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samedi 25 mars 2006

Loose Change, élucubrations, véritable complot...

Dernier avatar à la mode de la dénonciation d'un complot supposé le film "Loose Change" d'un inconnu hier, Dylan Avery, devenu pour quelques temps une star des médias (invité par Fox News !!!) et du web, fait couler d'importants volumes d'encre réelle ou virtuelle autour de la planète, et un article paru sur Agoravox montre à lui seul l'intérêt que suscite ce type de "sensationnel".

Cet article de Carlo Revelli ("11 septembre 2001 : le nouveau film qui dérange l’Amérique [fr]") paru le Lundi 20 Mars 2006 a reçu 276 réactions en ce Samedi 25 Mars 2006 mi-matinée, soit nettement plus que la moyenne : un sommet, un pic !

Je ne m'étendrai pas à passer en revue l'ensemble du film et mentionnerai seulement la légèreté d'affirmations comme celle qui consiste à attribuer à un missile la tache de lumière visible sur la façade d'une des tours du WTC juste avant l'impact d'un avion.

Quelle analyse poussée de cette luminosité permet de l'attribuer à un impact de missile avec une probabilité forte que cela puisse correspondre à la vérité des faits ?

Aucune mention d'une telle analyse dans le film : soit on se contente de souscrire à l'hypothèse missile soit on en souligne la grande légèreté.

Quelle proportion de spectateurs gobera sans sourciller ?

Passons donc et, puisque les foules semblent adorer les complots, voyons ce qui, tiré de l'ordinaire de notre monde, pourrait les satisfaire et aurait les dimensions d'un véritable complot, soit des manoeuvres occultes destinées à satisfaire des objectifs favorisant certains au détriment des autres.

Nous savons, et de façon tout à fait vérifiée, que nos pratiques actuelles mettent le monde et la survie de l'humanité (entre autres espèces, dont de très nombreuses disparaissent à un rythme très rapide qui ne cesse de s'accélérer) en danger.

L'essentiel des dangers qui nous menacent proviendra des changements climatiques provoqués par l'augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, mais il ne faut pas non plus négliger de très nombreuses pollutions et les contre coups de déforestations massives, entre autres phénomènes.

Dans les pays les plus riches chacun peut disposer de suffisamment d'informations à ces sujets, et les aficionados des complots, du fait qu'ils accèdent facilement à ce qui concerne le dernier hoax à la mode, peuvent aisément se documenter sur ce qui nous menace et en tirer des conclusions.

Que voyons-nous ?

Prenons l'exemple de la déforestation de certains endroits du globe : il serait erroné de croire qu'il s'agit de coupes anarchiques conduites par quelques tribus afin de défricher quelques parcelles pour une petite culture sur brûlis.

Ce sont de grandes entreprises qui réalisent les plus gros dégâts (entreprises qui peuvent être françaises ou à capitaux français pour une part significative) cela afin de produire des plantes à la rentabilité forte (soja par exemple en Amérique Latine) au mépris à la fois des populations locales, des espèces vivant des ces forêts, des équilibres hydrauliques et aérologiques des régions concernées (et donc des équilibres climatologiques du globe) et de divers autres paramètres, ceci sans compter les effets des diverses pollutions inhérentes à l'utilisation d'un grand nombre de produits malsains pour l'environnement.

Ces entreprises agissent ainsi dans le seul objectif de servir encore plus de dividendes à leurs actionnaires, et non pour le plus grand bien du monde.

Oui, je vous entends me dire que nous savons tous cela, que cela entre dans la triste normalité des choses et que vous ne distinguez ici aucun complot.

Précisément, et si le complot résidait dans le fait de pousser chacun d'entre nous à considérer ces pratiques comme "normales" ?

Méfions-nous de ce terme : "normal", dès lors que l'on considérera l'usage le plus répandu comme définissant la norme.

Si ce qui se fait le plus communément consiste à raser les forêts primaires, il est "normal" de pratiquer la déforestation à grande échelle, mais est-ce légitime ?

Et légitime au regard de quoi ?

Au regard du privilège accordé à certain de pouvoir tirer d'immenses bénéfices de la destruction de très nombreux écosystèmes vitaux ?

Ou au regard du fait que nous souhaiterions tous pouvoir vivre dans des conditions optimales, puis qu'il en soit également ainsi pour nos descendants ?

Là se trouve le véritable complot, le dangereux complot dont nous sommes tous complices, qui consiste à considérer qu'il est de notre droit de sacrifier ce que nous jugerons utile afin d'améliorer, ou même seulement de maintenir, notre "niveau de vie".

Et ceci en tenant compte du fait que le commun des mortels ne recueillera que les miettes laissées par la fraction de ceux qui s'enrichiront le plus.

Le complot consiste à ne pas prendre en compte que l'avenir, et un avenir assez proche, verra les flots de réfugiés grossir dans le monde entier et à prétendre lutter contre l'immigration clandestine sans lutter contre les causes qui la provoquent.

Le complot consiste à regarder fondre les glaces du Groenland et ne pas imposer que toute nouvelle construction se fasse selon des critères bioclimatiques sévères qui seraient un moyen efficace de répondre à nos besoins d'habitat et de locaux tout en diminuant fortement nos émissions de gaz à effet de serre, ce qui devrait être un impératif absolu.

Le complot consiste à penser que le développement du tourisme lointain dans toutes les régions du monde est une solution d'avenir viable tant à l'échelon local que d'un point de vue global, parce-que si les conséquences de cela seront temporairement un enrichissement de certaines populations (et de certains actionnaires) et, durablement, elles seront aussi un accroissement de la fragilisation d'un grand nombre de ces régions (en particulier par des "aménagements" dommageables à l'environnement local, cela se constate souvent) aussi bien que de la déstabilisation des climats (tous les modes de transports participant à l'accroissement de l'effet de serre).

Ceci avec une perspective d'avenir à long terme fort douteuse car ce tourisme lointain étant fort dépendant des transports, et donc de la disponibilité en un pétrole abondant et bon marché, alors que nous savons qu'un jour ces deux conditions indispensables ne seront plus réunies, et que ce jour approche...

Qui anime ce complot ?

De façon active et souvent tout à fait occulte (c'est ce qui justifie l'emploi de ce terme de "complot") un très grand nombre de groupements d'intérêts qui sont en général en décalage profond avec ce qui constituerait l'établissement d'un "plus grand bien commun" et privilégient donc des intérêts particuliers au détriment de l'intérêt général.

Qui soutient ce complot ?

Chacun d'entre nous...

dimanche 5 mars 2006

Croissance ou décroissance, mythe du "durable" et de "l'équitable" ?

Ici les partisans d'une croissance forte, là ceux d'une décroissance maîtrisée, ailleurs les adeptes d'un "développement durable" prêchent, chacun pour sa paroisse, et avancent leur vision de la meilleure voie d'évolution du monde qu'ils ont imaginée.

On entend ici que la décroissance, volontaire et raisonnée, sera équitable (mais qu'est-ce qui nous pousserait à instaurer plus d'équité, soudainement, le jour où nous aurions volontairement moins de biens disponibles alors qu'en période de pléthore cette équité ne semble pas vraiment nous soucier ?) tandis qu'une récession, subie, s'attaque prioritairement aux plus faibles, ce qui me semble assez réel.

On entend ailleurs qu'un monde équilibré (mais de quelle stabilité cet équilibre est-il doté ? Il semble qu'elle est vulnérable et que l'équilibre se tient constamment aux limites de sa rupture) ne serait possible que par une croissance régulière.

Ailleurs on nous explique que les ressources disponibles sont à ce point limitées que nous ne pourrons maintenir un rythme de croissance comparable à celui de ces dernières années que pour quelques décennies au plus.

Il semblerait effectivement que la comparaison des "réserves prouvées" d'un certain nombre de matières premières à la courbe de leur consommation tracent des limites infranchissables à quelques décennies pour le pétrole (20, 40 ans ?), le cuivre (80, 120 ans ?), le platine (40, 60 ans ?), l'uranium (15, 40 ans ?)...

Une fois le dernier gisement épuisé il deviendra réellement plus que difficile de soutenir la croissance de l'industrie extractive du cuivre ou de n'importe quelle ressource du sous sol, tout le monde s'accordera sur ce point et par conséquent sur le fait que nous devrons subir des décroissances forcées par des états de faits absolument insurmontables.

Si aujourd'hui les réserves encore disponibles nous laissent la possibilité de choisir la date de cette échéance il serait indispensable aux partisans d'une décroissance librement choisie de convaincre le monde de faire ce choix dès maintenant, car les possibilités de le faire plus tard s'amenuisent de jour en jour...

Mais il est aussi indispensable que les partisans d'une croissance continue et soutenue nous expliquent clairement à la fois ce que nous ferons lorsque nous n'aurons plus de cuivre ou de platine, et ce qui justifie qu'ils maintiennent leur insatiable appétit face à la certitude que l'absence de certaines matières premières rendra la vie de nos enfants (peut-être de ceux qui naissent à ce moment même) plus difficile qu'elle ne l'est pour nous.

Qui sont ces partisans d'une croissance continue et soutenue ?

Des théoriciens, des politiques, des gens de la rue comme vous et moi, qui se sentent d'une façon ou d'une autre menacés par le spectre d'une décadence économique, cela pour moins de 2 milliards des habitants de cette terre.

Ce sont également pour plus de 4 milliards d'entre eux des personnes qui voudraient accéder au niveau de confort moyen dont bénéficient les 2 premiers milliards, même un niveau de confort à 50% de cette moyenne représenterait un colossal progrès pour beaucoup d'entre eux.

Cela fait beaucoup de pétrole, de cuivre, de platine, d'uranium... peut-être plus que les réserves connues.

Par ailleurs nous savons que les 2 milliards les plus aisés ont un niveau de consommation à ce point élevé qu'il est simplement tout à fait impossible d'imaginer un niveau d'équité pour lequel tous les habitants de la planète bénéficieraient d'un niveau de vie équivalent à celui d'un occidental moyen.

L'empreinte écologique moyenne de ce dernier nécessiterait que nous disposions d'au moins 5 à 6 planètes équivalentes à la Terre pour que cela soit possible : certains imaginent d'aller chercher des compléments sur la Lune ou sur Mars.

Outre que cela nécessiterait des technologies dont nous ne disposerons pas avant très longtemps, cette idée ne tient pas du simple fait que ces deux objets célestes ne sont pas les 4 à 5 terres qui nous font défaut, et qu'ils ne semblent pas être vraiment "équivalents" à la Terre.

Notre salut, à moyen, court et relativement long terme, demeure sur Terre avec les ressources limitées qu'elle nous offre.

Par conséquent une conclusion s'impose : la poursuite du développement des pays les plus développés, et la poursuite de la "croissance" (vue de la façon la plus traditionnelle et la moins restrictive qui soit dans les moyens qu'elle convoque) dans ces pays s'oppose à ce que la croissance des pays les moins développés puisse être forte et parvienne à offrir aux habitants de ces pays un confort équivalent au nôtre.

Et la croissance de pays moins riches que les nôtres s'oppose, selon le même principe et à plus ou moins long terme, à ce que notre développement se poursuive.

De facto, aussi longtemps que "développement" signifiera "forte consommation" de biens de toutes sortes et vu la raréfaction des ressources permettant de fabriquer ces biens il y aura un monopole du confort chez les plus riches, car les plus riches disposent aussi des plus grandes facilités à se procurer un supplément de confort.

Aussi longtemps que la richesse restera le seul support à la conquête d'un supplément de développement, sans la moindre régulation, le développement des moins riches demeurera très lent et l'équité ne régnera pas dans le monde.

A moins que l'on assiste soudainement un jour à un phénomène de redistribution équitable des richesses dans le monde, ce qui semble assez improbable, seules des règles visant à empêcher le sur développement afin de provoquer les conditions de l'avènement d'un développement homogène de par le monde pourront mener à une certaine équité.

Les partisans d'un marché très libre nous affirment que la "mondialisation" parviendra à cet effet, et l'on peut effectivement constater qu'ici ou là certains pays, pensons par exemple au Brésil, se développent dans ce cadre.

Certes mais ce sont des pays qui disposent du levier de développement sous la forme d'un certain nombre de richesse (agricoles, forestières, minières ou autres) qu'ils peuvent valoriser sur la scène concurrentielle du marché mondial avec un certain nombre de succès.

Un pays par trop dépourvu de certaines richesse ne pourra rien valoriser et le système des marchés tel qu'il se pratique peut également ruiner un pays disposant d'un potentiel élevé de richesses mais assujetti aux diktats des cours mondiaux (voir les grands producteurs de café par exemple).

En outre les partisans d'un marché mondial très libre ne nous expliquent pas ce qui se passera aux limites, et nous en approchons, lorsque certaines matières premières très raréfies mais indispensables "en l'état actuel des connaissances" seront devenues inabordables aux moins riches, puis au commun des mortels.

Certes nous pouvons imaginer que "la science" nous fournira des possibilités de substitution, mais nous ne tisserons pas des milliers de kilomètres par an de conducteurs électrique avec l'imagination d'un substitut : il faudra qu'il existe réellement avec de réelles qualités opérationnelles, et cela vaut pour de nombreux produits aujourd'hui très présents dans notre quotidien.

La "foi dans la science" ne peut en rien nous servir de certitude.

L'équité ne découlera pas du libre jeu des "lois du marché".

L'équité ne sera pas possible aussi longtemps que les pays les plus riches maintiendront un niveau de consommation tel que constaté actuellement et elle ne pourra devenir une réalité qu'à la condition que ces pays divisent "environ par 6" (en moyenne) leur niveau de consommation.

La "durabilité du développement" est une hypothèse d'école qui ne résiste pas à l'analyse si les pays les plus développés aujourd'hui veulent poursuivre leur développement dans un système où le développement s'accompagne obligatoirement d'une croissance de la consommation (Wikipédia : développement durable).

Parvenir à "l'équitable - durable"

Il faut donc imaginer des modalités d'amélioration d'un certain nombre de conditions inacceptables dans un esprit de grande économie (ce qui est un beau défi social, scientifique, technique, politique...) tout en limitant nos exigences dans le domaine de ce qui n'est pas vital (c'est à dire absolument indispensable à notre vie, autre joli défi, ne serait-ce que pour définir cet "indispensable"), et que ce processus devienne la définition du "développement durable", que l'on aura dès lors intérêt à nommer "développement partagé" ("shared development" et... à propos comment en sanscrit ?).

Un tel processus correspondrait à une décroissance des volumes produits et échangés mais il serait aussi la source d'une croissance très forte dans le développement de ces solutions très économes que nous ne pratiquons généralement pas aujourd'hui mais seraient devenues indispensables.

Mais nous voyons bien aujourd'hui que tel n'est pas le chemin que nous empruntons (Les murs de la honte) : on s'emmure et la hache de guerre, lorsqu'elle n'est pas déterrée, n'est jamais bien profondément enfouie dans le sol...

samedi 4 mars 2006

Têtes de poissons

Encore un étal sans queue ni tête...

Rayon poissonnerie d'un petit "grande surface" de campagne picto-charentaise, il y a quelques jours : sur fond de glace concassée auréolée de papier d'aluminium, des blocs roses, blanchâtres, plus ou moins veinés, soigneusement rangés.

C'est donc du poisson.

On ne voit pas trace de peau, d'écaille, de nageoire... heureusement des nageoires atrophiées renseignent de façon trop précise sur le passé du poisson, dans un casier en bord de mer, avec tout juste ce qu'il faut de place pour se retourner.

Du poisson qui n'a jamais fait de sport, valorisé pour son obésité qui est la clef de la rentabilité du système.

Effectivement à l'heure où l'on continue de vider les océans de sa faune délicieuse (oui, le poisson est souvent un délice) il faut bien "produire" le poisson, quitte à ce que cette production soit une atteinte de plus portée à l'environnement et à la faune sauvage... à laquelle devrait appartenir le poisson...

Donc un étal de blocs domestiqués que l'on reconnaît tout de suite comme étant du poisson à la structure de la chair, mais heureusement que l'on peut déchiffrer le dessin des filets, lire la place que prenait l'arête dorsale, ce qui nous évite la confusion avec n'importe quoi d'autre qui serait blanchâtre ou rose.

Pour moi le poisson est une entité environnée de nageoires, d'une tête et d'une queue et la vision d'un étal de poissons entiers m'a toujours ravi.

Ah certes l'esthétique du Saint Pierre ou de la Lamproie est tout à fait particulière mais non dénuée d'intérêt et voir ces êtres dans leur intégralité nous rappelle que le monde n'est pas fait de ready mades pour nos casseroles mais d'êtres vivants qui ont développé des formes et des stratégies très adaptées à de bonnes conditions de vie dans les conditions qui sont les leurs.

Outre la "leçon" de sciences naturelles qu'est un étal de poissons entiers c'est aussi pour moi comme une sorte de poésie, d'invite à un instant d'évasion dans un milieu fort différent de celui de mon ordinaire, quelques lieues sous les mers...

L'étal de blocs représente une grande perte de ce point de vue, mais il y a pire !

Un étal sans queues mais surtout sans têtes... quel dommage !

Où sont-elles passées ?

Poubelle ?

Matière première des soupes industrielles ?

Farines de poisson, ce qui serait un moindre mal dans ce monde où la protéine vaut cher ?

Et les gourmets, dans tout cela ?

Habitant un moment un port de mer j'ai souvenir des délices que réservait à quelques clients choisis un poissonnier lui même véritable amoureux de la mer et des poissons : joues de différentes espèces et petits morceaux triés provenant en général de la tête, ignorés de la plupart mais au goût, à la consistance, à la texture très différente de ce que l'on trouve dans un filet, grand régal à la clef.

Il me montra la piste et depuis je dissecte la tête du moindre poisson, à la recherche de ces morceaux parfois infimes mais précieux.

Et je me régale.

Et je me désole face à un étal de blocs blanchâtres...

Le blug de l'encéphalugomme molle n'est pas un blog vitaminé : ce n'est qu'un blug, un blog des bugs, des bugs de l'intelligence. Vous savez cette merveilleuse chose indéfinissable qui a permis à l'homme de devenir le maître incontesté de la nature... Ici vous trouverez peut-être de gentilles horreurs et des raisonnements tordus : prudence...
Il est encore temps de fuir !
? i n t e l l i b l u g
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