Le Marais Poitevin est issu de plus de 8 siècles de transformations dues à l'homme, et un certain régime de fonctionnement lui a permis d'être ce qu'il est encore.

Mais l'on constate depuis maintenant plusieurs dizaines d'années que ce régime n'a pas été maintenu : ce qui était une zone humide est désormais en cours d'assèchement.

Cet assèchement est volontaire et il semble être essentiellement destiné à permettre la culture d'une espèce, le maïs, aux forts besoins en eau.

On pourrait voir là un paradoxe : il n'y en n'a pas.

Zone d'élevage, de production d'espèces à croissance rapide (mojettes...) et de production de bois, le Marais connaissait autrefois de longues périodes d'inondations hivernales et les niveaux d'eau étaient, tout au long de l'année, maintenus nettement plus hauts qu'aujourd'hui.

La gestion des niveaux se faisait manuellement, au jour le jour mais avec une forte coordination, de façon telle que des réserves étaient accumulées au printemps pour l'été. Alors une utilisation judicieuse des "portes" permettait de faire reverdir à volonté telle ou telle prairie.

Ce maintien d'une humidité assez constante garantissait un bon équilibre du Marais (pour la végétation, la bonne tenue des sols...), une grande biodiversité (absence de pesticides) et une excellente qualité des eaux.

Aujourd'hui la gestion des niveaux se fait par des déversoirs réglables télécommandés.

A ce que m'en disaient des "anciens" l'eau était claire, transparente, jusqu'au cours de l'été dans les années 1950. Ce n'est plus jamais le cas depuis plus de 20 ans, la transparence plus ou moins poussée n'existant plus qu'au cours d'un hiver bien arrosé.

Quand à l'humidité, elle n'est plus de règle dès le milieu du printemps : les niveaux sont maintenus au plus bas tout au long de l'année, même si elle ne s'annonce pas particulièrement pluvieuse, et l'on s'empresse d'évacuer le surplus qu'offre la moindre pluie.

Ainsi en 2005, d'un été sec, de nombreux sols se sont fissurés dans des zones où la nappe phréatique se trouve généralement en toutes saisons (hors inondations) entre 15 et 30 cm sous la surface du sol.

La profondeur moyenne des crevasses était de 70 cm.

De nombreuses rives se dégradent rapidement, il semble que les effectifs d'insectes subissent de fortes décrues d'année en année, idem pour un certain nombre de plantes et pour les batraciens, qui me semblent en très forte diminution.

Pour ces espèces animales il faut probablement mettre en accusation la conjonction sécheresse / pesticides.

La diminution des effectifs d'insectes prive de nourriture oiseaux et grenouilles, ces dernières sont par ailleurs très sensibles à de nombreux polluants et particulièrement aux molécules associées au glyphosate [1].

Revenons à l'apparent paradoxe sur le maïs : sa culture nécessite que les terres soient sèches sur une durée nettement plus longue que celle qui convenait à l'élevage et à la croissance des mojettes : on maintient donc les niveaux très bas pour qu'environ 600 agriculteurs, sur les 2800 qu'en compterait l'ensemble du Marais, puissent cultiver du maïs.

Mais les inconvénients de cette culture, et du niveau des eaux qu'elle nécessite, ne s'arrêtent pas là.

Dans le Marais la gestion des eaux se détermine en fonction des limites administratives, notamment départementales.

Or les aquifères n'ont pas le bon goût de respecter ces limites et l'on se trouvera donc souvent dans un cas tel qu'un département, souffrant plus de la sécheresse que son voisin, interdira toute irrigation tandis quelle sera permise dans le département adjacent.

Et l'on pourra donc puiser abondamment dans un aquifère au niveau très bas, mais au dessus de sa cote d'alerte, dont l'essentiel du développement se trouve sous le département où l'irrigation est interdite.

Or ces nappes ne sont pas fossiles : elles ont donc des communications, intenses, multiples, avec les eaux de surface.

Ces nappes ayant conservé en toutes saisons et depuis plusieurs années un niveau très ou moyennement bas, leur mise à contribution par les forages d'irrigation se renforce du fait de l'assèchement des terres en profondeur (qui par ailleurs semble provoquer d'importants tassements) : ce sont alors les eaux de surface du Marais qui, déjà très basses, les alimentent en fin de printemps et en été.

Le fonctionnement hydraulique du Marais s'inverse donc totalement.

Et le maintien de basses eaux conduit à d'irrémédiables pertes, telle cette minéralisation des tourbes constatée dans certaines zones, de plus en plus importantes en surface.

Or ces tourbes sont d'excellents filtres pour les eaux de surface en transit vers l'océan, et leur minéralisation est irréversible : elles perdent pour toujours leurs capacité de filtration.

Non seulement nous larguons dans l'environnement des quantités énormes de polluants, inconnues il y a 50 – 60 ans, mais en plus nous condamnons définitivement les zones dans lesquelles la restauration des eaux aurait été possible : l'océan en souffrira donc et les premières touchées seront probablement les huîtres et les moules cultivées dans les pertuis qui séparent le Marais de l'océan.

En fin de compte on prive donc le Marais d'eau afin de labourer, semer et démarrer le maïs, un Marais qui a subi durant les 20 dernières années une conversion intense [3].

Le Marais Poitevin (sous lequel ont été installés des milliers de kilomètres de drains en tube de plastique, vidés par des pompes que l'on voit bien dans les champs) s'assèche et quand survient le moment où les besoins en eau de ce maïs atteignent leur maximum on puise cette eau dans des nappes en surexploitation quasi constante et l'on contribue par conséquent à priver le Marais d'une partie de ses eaux de surface au cours d'étiages déjà largement déficitaires.

Un des risques "annexes" de ce processus est que le transit de nombreux polluants vers ces nappes soit accéléré.

Lorsque des interdictions d'irrigations sont promulguées les compteurs qui devraient être placés sur les têtes de forage (le sont ?) ne sont probablement pas relevés par un organisme officiel vigilant car il n'est pas rare de voir des lances en action nocturne même dans ces périodes.

Et lorsque tous les indices signalent que ces périodes s'annoncent longues aucun préfet n'ordonne le retrait des appareils d'irrigation des zones de culture.

Dans ces temps d'interdiction des particuliers seront verbalisés pour avoir rempli de 3m3 leur piscine gonflable tandis qu'il semble que des milliers de mètres cubes heure s'évadent clandestinement pour le maïs, aux frais de tous et sans poursuites.

Car les diverses dégradations que subit le Marais nous affectent tous de façon plus ou moins directe.

Les atteintes portées aux berges et aux routes, que l'on voit se fissurer et se cabosser en raison des alternances humidité / sécheresse, seront payées par la collectivité quand des réfections s'imposeront, par exemple.

Ce qui signifie que le coût pour la collectivité de la culture de ce maïs est probablement très élevé à différents points de vue.

Il est envisagé de créer de vastes réservoirs : comment seront-ils alimentés dans les années à faible pluviométrie ?

En pompant dans des nappes déficitaires ?

Et le coût de la réalisation de ces réservoirs devrait être très largement pris en charge par la collectivité, sans que les diverses dégradations que subit le Marais trouvent une réponse dans la création de ces réserves.

Et nous n'aborderons même pas ici la question de la dégradation des sols tout à fait réelle provoquée par certaines pratiques culturales.

On voit donc qu'une culture de type "maïs" présente de très lourds inconvénients, inconvénients qui ne se combleront pas d'une année sur l'autre et deviendront un jour irrémédiables, certains l'étant déjà.

On peut donc avancer que l'ensemble du territoire du Marais Poitevin, comprenant donc toutes les zones dans lesquelles la maïsiculture n'est pas pratiquée, se trouve en danger car mise en coupe réglée par quelques centaines d'agriculteurs.

On peut déduire de ceci "qu'une des principales et des plus riches zones humides de France" ne le restera probablement plus longtemps, et la dégradation irréversible n'aura pris que quelques dizaines d'années, réduisant à néant 8 siècles d'un remarquable ouvrage.

Que faire alors pour que le Marais soit réhabilité par le recours à un régime des eaux plus conforme du point de vue de la pérennité de la "zone humide riche" et du point de vue d'une agriculture différente, qui exclurait le maïs et des cultures de ce type ?

Une agriculture qui garantirait aux agriculteurs un bon niveau de revenu, aussi, ce qui est une préoccupation à ne pas perdre de vue ?

Je propose 4 pistes.

Réaliser un inventaire général des cultures que seraient à la fois économiquement suffisamment rentables et compatibles avec la restauration et la survie du Marais. Culture à objectif aussi bien alimentaire qu'industriel mais en privilégiant celles qui nécessiteraient le moins d'intrants (nitrates, phosphates, phytosanitaires...).

Etudier plus spécialement l'hypothèse du bambou, qui connaît de plus en plus d'applications industrielles [4].

Commencer dès maintenant à remplacer les surfaces en jachère par des surfaces équivalentes cultivées et TCR ou TtCR [2] de saule ou de peuplier, et étudier la validité d'une filière TCR ou TtCR de frêne comme agriculture de substitution au maïs. Ces surfaces pourraient jouer un rôle très positif sur le plan de la biodiversité et sur celui de la qualité des eaux.

Étudier de près les débouchés industriels possibles pour le frêne, espèce particulièrement bien implantée depuis fort longtemps dans le Marais.

Il serait alors possible de créer rapidement les prémices d'une filière bois – énergie capable d'alimenter 3 principales villes limitrophes, La Rochelle, Niort et Fontenay le Comte ainsi qu'un grand nombre de villages, bourgs, bourgades...

Un village du Marais Poitevin, La Grève sur Mignon, a mis en place un système de chauffage aux copeaux de bois pour tous les bâtiments publics et semble s'en trouver fort aise à tous points de vue.

En fournissant une source abondante de Bois Raméal Fragmenté cette production de taillis permettrait aussi de conférer aux sols des propriétés très intéressantes du point de vue du stockage hydrique et de la minimisation de l'apport pour un certain nombre d'intrants [5].

Madame Royal, nous n'avons pas oublié que vous êtes présidente de la région Poitou Charentes, mais aussi du Parc Naturel Régional du Marais Poitevin, et bien des clefs reposent entre vos mains.

Nous attendons de vous des pas nettement marqués vers une amorce de restauration du Marais Poitevin.

Enfin de très récentes études démontrent que l'agriculture biologique permettrait à la fois une restauration des écosystèmes, de la qualité de nos eaux et des rendements très satisfaisants, avec des impacts non négligeables sur la santé des individus et celle des milieux : L’agriculture biologique peut-elle nous nourrir tous ?
Une orientation à prendre d'urgence pour le Marais Poitevin, comme pour toute l'agriculture européenne !


Batraciens - Glyphosate
Le Roundup à nouveau accusé

Du glysophate dans les nappes


Sylviculture à rotation courte
Des mini-forêts pour produire du "bois-énergie"

Mécanisme du TtCR

Le taillis à très courte rotation

Des saules pour l’énergie et la phytoremédiation en Suède



Vous trouverez de très nombreuses données sur le Marais poitevin en suivant le lien ci-dessous :
Diagnostic de territoire


Le Bambou
Plancher en bambou

Plancher et parquet en bambou, meubles et cuisines en bambou

Le bambou

Pourquoi le bambou ?

Bambou




Bois Raméal Fragmenté

Voir les liens de la rubrique "Fertilisation" sur cette page.