du travail, solitaire ou en commun, sur un problème donné jusqu'au meurtre et à la guerre.

Punaise...... Nous avons mieux à faire que de nous entre-tuer !