Politiques : bientôt le discrédit total ?
Par jcm, dimanche 23 avril 2006 à 14:03 :: Politiques, discrédit :: #13 :: rss
Quels sont les principaux sujets abordés par la plupart de nos politiques dans leurs discours actuels, que semblent être leurs principales préoccupations, et quels sujets majeurs sont relégués systématiquement au second ou troisième plan, sans être l'objet de programmes solides et susceptibles d'apporter des solutions efficaces ?
Sécurité, immigration, emploi... sont certes des sujets importants auxquels il convient de trouver des solutions mais faut-il les considérer comme des sujets majeurs comme le suggèrent les apparences ?
Comment définir un sujet majeur ?
Nous dirons qu'un sujet majeur est un sujet qui pourra avoir une emprise prépondérante sur tout autre sujet, et ainsi modifier profondément les conditions dans lesquelles s'exerceront tous les autre sujets, à un terme défini.
Un sujet majeur pourra modifier ces conditions à un degré tel que toutes les solutions choisies pour traiter les sujets d'ordre inférieur seront susceptibles de devenir inopérantes.
Prenons l'exemple du projet Iter de fusion contrôlée, dont rien ne prouve qu'il sera opérationnel un jour mais qui pourrait éventuellement, selon la théorie, nous fournir "une énergie infinie" à un coût peut-être faible dans 30, 50, 80 ans ou plus (mais il y a 30 ans on nous prédisait que les tokamaks seraient opérationnels à l'échelle des... 30 ans !).
Dans le contexte énergétique actuel le projet Iter est-il un projet majeur alors que, selon toutes probabilités, un "choc pétrolier" est en cours d'apparition ?
Iter est un projet, un sujet mineur dans l'échelle de temps pour laquelle des difficultés très importantes risquent de survenir, difficultés auxquelles il n'apportera aucune réponse et qui pourraient en affecter le développement.
Ce court exemple fournit l'esquisse d'une méthode que l'on pourrait utiliser afin de déterminer l'ordre dans lequel nous devrions classer nos préoccupations.
Revenons à notre choc pétrolier, très conjoncturel dans un climat d'instabilités politiques fortes, mais qui pourrait être nettement renforcé par le déclenchement d'un conflit, impliquant par exemple l'Iran, des instabilités politiques locales, affectant par exemple le Nigéria, ou des phénomènes climatiques (qui nous assure que de vigoureux ouragans ne viendront pas détruite des raffineries dans le sud des USA cet été ?).
Même si nous sommes loin de "la fin du pétrole" nous sommes probablement très proches de la fin d'un pétrole bon marché, et la conjonction de différents phénomènes conjoncturels pourrait bien propulser dans un très proche avenir le prix du baril vers des hauteurs qui causeraient des difficultés très graves et seraient un facteur très efficace d'une désorganisation profonde de nos sociétés.
A ces causes conjoncturelles n'omettons pas d'ajouter des motifs structurels comme l'insuffisance des capacités mondiales de raffinage (qui ne se règlent pas dans une durée très courte), la chute de production d'un certain nombre de grands gisements (au Koweit par exemple, l'immense champ de Burgan : Kuwait's biggest field starts to run out of oil), l'accroissement de la demande mondiale dont il n'est pas prévu qu'elle faiblisse, et nous aurons "de la chance" si la croissance des besoins en pétrole de la Chine ne dépasse pas 2% par an...
Ajoutons au passage que cette croissance de la demande en pétrole, source d'une tension sur les cours dont nous voyons difficilement la possibilité qu'elle se relâche, est concourante avec l'augmentation très forte ces derniers temps des cours de nombreuses matières premières, du fer au cuivre en passant par le platine... ce qui implique une augmentation importante du prix de nos importations imputable au cumul de 2 facteurs, leur prix et celui du transport, dans un contexte de croissance faible et d'une balance de notre commerce extérieur en assez mauvaise forme...
Nous voilà devant un sujet majeur : celui de l'augmentation du prix du pétrole, très nette ces derniers temps et qui, si elle se poursuit, deviendra de plus en plus sensible.
"Sensible" signifie que nous la ressentirons, et qu'elle aura du sens par rapport à nos actes, actes du quotidien qui font la trame de nos vies.
En d'autres termes la hausse du prix du baril modifiera nos actes et nos vies et ceci dans un rapport qui ne sera pas proportionnel : ce n'est pas l'amplitude de chacun de nos actes qu'il nous faudra diminuer en fonction d'un prix un peu plus élevé, mais au contraire certains actes deviendront impossibles en fonction de certains seuils qui ne seront pas les mêmes pour tout le monde.
Ainsi une personne travaillant à temps partiel et fractionné à 15 km de son domicile pour un faible salaire et devant se rendre à son emploi tôt le matin puis en soirée ne pourra plus se payer qu'un trajet par jour (avec le corollaire probable de difficultés accrues dans sa vie quotidienne, des problèmes de garde d'enfant et de pouvoir attendre de façon correcte la reprise du travail du soir...), puis ce seul trajet deviendra trop coûteux tandis qu'une fraction de la population s'offrira encore des vacances lointaines.
A quel pris du baril ce problème se posera-t-il de façon significative, comme un problème social non marginal ?
Et ce phénomène affecterait vite de nombreux salariés à plein temps, tandis que nous assisterions à une décroissance mondiale des flux touristiques, avec des impacts forts sur toutes les régions tirant une part significative de leurs ressources du tourisme.
Lorsque nous en arriverons à ce stade il suffira d'une augmentation de quelques centimes des prix à la pompe pour que de nombreuses professions à la rentabilité aujourd'hui faible atteignent la limite du possible, ce qui concernera vite les transporteurs, les pêcheurs, les agriculteurs...
Si dans un premier temps des assouplissements pourront se montrer efficaces, avec par exemple un allègement de certaines taxes et des subventions ponctuelles, quelles seraient les limites de ce type d'action, pourraient-elles se prolonger efficacement pour des mois, et à quel prix ?
La conservation de l'équilibre relatif actuel de notre société par ce type de remède pourrait vite s'avérer impraticable, ce serait la question de quelques petites dizaines de centimes de plus à la pompe.
Que se passera-t-il si l'équilibre se rompt ?
La France, "première destination touristique mondiale", ressentira fortement ce choc avec la diminution d'un certain nombre de ses ressources, avec des problèmes affectant toutes les strates de la société, les approvisionnements (coût des transports) et donc la possibilité de conserver leur rentabilité pour de nombreuses entreprises travaillant en flux tendus et dépendant au quotidien de systèmes de transports très fluides...
Et avec le terme "fluide" nous arrivons à l'effet qu'aurait une augmentation forte du prix du pétrole : la rigidification de notre société, qui se figerait dans une immobilité contrainte d'une ampleur qui dépendrait totalement de ce facteur externe sur lequel nous n'aurions aucune prise, le prix du baril de pétrole.
Une immobilité que l'on imagine difficile à supporter à l'heure où l'on affirme partout que notre société a grandement besoin de plus de flexibilité, terme très antinomique de "rigidité" !
Fleurs importées du Kenya et fraises en hiver ne seraient plus qu’un souvenir demain, peut-être: mais ne nous y trompons pas, ce ne serait pas uniquement la remise en question de nos petits plaisirs mais bien plutôt tout l’équilibre mondial qui serait fortement perturbé avec une forte probabilité que cette perturbation serait très durable.
Alors finie la mondialisation qui permet l’importation massive de toutes sortes de produits, il faudrait produire et distribuer local, se passer du superflu...
Comment définir le superflu a priori?
Ne nous fatiguons pas sur cette question: nos possibilités du moment trancheraient vite!
Au passage combien de multinationales dont les activités sont entièrement basées sur des productions fortement dé localisées s’effondreraient, leur valeur boursière se trouvant vite en chute libre?
Le coût du transport devenant inabordable mettrait fin à la pratique des flux tendus: le temps de réorganiser la production de nombreux biens pourraient nous faire défaut ou atteindre des prix inabordables...
Est-ce à dire que nous ne pouvons rien faire ?
La question n'appelle aucune réponse catégorique reflétant une certitude absolue car nous ignorons quand se produira une augmentation forte et durable du prix du pétrole susceptible de plonger notre société dans le type de difficultés évoquées plus haut, mais nous pouvons avoir une quasi certitude que cette hausse se produira.
En d'autres termes si elle se produit très bientôt nous ne pourrons que subir, et si elle nous laisse un délai raisonnable nous devons développer sans tarder de très gros efforts pour nous préparer, modifier les modes de fonctionnement de nos sociétés de façon telle qu'elle absorberaient ce choc avec moins de dommages.
Nos sociétés et notamment la société française, celle dont nous sommes directement responsables et dont nous confions régulièrement le gouvernement à telle ou telle tendance politique.
Combien de temps nous faudrait-il pour modifier cette société ?
Prenons comme seul exemple celui de l'habitat : on peut estimer qu'un effort très soutenu, de grande ampleur, visant à l'amélioration du bâti existant afin de le convertir à une indépendance énergétique forte devrait s'envisager sur plusieurs décennies, ceci en disposant de ressources énergétiques abondantes et bon marché telles que nous en avons actuellement, qui nous permettraient d'appliquer à cette reconversion un indice d'efficacité comparable à celui que nous pouvons avoir aujourd'hui.
Car une énergie beaucoup plus coûteuse limitera nos possibilités et limitera par conséquent nos possibilités de mener à bien nos projets avec la célérité requise.
La multiplication des systèmes de transports en commun afin de remédier à l'impossibilité de recours à la voiture individuelle au rythme où nous l'utilisons aujourd'hui ne se ferait pas non plus en un jour...
Or si l'on compare ce type de délai avec un certain nombre de prévisions sur l'évolution des prix du pétrole nous devons constater qu'un décalage inquiétant se profile : aurions-nous dès maintenant 10 ou 20 ans de retard ?
Si tel est le cas nous serons nombreux à souffrir du froid, tôt ou tard, lors d'hivers à venir, et ce ne sera peut-être pas notre seule souffrance.
Ce jour là l'idée qu'un contrat de type CPE pourrait apporter des améliorations au fonctionnement de la société aura gravi quelques marches supplémentaires sur l'échelle de l'ineptie, et nous ne pourrons que regretter l'incurie de nos politiques et leur reprocher de n'avoir pas su imaginer une politique de "grands travaux" pour une reconversion du bâti ancien vers de fortes économies d'énergie, ce qui aurait pu constituer une considérable relance de l'emploi et de certaines activités....
L'adage énonce : "gouverner c'est prévoir".
Or ici les études prospectives ne manquent pas pour nous annoncer l'ère prochaine du pétrole cher, on ne demandera donc pas aux politiques de prévoir l'augmentation du prix du baril mais seulement de tenir compte des prévisions que d'autres auront mis à leur disposition.
Et nous devons constater que ce sujet peut, et doit, constituer un sujet réellement majeur mais qu'ils est très largement négligé dans tous les discours, dans tous les programmes en vogue qui ne l'abordent dans le meilleur des cas que de façon très marginale.
Ainsi quelques dizaines de dollars sur le prix du baril pourraient jeter un discrédit total sur tous les acteurs de la scène politique, à de rares exceptions près mais qui ne tiennent pas aujourd'hui le haut du pavé des sondages.
Un discrédit imputable au fait que leurs analyses des priorités se seraient avérées en total déphasage avec la réalité et avec l'avenir le plus probable.
Mais le jour où nous serions tentés (au moins tentés, sinon moralement obligés) de les accuser de nous avoir entraînés dans de mauvaises directions et d'avoir négligé celles qu'il nous aurait fallu emprunter, et vers lesquelles ils auraient dû nous conduire dans ce souci de l'intérêt général qui devrait présider à la moindre de leurs actions, il sera trop tard : nous serons au coeur de difficultés peut-être insurmontables...
Et ne nous faisons aucune illusion : ce n'est pas la construction d'une centrale nucléaire de plus, cet EPR prévu près de Cherbourg et qui n'entrera de toutes façons pas en service avant longtemps, qui pourrait résoudre la question du chauffage des logements ou celle des transports : nous risquons donc véritablement d'avoir froid l'hiver sans autre solution que de danser sur place.
Alors faut-il attendre le jour ou nous pourrons jeter ce discrédit à la face de nos politiques ou bien nous serait-il possible d'agir ?
De réagir ?
De RESISTER aux tendances actuelles et d'en impulser d'autres ?
Cela exposé, n'oublions pas de relier cette question du pétrole à la nécessité de diminuer de façon très importante nos émissions de gaz à effet de serre, domaine dans lequel la très grande modestie de nos résultats par rapport aux fortes diminutions indispensables, qui seules pourraient avoir l'impact souhaité, devrait nous inciter à "motiver" de façon plus intense ces mêmes politiques...
Mais ce que l'on devra peut-être reprocher avec force aux politiques en place sera également opposable aux citoyens qui auront par trop manqué du même discernement et se seront contentés de suivre...
Sécurité, immigration, emploi... sont certes des sujets importants auxquels il convient de trouver des solutions mais faut-il les considérer comme des sujets majeurs comme le suggèrent les apparences ?
Comment définir un sujet majeur ?
Nous dirons qu'un sujet majeur est un sujet qui pourra avoir une emprise prépondérante sur tout autre sujet, et ainsi modifier profondément les conditions dans lesquelles s'exerceront tous les autre sujets, à un terme défini.
Un sujet majeur pourra modifier ces conditions à un degré tel que toutes les solutions choisies pour traiter les sujets d'ordre inférieur seront susceptibles de devenir inopérantes.
Prenons l'exemple du projet Iter de fusion contrôlée, dont rien ne prouve qu'il sera opérationnel un jour mais qui pourrait éventuellement, selon la théorie, nous fournir "une énergie infinie" à un coût peut-être faible dans 30, 50, 80 ans ou plus (mais il y a 30 ans on nous prédisait que les tokamaks seraient opérationnels à l'échelle des... 30 ans !).
Dans le contexte énergétique actuel le projet Iter est-il un projet majeur alors que, selon toutes probabilités, un "choc pétrolier" est en cours d'apparition ?
Iter est un projet, un sujet mineur dans l'échelle de temps pour laquelle des difficultés très importantes risquent de survenir, difficultés auxquelles il n'apportera aucune réponse et qui pourraient en affecter le développement.
Ce court exemple fournit l'esquisse d'une méthode que l'on pourrait utiliser afin de déterminer l'ordre dans lequel nous devrions classer nos préoccupations.
Revenons à notre choc pétrolier, très conjoncturel dans un climat d'instabilités politiques fortes, mais qui pourrait être nettement renforcé par le déclenchement d'un conflit, impliquant par exemple l'Iran, des instabilités politiques locales, affectant par exemple le Nigéria, ou des phénomènes climatiques (qui nous assure que de vigoureux ouragans ne viendront pas détruite des raffineries dans le sud des USA cet été ?).
Même si nous sommes loin de "la fin du pétrole" nous sommes probablement très proches de la fin d'un pétrole bon marché, et la conjonction de différents phénomènes conjoncturels pourrait bien propulser dans un très proche avenir le prix du baril vers des hauteurs qui causeraient des difficultés très graves et seraient un facteur très efficace d'une désorganisation profonde de nos sociétés.
A ces causes conjoncturelles n'omettons pas d'ajouter des motifs structurels comme l'insuffisance des capacités mondiales de raffinage (qui ne se règlent pas dans une durée très courte), la chute de production d'un certain nombre de grands gisements (au Koweit par exemple, l'immense champ de Burgan : Kuwait's biggest field starts to run out of oil), l'accroissement de la demande mondiale dont il n'est pas prévu qu'elle faiblisse, et nous aurons "de la chance" si la croissance des besoins en pétrole de la Chine ne dépasse pas 2% par an...
Ajoutons au passage que cette croissance de la demande en pétrole, source d'une tension sur les cours dont nous voyons difficilement la possibilité qu'elle se relâche, est concourante avec l'augmentation très forte ces derniers temps des cours de nombreuses matières premières, du fer au cuivre en passant par le platine... ce qui implique une augmentation importante du prix de nos importations imputable au cumul de 2 facteurs, leur prix et celui du transport, dans un contexte de croissance faible et d'une balance de notre commerce extérieur en assez mauvaise forme...
Nous voilà devant un sujet majeur : celui de l'augmentation du prix du pétrole, très nette ces derniers temps et qui, si elle se poursuit, deviendra de plus en plus sensible.
"Sensible" signifie que nous la ressentirons, et qu'elle aura du sens par rapport à nos actes, actes du quotidien qui font la trame de nos vies.
En d'autres termes la hausse du prix du baril modifiera nos actes et nos vies et ceci dans un rapport qui ne sera pas proportionnel : ce n'est pas l'amplitude de chacun de nos actes qu'il nous faudra diminuer en fonction d'un prix un peu plus élevé, mais au contraire certains actes deviendront impossibles en fonction de certains seuils qui ne seront pas les mêmes pour tout le monde.
Ainsi une personne travaillant à temps partiel et fractionné à 15 km de son domicile pour un faible salaire et devant se rendre à son emploi tôt le matin puis en soirée ne pourra plus se payer qu'un trajet par jour (avec le corollaire probable de difficultés accrues dans sa vie quotidienne, des problèmes de garde d'enfant et de pouvoir attendre de façon correcte la reprise du travail du soir...), puis ce seul trajet deviendra trop coûteux tandis qu'une fraction de la population s'offrira encore des vacances lointaines.
A quel pris du baril ce problème se posera-t-il de façon significative, comme un problème social non marginal ?
Et ce phénomène affecterait vite de nombreux salariés à plein temps, tandis que nous assisterions à une décroissance mondiale des flux touristiques, avec des impacts forts sur toutes les régions tirant une part significative de leurs ressources du tourisme.
Lorsque nous en arriverons à ce stade il suffira d'une augmentation de quelques centimes des prix à la pompe pour que de nombreuses professions à la rentabilité aujourd'hui faible atteignent la limite du possible, ce qui concernera vite les transporteurs, les pêcheurs, les agriculteurs...
Si dans un premier temps des assouplissements pourront se montrer efficaces, avec par exemple un allègement de certaines taxes et des subventions ponctuelles, quelles seraient les limites de ce type d'action, pourraient-elles se prolonger efficacement pour des mois, et à quel prix ?
La conservation de l'équilibre relatif actuel de notre société par ce type de remède pourrait vite s'avérer impraticable, ce serait la question de quelques petites dizaines de centimes de plus à la pompe.
Que se passera-t-il si l'équilibre se rompt ?
La France, "première destination touristique mondiale", ressentira fortement ce choc avec la diminution d'un certain nombre de ses ressources, avec des problèmes affectant toutes les strates de la société, les approvisionnements (coût des transports) et donc la possibilité de conserver leur rentabilité pour de nombreuses entreprises travaillant en flux tendus et dépendant au quotidien de systèmes de transports très fluides...
Et avec le terme "fluide" nous arrivons à l'effet qu'aurait une augmentation forte du prix du pétrole : la rigidification de notre société, qui se figerait dans une immobilité contrainte d'une ampleur qui dépendrait totalement de ce facteur externe sur lequel nous n'aurions aucune prise, le prix du baril de pétrole.
Une immobilité que l'on imagine difficile à supporter à l'heure où l'on affirme partout que notre société a grandement besoin de plus de flexibilité, terme très antinomique de "rigidité" !
Fleurs importées du Kenya et fraises en hiver ne seraient plus qu’un souvenir demain, peut-être: mais ne nous y trompons pas, ce ne serait pas uniquement la remise en question de nos petits plaisirs mais bien plutôt tout l’équilibre mondial qui serait fortement perturbé avec une forte probabilité que cette perturbation serait très durable.
Alors finie la mondialisation qui permet l’importation massive de toutes sortes de produits, il faudrait produire et distribuer local, se passer du superflu...
Comment définir le superflu a priori?
Ne nous fatiguons pas sur cette question: nos possibilités du moment trancheraient vite!
Au passage combien de multinationales dont les activités sont entièrement basées sur des productions fortement dé localisées s’effondreraient, leur valeur boursière se trouvant vite en chute libre?
Le coût du transport devenant inabordable mettrait fin à la pratique des flux tendus: le temps de réorganiser la production de nombreux biens pourraient nous faire défaut ou atteindre des prix inabordables...
Est-ce à dire que nous ne pouvons rien faire ?
La question n'appelle aucune réponse catégorique reflétant une certitude absolue car nous ignorons quand se produira une augmentation forte et durable du prix du pétrole susceptible de plonger notre société dans le type de difficultés évoquées plus haut, mais nous pouvons avoir une quasi certitude que cette hausse se produira.
En d'autres termes si elle se produit très bientôt nous ne pourrons que subir, et si elle nous laisse un délai raisonnable nous devons développer sans tarder de très gros efforts pour nous préparer, modifier les modes de fonctionnement de nos sociétés de façon telle qu'elle absorberaient ce choc avec moins de dommages.
Nos sociétés et notamment la société française, celle dont nous sommes directement responsables et dont nous confions régulièrement le gouvernement à telle ou telle tendance politique.
Combien de temps nous faudrait-il pour modifier cette société ?
Prenons comme seul exemple celui de l'habitat : on peut estimer qu'un effort très soutenu, de grande ampleur, visant à l'amélioration du bâti existant afin de le convertir à une indépendance énergétique forte devrait s'envisager sur plusieurs décennies, ceci en disposant de ressources énergétiques abondantes et bon marché telles que nous en avons actuellement, qui nous permettraient d'appliquer à cette reconversion un indice d'efficacité comparable à celui que nous pouvons avoir aujourd'hui.
Car une énergie beaucoup plus coûteuse limitera nos possibilités et limitera par conséquent nos possibilités de mener à bien nos projets avec la célérité requise.
La multiplication des systèmes de transports en commun afin de remédier à l'impossibilité de recours à la voiture individuelle au rythme où nous l'utilisons aujourd'hui ne se ferait pas non plus en un jour...
Or si l'on compare ce type de délai avec un certain nombre de prévisions sur l'évolution des prix du pétrole nous devons constater qu'un décalage inquiétant se profile : aurions-nous dès maintenant 10 ou 20 ans de retard ?
Si tel est le cas nous serons nombreux à souffrir du froid, tôt ou tard, lors d'hivers à venir, et ce ne sera peut-être pas notre seule souffrance.
Ce jour là l'idée qu'un contrat de type CPE pourrait apporter des améliorations au fonctionnement de la société aura gravi quelques marches supplémentaires sur l'échelle de l'ineptie, et nous ne pourrons que regretter l'incurie de nos politiques et leur reprocher de n'avoir pas su imaginer une politique de "grands travaux" pour une reconversion du bâti ancien vers de fortes économies d'énergie, ce qui aurait pu constituer une considérable relance de l'emploi et de certaines activités....
L'adage énonce : "gouverner c'est prévoir".
Or ici les études prospectives ne manquent pas pour nous annoncer l'ère prochaine du pétrole cher, on ne demandera donc pas aux politiques de prévoir l'augmentation du prix du baril mais seulement de tenir compte des prévisions que d'autres auront mis à leur disposition.
Et nous devons constater que ce sujet peut, et doit, constituer un sujet réellement majeur mais qu'ils est très largement négligé dans tous les discours, dans tous les programmes en vogue qui ne l'abordent dans le meilleur des cas que de façon très marginale.
Ainsi quelques dizaines de dollars sur le prix du baril pourraient jeter un discrédit total sur tous les acteurs de la scène politique, à de rares exceptions près mais qui ne tiennent pas aujourd'hui le haut du pavé des sondages.
Un discrédit imputable au fait que leurs analyses des priorités se seraient avérées en total déphasage avec la réalité et avec l'avenir le plus probable.
Mais le jour où nous serions tentés (au moins tentés, sinon moralement obligés) de les accuser de nous avoir entraînés dans de mauvaises directions et d'avoir négligé celles qu'il nous aurait fallu emprunter, et vers lesquelles ils auraient dû nous conduire dans ce souci de l'intérêt général qui devrait présider à la moindre de leurs actions, il sera trop tard : nous serons au coeur de difficultés peut-être insurmontables...
Et ne nous faisons aucune illusion : ce n'est pas la construction d'une centrale nucléaire de plus, cet EPR prévu près de Cherbourg et qui n'entrera de toutes façons pas en service avant longtemps, qui pourrait résoudre la question du chauffage des logements ou celle des transports : nous risquons donc véritablement d'avoir froid l'hiver sans autre solution que de danser sur place.
Alors faut-il attendre le jour ou nous pourrons jeter ce discrédit à la face de nos politiques ou bien nous serait-il possible d'agir ?
De réagir ?
De RESISTER aux tendances actuelles et d'en impulser d'autres ?
Cela exposé, n'oublions pas de relier cette question du pétrole à la nécessité de diminuer de façon très importante nos émissions de gaz à effet de serre, domaine dans lequel la très grande modestie de nos résultats par rapport aux fortes diminutions indispensables, qui seules pourraient avoir l'impact souhaité, devrait nous inciter à "motiver" de façon plus intense ces mêmes politiques...
Mais ce que l'on devra peut-être reprocher avec force aux politiques en place sera également opposable aux citoyens qui auront par trop manqué du même discernement et se seront contentés de suivre...




Commentaires
1. Le dimanche 23 avril 2006 à 20:33, par Dilettante
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