La décision de la ville de Villeneuve sur Lot de faire rouler ses véhicules diesel avec des biocarburants propres sera-t-elle invalidée par le tribunal (voir (L'huile végétale fait tache dans les bennes à ordure) ?

Une directive européenne (Directive Européenne 2003/30/CE, article 2, paragraphe j, page 3) impose aux états membres que les huiles végétales soient autorisées comme carburants automobiles mais la France ne l'a pas mise en application et s'arc-boute sur l'article article 265 ter du code des douanes qui les interdit hors agriculture.

Du point de vue de leur mise en oeuvre il existe deux sortes de biocarburants : les biocarburants propres et les biocarburants sales.

Les biocarburants propres sont ceux dont la production ne sera pas source de dommages environnementaux, sous forme de pollutions diverses.

Ce sont les biocarburants les plus faciles à produire à tous points de vue, et qui sont de l'huile de tournesol pressée à froid et filtrée.

Le Tournesol est une plante très peu exigeante aux rendements très satisfaisants : il nécessite extrêmement peu (ou aucun selon les cas) de produits phytosanitaires et se transforme localement en huile en nécessitant une dépense énergétique très faible.

Les biocarburants sales sont issus du blé (15 à 25 traitements annuels) de la betterave (20 à 30 traitements annuels) et autres plantes gourmandes en phytosanitaires et engrais de synthèse que l'on retrouve dans les nappes phréatiques et sont à l'origine de plus ou moins 100 000 cancers par an en France, dont on sait le niveau très élevé de pollution des eaux souterraines et de surface.

Il se trouve aussi que ces biocarburants sales ne peuvent être produits qu'à grand renfort d'énergie dans des unités de production en tous points comparables à des raffineries.

Il se trouve également que le rendement "du champ à la roue" de ces biocarburants sales est très inférieur à celui des huiles végétales pures.

Promouvoir ces biocarburants sales comme le fait le gouvernement français est donc une pure ineptie du point de vue de la thermodynamique.

Cela revient à enfoncer un clou avec le manche d'un tournevis en négligeant le marteau à portée de la main...

Nos gouvernants sont de fieffés bricoleurs mais ce n'est pas tout... !

Les biocarburants sales ne sont aujourd'hui pas rentables et ne pourront le devenir que si le prix du baril de pétrole atteint un certain seuil, tandis que les huiles végétales pures (HVP) sont aujourd'hui rentables : il s'en produit et il s'en vend, à moins cher que le litre de gazole tout en procurant aux fabricants un revenu correct (Valenergol).

Mais toute la question n'est-elle pas là : vers qui orienter les revenus des biocarburants ?

Prioritairement vers les agriculteurs, et TOUS les agriculteurs qui voudraient produire des HVP, ou seulement vers quelques grosses exploitation très polluantes ET les industriels du pétrole, car ce seront eux qui mettront en oeuvre les raffineries à biocarburants, eux qui capteront 70% du bénéfice de cette production.

Il est net que la production des HVP si elle se généralisait procurerait à un plus grand nombre d'agriculteurs un supplément de revenu, et permettrait la création d'entreprises locales de traitement/distribution du tournesol et de l'huile obtenue, donc un assez grand nombre d'emplois pourraient se créer : une bonne solution pour lutter contre le chômage et pour améliorer les revenus d'un grand nombre de ménages à moindre coût.

Les biocarburants sales ne créeront assurément pas autant d'emplois et participeront à accroître l'insécurité sanitaire, par les surcroîts de pollution engendrés : le pollué payeur qu'est aujourd'hui chaque citoyen sera encore plus pollué, et encore plus payeur.

Et payeur non seulement au travers de sa facture d'eau, dont on sait qu'elle ne tend pas à diminuer, mais aussi payeur au travers de subventions à l'agriculture et à l'industrie car il n'y a pas de mystère : si les biocarburants sales ne sont aujourd'hui pas rentables et qu'il s'en produit ne supposons pas que c'est à perte, dans un élan de générosité de la part des agriculteurs et des pétroliers.

Coût pour l'état en 2005 : 200 millions d'euros au travers d'une défiscalisation.

Voir à ce sujet Biocarburants : une fausse-bonne idée ?

Nous subventionnons cette production, tandis que les producteurs d'HVP ne reçoivent aucune aide spécifique pour leur travail.

Le gouvernement favorise donc très nettement l'industrie pétrolière et une agriculture et très polluante, une agriculture d'agricul-tueurs à petit feu...

Voir aussi une saga sur les biocarburants : Biocarburants, le mauvais choix de la France