Têtes de poissons
Par jcm, samedi 4 mars 2006 à 11:04 :: Poissons... :: #6 :: rss
Encore un étal sans queue ni tête...
Rayon poissonnerie d'un petit "grande surface" de campagne picto-charentaise, il y a quelques jours : sur fond de glace concassée auréolée de papier d'aluminium, des blocs roses, blanchâtres, plus ou moins veinés, soigneusement rangés.
C'est donc du poisson.
On ne voit pas trace de peau, d'écaille, de nageoire... heureusement des nageoires atrophiées renseignent de façon trop précise sur le passé du poisson, dans un casier en bord de mer, avec tout juste ce qu'il faut de place pour se retourner.
Du poisson qui n'a jamais fait de sport, valorisé pour son obésité qui est la clef de la rentabilité du système.
Effectivement à l'heure où l'on continue de vider les océans de sa faune délicieuse (oui, le poisson est souvent un délice) il faut bien "produire" le poisson, quitte à ce que cette production soit une atteinte de plus portée à l'environnement et à la faune sauvage... à laquelle devrait appartenir le poisson...
Donc un étal de blocs domestiqués que l'on reconnaît tout de suite comme étant du poisson à la structure de la chair, mais heureusement que l'on peut déchiffrer le dessin des filets, lire la place que prenait l'arête dorsale, ce qui nous évite la confusion avec n'importe quoi d'autre qui serait blanchâtre ou rose.
Pour moi le poisson est une entité environnée de nageoires, d'une tête et d'une queue et la vision d'un étal de poissons entiers m'a toujours ravi.
Ah certes l'esthétique du Saint Pierre ou de la Lamproie est tout à fait particulière mais non dénuée d'intérêt et voir ces êtres dans leur intégralité nous rappelle que le monde n'est pas fait de ready mades pour nos casseroles mais d'êtres vivants qui ont développé des formes et des stratégies très adaptées à de bonnes conditions de vie dans les conditions qui sont les leurs.
Outre la "leçon" de sciences naturelles qu'est un étal de poissons entiers c'est aussi pour moi comme une sorte de poésie, d'invite à un instant d'évasion dans un milieu fort différent de celui de mon ordinaire, quelques lieues sous les mers...
L'étal de blocs représente une grande perte de ce point de vue, mais il y a pire !
Un étal sans queues mais surtout sans têtes... quel dommage !
Où sont-elles passées ?
Poubelle ?
Matière première des soupes industrielles ?
Farines de poisson, ce qui serait un moindre mal dans ce monde où la protéine vaut cher ?
Et les gourmets, dans tout cela ?
Habitant un moment un port de mer j'ai souvenir des délices que réservait à quelques clients choisis un poissonnier lui même véritable amoureux de la mer et des poissons : joues de différentes espèces et petits morceaux triés provenant en général de la tête, ignorés de la plupart mais au goût, à la consistance, à la texture très différente de ce que l'on trouve dans un filet, grand régal à la clef.
Il me montra la piste et depuis je dissecte la tête du moindre poisson, à la recherche de ces morceaux parfois infimes mais précieux.
Et je me régale.
Et je me désole face à un étal de blocs blanchâtres...
Rayon poissonnerie d'un petit "grande surface" de campagne picto-charentaise, il y a quelques jours : sur fond de glace concassée auréolée de papier d'aluminium, des blocs roses, blanchâtres, plus ou moins veinés, soigneusement rangés.
C'est donc du poisson.
On ne voit pas trace de peau, d'écaille, de nageoire... heureusement des nageoires atrophiées renseignent de façon trop précise sur le passé du poisson, dans un casier en bord de mer, avec tout juste ce qu'il faut de place pour se retourner.
Du poisson qui n'a jamais fait de sport, valorisé pour son obésité qui est la clef de la rentabilité du système.
Effectivement à l'heure où l'on continue de vider les océans de sa faune délicieuse (oui, le poisson est souvent un délice) il faut bien "produire" le poisson, quitte à ce que cette production soit une atteinte de plus portée à l'environnement et à la faune sauvage... à laquelle devrait appartenir le poisson...
Donc un étal de blocs domestiqués que l'on reconnaît tout de suite comme étant du poisson à la structure de la chair, mais heureusement que l'on peut déchiffrer le dessin des filets, lire la place que prenait l'arête dorsale, ce qui nous évite la confusion avec n'importe quoi d'autre qui serait blanchâtre ou rose.
Pour moi le poisson est une entité environnée de nageoires, d'une tête et d'une queue et la vision d'un étal de poissons entiers m'a toujours ravi.
Ah certes l'esthétique du Saint Pierre ou de la Lamproie est tout à fait particulière mais non dénuée d'intérêt et voir ces êtres dans leur intégralité nous rappelle que le monde n'est pas fait de ready mades pour nos casseroles mais d'êtres vivants qui ont développé des formes et des stratégies très adaptées à de bonnes conditions de vie dans les conditions qui sont les leurs.
Outre la "leçon" de sciences naturelles qu'est un étal de poissons entiers c'est aussi pour moi comme une sorte de poésie, d'invite à un instant d'évasion dans un milieu fort différent de celui de mon ordinaire, quelques lieues sous les mers...
L'étal de blocs représente une grande perte de ce point de vue, mais il y a pire !
Un étal sans queues mais surtout sans têtes... quel dommage !
Où sont-elles passées ?
Poubelle ?
Matière première des soupes industrielles ?
Farines de poisson, ce qui serait un moindre mal dans ce monde où la protéine vaut cher ?
Et les gourmets, dans tout cela ?
Habitant un moment un port de mer j'ai souvenir des délices que réservait à quelques clients choisis un poissonnier lui même véritable amoureux de la mer et des poissons : joues de différentes espèces et petits morceaux triés provenant en général de la tête, ignorés de la plupart mais au goût, à la consistance, à la texture très différente de ce que l'on trouve dans un filet, grand régal à la clef.
Il me montra la piste et depuis je dissecte la tête du moindre poisson, à la recherche de ces morceaux parfois infimes mais précieux.
Et je me régale.
Et je me désole face à un étal de blocs blanchâtres...









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