Politique économique, sociale et industrielle : inventer une autre croissance
Par jcm, samedi 1 juillet 2006 à 14:06 :: Société :: #23 :: rss
Les caractéristiques actuelles de notre niveau de vie, de notre consommation et de notre croissance sont telles qu'il faudrait que l'humanité disposât de 3 planètes équivalentes à la Terre pour que tous les humains du monde aient notre niveau de vie ("empreinte écologique" moyenne d'un français = 3 environ).
Rien ne nous permet à ce jour de penser que notre croissance future nous permettra de ramener cet indice de 3 à une valeur notablement inférieure car aucune mesure n'a été prise afin de modifier la structure de notre croissance économique : la poursuite de cette croissance sous sa forme actuelle implique donc que cet indice de 3 se maintiendra au voisinage de cette valeur, dans le meilleur des cas.
Ceci dans la mesure où nous demeurerons "libres" de poursuivre ce type de croissance, et cette liberté est en fait encadrée par le contexte de compétition internationale pour l'appropriation des ressources, or cette compétition est très rude et rien ne permet d'imaginer qu'elle s'assouplira.
Notre "liberté" dans ce domaine dépend donc directement de notre capacité à la faire valoir, qui n'est autre que l'image de notre "puissance" par rapport à celle d'autres concurrents, ou autrement exprimé, de notre efficacité prédatrice.
Il s'agira donc pour chaque pays qui souhaite améliorer son développement, augmenter sa croissance, de s'approprier certaines ressources disponibles en quantités limitées (cas de l'eau dans de très nombreux pays, voir notamment cette problématique dans la région Turquie – Irak – Jordanie – Syrie...), appropriation qui privera donc d'autres pays de cette ressource, privation totale ou partielle.
La croissance de la consommation de biens matériels, à l'heure actuelle, est donc synonyme d'une captation de ressources de la part des "plus forts" au détriment des "plus faibles" et, vu le caractère fini, non extensible, d'un certain nombre de ressources, tous nos discours sur le développement des pays les plus pauvres se heurte à cette problématique :
Par l'effet conjugué des différentes compétitions pour l'appropriation d'un certain nombre de ressources (et en fait le refus, de la part de ceux qui en dispose d'un meilleur accès, d'en envisager un partage mondial équitable) et de la faiblesse de l'aide consentie aux pays en voie de développement (0.1 à 0.2% du PIB contre un engagement de 0.7%) nous constatons aujourd'hui que nous faisons largement le nécessaire pour maintenir les plus pauvres dans leur état de pauvreté.
Organiser le partage mondial équitable d'un certain nombre de ressources a pour corollaire un refus de notre part de poursuivre notre consommation boulimique d'un certain nombre de produits : ce type de refus ne serait possible qu'à plusieurs conditions pour être acceptable.
Les populations des pays les plus riches ne sont visiblement pas disposées à renoncer à un très grand nombre d'éléments de leur niveau de vie : il faut donc trouver un certain nombre de substituts à des produits très consommateurs de ressources finies.
Ce partage équitable nécessiterait cependant un certain nombre de renoncements auxquels il faudrait trouver des justifications fortes et peut-être certains dérivatifs : il faut initier certaines "révolutions psychologiques".
Le pouvoir d'achat ne devrait pas se trouver réduit, pour de larges pans de la population, sous peine d'un accroissement de la pauvreté, déjà très honteusement présente dans les pays les plus riches : il serait donc indispensable de mettre en place des outils économiques capables d'assurer une répartition des richesses plus équitable, outils qui agiraient non sur la base d'une valeur absolue redistribuée à certaines couches de la population (tant d'euros par personne selon son statut particulier et quoi qu'il arrive), mais d'une valeur relative de la richesse globale disponible.
L'équité serait à ce prix : que chacun bénéficie d'une portion de la richesse globale de son pays, et le principe d'une allocation d'existence calculée sur le PIB l'assurerait.
Allocation d'existence : une politique économique et sociale forte
Car le sentiment d'un destin commun, dans notre société fortement individualiste, n'émergera pas de l'air du temps, il ne peut naître que sous influence.
Or seul le sentiment d'une communauté de destin nous permettra de nous montrer efficaces face à certains défis qui nécessitent la mobilisation de tous (changements climatiques par exemple).
Outre l'avantage de réduire de façon volontaire et raisonnée notre empreinte écologique, c'est à dire le poids de notre existence sur notre planète et sur nos contemporains, ce partage équitable nous préparerait très efficacement à ce qui se profile aujourd'hui : la contrainte infranchissable de la finitude qui, petit à petit, nous privera TOUS d'un certain nombre de ressources pour cause d'indisponibilité (et des solutions de substitution que nous n'aurons pas pris le temps de mettre au point avec suffisamment d'avance), à moins que nous décidions de tenter de nous les procurer coûte que coûte.
Que serait cette tentative ?
Elle prendrait plusieurs formes, selon la ressource envisagée.
Qu'il s'agisse du platine, dont les stocks connus sont très limités, nous ferions des prospections dans des endroits que nous avons protégés jusqu'à maintenant, l'Antarctique par exemple, en mettant en danger cette région à la fois fragile et très importante sur le plan de différents équilibres.
Qu'il s'agisse de l'énergie, nous développerions aussi vite que possible (ce qui est en voie de se faire) les techniques de liquéfaction de charbon ou de gaz afin de fabriquer différents types de carburants que nous fournit actuellement le pétrole, avec comme corollaire une augmentation continue de la teneur en gaz à effet de serre de l'atmosphère et un réchauffement climatique accru, réchauffement déjà terriblement inquiétant.
A bien y réfléchir notre type actuel de croissance, basé sur l'utilisation de ressources finies, représente des dangers plus graves que n'importe quel "terrorisme international" car il est synonyme d'un accroissement des luttes pour l'appropriation de ces ressources, d'une poursuite de l'enrichissement de certains au détriment d'autres, de l'accroissement de diverses pollutions graves, de perpétuation de situations de pauvreté, de flux migratoires intarissables et croissants...
On ne voit pas d'autres solutions à l'ensemble de ces problèmes que celle qui consisterait à modifier profondément la structure des critères sur lesquels s'effectue notre croissance économique, qui semble aujourd'hui un paramètre vital pour nos sociétés.
Il est donc capital que nous sachions réorienter nos sociétés vers un modèle pour lequel les critères de croissance se baseraient sur l'utilisation de moins de ressources finies, et donc beaucoup plus de ressources renouvelables.
La mise en place d'un tel processus serait un ressort de croissance (et de création d'emploi) d'une redoutable efficacité car il impliquerait d'effectuer de profondes modifications de l'existant (pensons par exemple à la tâche imposante que constituerait la transformation de l'ensemble du bâti actuel vers une utilisation moindre d'énergie de chauffage) et des efforts de recherche notables.
La conséquence de ce processus serait une décroissance de certains types de consommation et par conséquent de certaines activités, ce qui déplaira fortement aux acteurs de ces secteurs.
Comme l'on constate de fortes collusions entre certains acteurs majeurs de l'économie et une large part de notre personnel politique, c'est probablement sous la pression de l'opinion publique que nous pourrions obtenir ce glissement vers un modèle économique et social plus viable dans la durée, à moins que des événements (politiques, ou climatiques par exemple) viennent bousculer de façon brusque nos habitudes et nous contraignent à abandonner certaines pratiques, à moins aussi que nous sachions renouveler nos politiques dans le "bon sens"...
Mais pour qu'elle puisse réagir il faut que l'opinion publique prenne la mesure des réalités actuelles et de l'avenir vers lequel elles nous conduisent : c'est la mesure des incohérences de nos différents discours, de nos modes de vie, c'est aussi la mesure de la non information sur certains enjeux ou même, souvent de la désinformation dont ils sont l'objet.
Ainsi il serait important de lever la confusion qui existe souvent entre "innovation" et "progrès".
Si certains innovent en organisant des vols spatiaux de loisirs, cela ne constitue probablement pas un "progrès" pour l'humanité.
De même il conviendrait de s'interroger sur certains "progrès de la mondialisation" comme celui qui consiste à importer quotidiennement, par avions gros porteurs, des chargement de fleurs coupées cultivées en Chine ou en Afrique vers l'aéroport de Vatry (Marne) : une sorte de progrès qui n'est pas irréprochable à tous points de vue.
L'aéroport de Vatry, vous connaissez?
Aujourd'hui, comme le rappelait récemment le président de la République, la France est un pays parmi les plus riches de la planète, et donc un pays capable de se procurer un certain nombre de ressources finies, un pays qui jouit par ailleurs d'un climat favorable à la production d'un grand nombre de richesses.
Changements climatique et émergence de pays comme la Chine, le Brésil et l'Inde dans la compétition internationale à des niveaux de technicité et de performances de plus en plus voisins des nôtres ne garantissent nullement que nous pourrons maintenir cette position : nous risquons de toutes façon de voir notre position sur la scène internationale évoluer vers un certain recul, qui aurait des conséquences pénibles.
Ce recul est déjà constaté dans un certain nombre de domaines, citons la recherche scientifique par exemple.
La raison, mais aussi la prudence, nous indiquent clairement que nous devons trouver des solutions originales pour modifier profondément nos façons d'agir : le domaine de prédilection de cette action se trouve dans le changement de notre mode de croissance, car il conditionne de très nombreux facteurs, et la révision de ce mode ce croissance implique de modifier en profondeur le mode de redistribution des richesses, croissance et redistribution se trouvant en interaction serrée.
Une croissance commune de tous, une croissance partagée, ne pourra exister que si nous modifions profondément les ressorts de la croissance, les bases sur lesquelles elle se développe.
Cette modification pourrait nécessiter des sacrifices mais elle provoquerait l'émergence d'une dynamique qui serait source de meilleurs équilibres, dans chaque pays et dans le monde.
Ces sacrifices se trouveraient donc largement compensés par un équilibre général de meilleure qualité et la diminution d'un certain nombre de risques.
Malheureusement il semble que des réflexions de cet ordre sont totalement absentes des programmes des prétendants à la présidentielle 2007.
Pourtant le Sénat se préoccupe de de ce type de question en des termes très clairs : "...il s'agit de déterminer comment l'homme pourra utiliser de mieux en mieux des ressources qui sont de plus en plus rares, tout en s'assurant que cet emploi soit aussi neutre que possible pour la préservation des équilibres de la biosphère.".
Les apports de la science et de la technologie au développement durable, Tome I : Changement climatique et transition énergétique : dépasser la crise
Plus loin : "Ces évènements devraient appeler notre attention sur les menaces qu'impliqueraient, pour notre système d'organisation sociale et économique, les changements climatiques, la raréfaction accélérée des ressources naturelles énergétiques utilisées pour l'industrie, les transports des hommes et des marchandises et le chauffage.
Toutefois, on note que ni les évènements climatiques, ni la hausse du prix des carburants n'ont, jusqu'ici, empêché la croissance mondiale de se poursuivre. Jusqu'ici mais jusqu'à quand ?
La faiblesse des réactions des acteurs décisionnels de la société face à ces événements apporte la preuve que des événements plus graves sont nécessaires pour infléchir les pratiques économiques et sociales à la hauteur des enjeux en cause.
Or, le temps presse.".
Et encore : "Il faut opérer une synthèse rigoureuse de l'état actuel du modèle énergétique de la planète, développer une vision claire des enjeux réels et de leurs évolutions, ainsi qu'une compréhension des enjeux tant géopolitiques que techniques, ceci en tenant compte des volumes financiers et des durées qu'impliquent tout changement important dans le domaine des usages des énergies fossiles et dans la lutte contre les effets des dérèglements climatiques.".
En effet, et ce constat une fois posé nous conduira immanquablement à une modification profonde des critères de croissance que nous devrons alors appliquer.
A défaut de cela nous risquons de devoir affronter une facture salée : "Le manque de solidarité entre les pays qui luttent contre le changement climatique et ceux qui veulent en ignorer la menace deviendra un facteur de tension politique majeur et conduira à un éclatement des structures internationales.
Cette distorsion de concurrence deviendra insupportable même si les pays qui prendront de l'avance dans la lutte contre l'effet de serre seront à terme gagnants dans le secteur clé de l'innovation technologique.".
Ainsi même si nous nous trouvions "à la pointe du progrès" dans certaines disciplines nous ne serions pas à l'abri de certains désagréments (un éclatement des structures internationales ne nous laisserait pas indemnes), mais nous disposerions d'atouts majeurs pour rebondir, ce qui n'est assurément pas le cas aujourd'hui...
Rien ne nous permet à ce jour de penser que notre croissance future nous permettra de ramener cet indice de 3 à une valeur notablement inférieure car aucune mesure n'a été prise afin de modifier la structure de notre croissance économique : la poursuite de cette croissance sous sa forme actuelle implique donc que cet indice de 3 se maintiendra au voisinage de cette valeur, dans le meilleur des cas.
Ceci dans la mesure où nous demeurerons "libres" de poursuivre ce type de croissance, et cette liberté est en fait encadrée par le contexte de compétition internationale pour l'appropriation des ressources, or cette compétition est très rude et rien ne permet d'imaginer qu'elle s'assouplira.
Notre "liberté" dans ce domaine dépend donc directement de notre capacité à la faire valoir, qui n'est autre que l'image de notre "puissance" par rapport à celle d'autres concurrents, ou autrement exprimé, de notre efficacité prédatrice.
Il s'agira donc pour chaque pays qui souhaite améliorer son développement, augmenter sa croissance, de s'approprier certaines ressources disponibles en quantités limitées (cas de l'eau dans de très nombreux pays, voir notamment cette problématique dans la région Turquie – Irak – Jordanie – Syrie...), appropriation qui privera donc d'autres pays de cette ressource, privation totale ou partielle.
La croissance de la consommation de biens matériels, à l'heure actuelle, est donc synonyme d'une captation de ressources de la part des "plus forts" au détriment des "plus faibles" et, vu le caractère fini, non extensible, d'un certain nombre de ressources, tous nos discours sur le développement des pays les plus pauvres se heurte à cette problématique :
- soit nous poursuivons notre croissance avec la structure que nous lui connaissons aujourd'hui (captation de ressources finies) ET nous maintenons dans leur état de grande pauvreté matérielle un très grand nombre de pays. Cette volonté de poursuivre notre croissance sous cette forme implique clairement que nous ne souhaitons pas que ces pays deviennent des concurrents plus efficaces : ils doivent donc rester pauvres et faibles.
- soit nous adoptons un style de croissance largement indépendant de ces ressources finies.
Par l'effet conjugué des différentes compétitions pour l'appropriation d'un certain nombre de ressources (et en fait le refus, de la part de ceux qui en dispose d'un meilleur accès, d'en envisager un partage mondial équitable) et de la faiblesse de l'aide consentie aux pays en voie de développement (0.1 à 0.2% du PIB contre un engagement de 0.7%) nous constatons aujourd'hui que nous faisons largement le nécessaire pour maintenir les plus pauvres dans leur état de pauvreté.
Organiser le partage mondial équitable d'un certain nombre de ressources a pour corollaire un refus de notre part de poursuivre notre consommation boulimique d'un certain nombre de produits : ce type de refus ne serait possible qu'à plusieurs conditions pour être acceptable.
Les populations des pays les plus riches ne sont visiblement pas disposées à renoncer à un très grand nombre d'éléments de leur niveau de vie : il faut donc trouver un certain nombre de substituts à des produits très consommateurs de ressources finies.
Ce partage équitable nécessiterait cependant un certain nombre de renoncements auxquels il faudrait trouver des justifications fortes et peut-être certains dérivatifs : il faut initier certaines "révolutions psychologiques".
Le pouvoir d'achat ne devrait pas se trouver réduit, pour de larges pans de la population, sous peine d'un accroissement de la pauvreté, déjà très honteusement présente dans les pays les plus riches : il serait donc indispensable de mettre en place des outils économiques capables d'assurer une répartition des richesses plus équitable, outils qui agiraient non sur la base d'une valeur absolue redistribuée à certaines couches de la population (tant d'euros par personne selon son statut particulier et quoi qu'il arrive), mais d'une valeur relative de la richesse globale disponible.
L'équité serait à ce prix : que chacun bénéficie d'une portion de la richesse globale de son pays, et le principe d'une allocation d'existence calculée sur le PIB l'assurerait.
Allocation d'existence : une politique économique et sociale forte
Car le sentiment d'un destin commun, dans notre société fortement individualiste, n'émergera pas de l'air du temps, il ne peut naître que sous influence.
Or seul le sentiment d'une communauté de destin nous permettra de nous montrer efficaces face à certains défis qui nécessitent la mobilisation de tous (changements climatiques par exemple).
Outre l'avantage de réduire de façon volontaire et raisonnée notre empreinte écologique, c'est à dire le poids de notre existence sur notre planète et sur nos contemporains, ce partage équitable nous préparerait très efficacement à ce qui se profile aujourd'hui : la contrainte infranchissable de la finitude qui, petit à petit, nous privera TOUS d'un certain nombre de ressources pour cause d'indisponibilité (et des solutions de substitution que nous n'aurons pas pris le temps de mettre au point avec suffisamment d'avance), à moins que nous décidions de tenter de nous les procurer coûte que coûte.
Que serait cette tentative ?
Elle prendrait plusieurs formes, selon la ressource envisagée.
Qu'il s'agisse du platine, dont les stocks connus sont très limités, nous ferions des prospections dans des endroits que nous avons protégés jusqu'à maintenant, l'Antarctique par exemple, en mettant en danger cette région à la fois fragile et très importante sur le plan de différents équilibres.
Qu'il s'agisse de l'énergie, nous développerions aussi vite que possible (ce qui est en voie de se faire) les techniques de liquéfaction de charbon ou de gaz afin de fabriquer différents types de carburants que nous fournit actuellement le pétrole, avec comme corollaire une augmentation continue de la teneur en gaz à effet de serre de l'atmosphère et un réchauffement climatique accru, réchauffement déjà terriblement inquiétant.
A bien y réfléchir notre type actuel de croissance, basé sur l'utilisation de ressources finies, représente des dangers plus graves que n'importe quel "terrorisme international" car il est synonyme d'un accroissement des luttes pour l'appropriation de ces ressources, d'une poursuite de l'enrichissement de certains au détriment d'autres, de l'accroissement de diverses pollutions graves, de perpétuation de situations de pauvreté, de flux migratoires intarissables et croissants...
On ne voit pas d'autres solutions à l'ensemble de ces problèmes que celle qui consisterait à modifier profondément la structure des critères sur lesquels s'effectue notre croissance économique, qui semble aujourd'hui un paramètre vital pour nos sociétés.
Il est donc capital que nous sachions réorienter nos sociétés vers un modèle pour lequel les critères de croissance se baseraient sur l'utilisation de moins de ressources finies, et donc beaucoup plus de ressources renouvelables.
La mise en place d'un tel processus serait un ressort de croissance (et de création d'emploi) d'une redoutable efficacité car il impliquerait d'effectuer de profondes modifications de l'existant (pensons par exemple à la tâche imposante que constituerait la transformation de l'ensemble du bâti actuel vers une utilisation moindre d'énergie de chauffage) et des efforts de recherche notables.
La conséquence de ce processus serait une décroissance de certains types de consommation et par conséquent de certaines activités, ce qui déplaira fortement aux acteurs de ces secteurs.
Comme l'on constate de fortes collusions entre certains acteurs majeurs de l'économie et une large part de notre personnel politique, c'est probablement sous la pression de l'opinion publique que nous pourrions obtenir ce glissement vers un modèle économique et social plus viable dans la durée, à moins que des événements (politiques, ou climatiques par exemple) viennent bousculer de façon brusque nos habitudes et nous contraignent à abandonner certaines pratiques, à moins aussi que nous sachions renouveler nos politiques dans le "bon sens"...
Mais pour qu'elle puisse réagir il faut que l'opinion publique prenne la mesure des réalités actuelles et de l'avenir vers lequel elles nous conduisent : c'est la mesure des incohérences de nos différents discours, de nos modes de vie, c'est aussi la mesure de la non information sur certains enjeux ou même, souvent de la désinformation dont ils sont l'objet.
Ainsi il serait important de lever la confusion qui existe souvent entre "innovation" et "progrès".
Si certains innovent en organisant des vols spatiaux de loisirs, cela ne constitue probablement pas un "progrès" pour l'humanité.
De même il conviendrait de s'interroger sur certains "progrès de la mondialisation" comme celui qui consiste à importer quotidiennement, par avions gros porteurs, des chargement de fleurs coupées cultivées en Chine ou en Afrique vers l'aéroport de Vatry (Marne) : une sorte de progrès qui n'est pas irréprochable à tous points de vue.
L'aéroport de Vatry, vous connaissez?
Aujourd'hui, comme le rappelait récemment le président de la République, la France est un pays parmi les plus riches de la planète, et donc un pays capable de se procurer un certain nombre de ressources finies, un pays qui jouit par ailleurs d'un climat favorable à la production d'un grand nombre de richesses.
Changements climatique et émergence de pays comme la Chine, le Brésil et l'Inde dans la compétition internationale à des niveaux de technicité et de performances de plus en plus voisins des nôtres ne garantissent nullement que nous pourrons maintenir cette position : nous risquons de toutes façon de voir notre position sur la scène internationale évoluer vers un certain recul, qui aurait des conséquences pénibles.
Ce recul est déjà constaté dans un certain nombre de domaines, citons la recherche scientifique par exemple.
La raison, mais aussi la prudence, nous indiquent clairement que nous devons trouver des solutions originales pour modifier profondément nos façons d'agir : le domaine de prédilection de cette action se trouve dans le changement de notre mode de croissance, car il conditionne de très nombreux facteurs, et la révision de ce mode ce croissance implique de modifier en profondeur le mode de redistribution des richesses, croissance et redistribution se trouvant en interaction serrée.
Une croissance commune de tous, une croissance partagée, ne pourra exister que si nous modifions profondément les ressorts de la croissance, les bases sur lesquelles elle se développe.
Cette modification pourrait nécessiter des sacrifices mais elle provoquerait l'émergence d'une dynamique qui serait source de meilleurs équilibres, dans chaque pays et dans le monde.
Ces sacrifices se trouveraient donc largement compensés par un équilibre général de meilleure qualité et la diminution d'un certain nombre de risques.
Malheureusement il semble que des réflexions de cet ordre sont totalement absentes des programmes des prétendants à la présidentielle 2007.
Pourtant le Sénat se préoccupe de de ce type de question en des termes très clairs : "...il s'agit de déterminer comment l'homme pourra utiliser de mieux en mieux des ressources qui sont de plus en plus rares, tout en s'assurant que cet emploi soit aussi neutre que possible pour la préservation des équilibres de la biosphère.".
Les apports de la science et de la technologie au développement durable, Tome I : Changement climatique et transition énergétique : dépasser la crise
Plus loin : "Ces évènements devraient appeler notre attention sur les menaces qu'impliqueraient, pour notre système d'organisation sociale et économique, les changements climatiques, la raréfaction accélérée des ressources naturelles énergétiques utilisées pour l'industrie, les transports des hommes et des marchandises et le chauffage.
Toutefois, on note que ni les évènements climatiques, ni la hausse du prix des carburants n'ont, jusqu'ici, empêché la croissance mondiale de se poursuivre. Jusqu'ici mais jusqu'à quand ?
La faiblesse des réactions des acteurs décisionnels de la société face à ces événements apporte la preuve que des événements plus graves sont nécessaires pour infléchir les pratiques économiques et sociales à la hauteur des enjeux en cause.
Or, le temps presse.".
Et encore : "Il faut opérer une synthèse rigoureuse de l'état actuel du modèle énergétique de la planète, développer une vision claire des enjeux réels et de leurs évolutions, ainsi qu'une compréhension des enjeux tant géopolitiques que techniques, ceci en tenant compte des volumes financiers et des durées qu'impliquent tout changement important dans le domaine des usages des énergies fossiles et dans la lutte contre les effets des dérèglements climatiques.".
En effet, et ce constat une fois posé nous conduira immanquablement à une modification profonde des critères de croissance que nous devrons alors appliquer.
A défaut de cela nous risquons de devoir affronter une facture salée : "Le manque de solidarité entre les pays qui luttent contre le changement climatique et ceux qui veulent en ignorer la menace deviendra un facteur de tension politique majeur et conduira à un éclatement des structures internationales.
Cette distorsion de concurrence deviendra insupportable même si les pays qui prendront de l'avance dans la lutte contre l'effet de serre seront à terme gagnants dans le secteur clé de l'innovation technologique.".
Ainsi même si nous nous trouvions "à la pointe du progrès" dans certaines disciplines nous ne serions pas à l'abri de certains désagréments (un éclatement des structures internationales ne nous laisserait pas indemnes), mais nous disposerions d'atouts majeurs pour rebondir, ce qui n'est assurément pas le cas aujourd'hui...









Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire