Intéressant ce mot : "locomotive", qui marie locomotion à motivation...

Nous ne rappellerons pas ici les très nombreux domaines dans lesquels se manifeste depuis quelques années déjà une dégradation forte et très généralisée de notre environnement.

Nous ne brosserons pas non plus le tableau des dégradations supplémentaires à venir, qui sont toutes imputables à des activités humaines dont l'intensité ne faiblit pas, bien au contraire.

Et nous ne démontrerons pas non plus que ces activités croissent à une vitesse jamais encore atteinte : il est bien connu que le nombre de "consommateurs" s'étoffe de jour en jour de par le monde, que le nombre d'automobilistes ne cesse d'augmenter, que les transports aériens véhiculent des foules de plus en plus fournies..., l'ensemble contribuant à augmenter toutes sortes de pollutions déjà sévères.

Tous ces paramètres nous tracent une ligne très nette qui nous conduit à un faisceau d'impasses.

Des impasses vers lesquelles nous nous dirigeons tous, quel que soit notre pays, notre statut social, notre croyance, notre couleur de peau..., et dont nous atteindrons tôt ou tard le fond si nous n'infléchissons ou ne brisons pas cette ligne.

Ces impasses ne se trouvent pas toutes à la même distance et n'ont pas toutes la même longueur mais toutes représentent une épreuve que nos sociétés devront subir et tenter de surmonter.

La pandémie de grippe aviaire nous fournit un tout petit exemple d'un phénomène général (il a touché plusieurs pays) qui a nécessité des efforts particuliers pour faire face à une situation imprévue, et à ce jour n'a pas eu de conséquences dramatiques (mais cette histoire est-elle finie ?).

Cette pandémie a nécessité que de nombreux pays s'unissent face au danger, mettent en commun leurs connaissances, les résultats de leurs recherches... tout ce qui permettrait peut-être de faire échec au danger.

L'avantage – pour autant que l'on puisse s'exprimer ainsi - de la grippe aviaire sur de nombreux autres risques, le risque d'une pénurie de certaines ressources par exemple, tient dans le fait que la menace d'être affecté par cette pandémie existe pour tout le monde sans que quiconque ait le loisir de jouer cavalier seul pour y échapper.

Cet "avantage" illustre avec force notre communauté de destin.

Tandis que face à d'autres risques, la raréfaction de ressources minérales ou énergétiques, par exemple, certains utiliseront une infinité de stratagèmes et parviendront à conserver leurs approvisionnements : le règne du "chacun pour soi" creusera les différences et les inégalités, accroîtra les sources de conflits et de déséquilibres avec des répercussions néfastes pour tous à terme.

Un "chacun pour soi" entre les nations qui se retrouve au sein de chaque nation jusque dans le plus petit hameau, et que l'on désignera du nom "d'individualisme", privilège accordé à un sort personnel sur un sort commun et qui omet que le sort de l'individu est indissociable de celui du groupe, un groupe aujourd'hui élargi à l'ensemble de l'humanité par l'effet de la puissance de nos actions cumulées.

Pourtant les impasses qui nous attendent tous nous le disent : notre destin est commun, nous ne lui échapperons pas.

Les changements climatiques nous affecteront tous, chacun différemment dans son espace géographique peut-être mais nous serons tous affectés.

Hormis des catastrophes (climatiques, financières...) fortes et généralisées qu'est-ce qui pourrait nous mener tous ensemble à considérer que nous devons nous unir afin d'éviter ensemble les impasses qui nous attendent, et donc consentir aux efforts et peut-être aux sacrifices que cela imposerait ?

L'exercice de la raison pure ne jouera pas ce rôle, nous le savons.

Seule la démonstration que nous disposons, si nous en avons la volonté, de tous les moyens nécessaires à conjurer le(s) mauvais sort(s) qui nous attend(ent) sera susceptible de provoquer un effet d'entraînement vers la prise de conscience que nous pouvons agir différemment sans que cela puisse être considéré comme une régression.

Il s'agirait en fait de créer de toutes pièces un nouvel "art de vivre" qui serait plus réparateur que destructeur de notre environnement, et cette création devrait faire appel au talent, à l'intelligence, aux capacités de chacun : cette création pourrait devenir source d'un vaste épanouissement.

Quel élan presque poétique après ces perspectives tragiques, qui relèvent plus de la politique !

Mais savoir créer les conditions d'un épanouissement commun appartient au domaine de la politique, même si ce résultat est rarement atteint.

Tout n'est question que de savoir utiliser les outils appropriés au bon moment, et c'est d'ailleurs ainsi qu'agit l'artiste comme l'ouvrier : pour accomplir sa tâche de la meilleure façon tandis qu'il semblerait qu'un certain nombre de politiciens emploient les outils de la politique afin d'accomplir, en priorité, le destin qu'ils se sont imaginés, la tâche perdant parfois en chemin son accent circonflexe...

Mais comment créer cet enthousiasme, cette renaissance, empêtrés que nous sommes dans une foule d'inextricables problèmes auxquels nous ne trouvons pas de solutions (chômage, insécurité, immigration, pauvreté...) ?

En adoptant des méthodes révolutionnaires, qui seules seraient à la hauteur d'une véritable renaissance.

En s'offrant le culot d'oser plus loin que ce que personne n'a jamais tenté, en décidant de franchir d'un seul souffle un très grand pas avec le risque de s'y perdre personnellement ou d'y faire gagner tout le monde ensemble.

De quoi s'agit-il dans le contexte des présidentielles 2007 ?

De savoir réunir sur un programme original et fort qui entraînerait l'adhésion et la contribution de la plupart sinon de tous : cela signifie entre parenthèse que la question du chômage serait vite réglée et, par cascade, celle du désoeuvrement et des débordements de certaines fractions de la population ne se poserait plus dans des délais assez brefs.

La contribution de tous car l'invention de ce nouvel art de vivre serait une tâche de grande ampleur qui trouverait ses fondements dans une évolution matérielle de nos conditions de vie : pour ne donner qu'un exemple une source très importante d'efforts concernerait l'adaptation du bâti existant à l'utilisation massive des énergies renouvelables.

Un chantier de 20 ou 30 ans à un rythme soutenu pour ce qui concerne la France, avec de très nombreux emplois à la clef.

Un art de vivre qui ne nous serait pas dicté par "les lois du marché" mais qui dicterait ses lois au marché : c'est ce à quoi nous devons parvenir.

Utopie ?

A première vue peut-être mais à mieux observer ces fameuses lois, elles dépendent toujours de la résultante de nos décisions tant collectives que personnelles : que deviendrait le marché du fromage si soudainement nous nous trouvions tous ensemble d'excellentes raisons de ne plus consommer de fromage, ou de ne manger que du fromage ?

L'un comme l'autre de ces choix aurait des répercussions profondes sur de nombreux secteurs d'activité et jusque sur les paysages de notre pays.

Prenons donc conscience que nous pouvons avoir raison des effets négatifs des "lois du marché", et il pourrait en être du pétrole comme il en serait pour le fromage : en ce domaine la Suède agit en précurseur avec un programme visant à se passer du pétrole dans une petite quinzaine d'années.

La Suède veut éliminer le pétrole au profit des énergies renouvelables

Ainsi je n'estime pas utopique que la France puisse devenir un pays très florissant, très équilibré, ayant résolu un très grand nombre de problèmes qui aujourd'hui la freinent, ayant assumé une bonne part d'une décroissance de certains types d'activités (une nécessité qui se fait jour avec une acuité croissante dans un certain nombre de domaines) et bénéficiant pleinement d'un autre type de croissance, qui ne serait en rien dévastatrice.

Bien avant un tel accomplissement elle serait imitée, on lui envierait ce nouvel équilibre en devenir, sa renaissance en cours.

Pour parvenir à cela il faut un projet ambitieux, solide, visionnaire peut-être : rien encore de ce qui s'est écrit en forme de programme pour 2007.

Et il faut une personnalité capable de convaincre, de rassembler, d'unir et de nous faire profondément prendre conscience de notre communauté de destin, d'un destin qui pourrait devenir plus désirable que ne le sont certaines de nos perspectives actuelles d'avenir.

Ce n'est pas un banal expulseur d'écoliers qui nous y conduira...

Et s'il peut y avoir dans une telle renaissance un enjeu pour les présidentielles 2007 en France, voyons bien qu'il s'agit de tenter d'initier une renaissance au niveau mondial, qui n'aura probablement jamais lieu si personne ne lui fournit sa locomotive...

Qu'elle n'ait pas lieu serait la pire des choses, la ligne directe vers nos incontournables impasses...

Alors la France comme locomotive ?

Pourquoi pas, dans le droit fil de sa révolution de 1789, mais sans Terreur ni échafaud : notre pays est-il encore capable d'un tel sursaut ?

Quelques pages connexes :

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