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samedi 21 octobre 2006

Scénario de croissance pour atteindre la croissance zéro (la décroissance ?)

Les politiques nous parlent de la croissance sous toutes ses coutures, se piquent tous de l'aiguillonner : à oublier le "dé" ils finiront par se blesser...

Quels habits préparent-ils au monde de demain, sur la base d'un monde de maintenant déjà très profondément déséquilibré à de nombreux points de vue, avec cette croissance continue, forte et perpétuelle dont nous savons tous qu'elle est impossible à terme, quelle que soit la couture sous laquelle on l'examine ?

Un monde plus pollué, aux climats de plus en plus bouleversés et de plus en plus vide d'espèces tandis que les humains y seront de plus en plus nombreux, et donc selon le schéma actuel de plus en plus nombreux à gaspiller des ressources limitées ?

Un océan surpêché aux eaux de plus en plus acides (CO2 oblige) et donc de moins en moins productif, avec des stocks de morue qui ne se renouvellent toujours pas depuis plus de 20 ans en dépit d'une diminution de la pression de pêche sur cette espèce, et des stocks de nombreuses autres espèces en diminution constante parfois pêchées jusqu'au delà de leur taux de renouvellement...

En limitant la pression de pêche sur la morue les institutions internationales ont organisé la décroissance d'un secteur : il faut bien voir qu'elles y ont été contraintes par la raréfaction extrême de la ressource, et cette limitation de la pression de pêche aurait dû intervenir plusieurs dizaines d'années plus tôt.

Cette limitation est donc intervenue à un moment où le déraisonnable avait déjà été atteint : la "raison humaine" a été prise en défaut, c'est une faillite de notre fameuse intelligence.

Et un tel "déraisonnable" est peut-être déjà dépassé dans un certain nombre d'autres cas, d'autres domaines, ce qui doit nous conduire à modifier profondément nos relations à ces domaines, nos façons d'agir, et à remettre en cause un certain nombre de nos "besoins".

Si le monde a eu pendant un temps aujourd'hui révolu "besoin" d'un certain tonnage annuel de morue, il a de fait revu ce "besoin" à la baisse, par la force des choses : il faudra qu'il en soit ainsi pour d'autres poissons, et pour d'autres besoins de toutes sortes.

Et le monde a survécu à cette décroissance effective des pêches et ventes de morue : si toute décroissance n'est pas "mortelle" la décroissance de la stabilité du monde, déjà si mal affirmée, risque de l'être.

Et cette stabilité du monde repose en grande partie sur la conception que chacun peut se faire de ses "besoins", dont la satisfaction se résoud dans une course à l'appropriation "d'avantages" dont d'autres ne pourront pas bénéficier, ou dont ils bénéficieront à un moindre niveau.

Oui, certains poissons sont coûteux, et tout le monde ne peut pas s'offrir une brandade de morue chaque jour, ni 200 grammes de steack.

De même toutes les familles du monde ne pourront posséder 2 ou 3 voitures sous peine d'un accroissement de très nombreuses pollutions, et ceci même si la pile à combustible devenait la règle.

Cela revient à dire que certains niveaux de croissance et de développement ne seront pas envisageables pour une part importante de l'humanité : il lui faudra savoir vivre sans.

Mais ce que cette part de l'humanité devra accepter sous la forme d'un renoncement, nous serons également contraints d'y venir tôt ou tard avec plus ou moins de difficultés, de blessures, de frustrations : il n'y a de frustration que dans ce que nous refusons d'admettre...

Nous y viendrons tôt si nous agissons avec raison afin d'éviter les phénomènes qui nous y contraindraient, tard si nous laissons se développer ces phénomènes, qui sont assez bien illustrés par ce qu'il se produit dans le secteur de la pêche.

Soit nous anticiperons des contraintes à venir, qui seront fortes, en modifiant de façon raisonnable et raisonnée nos modes de vie, soit nous devrons affronter des difficultés importantes sans s'y être préparés.

C'est une façon de dire que, dans bien des cas, il nous reste un peu de temps afin de mettre en place des solutions différentes.

Depuis environ deux siècles nous n'avons pas été formés à envisager un monde sans croissance - et sans les batailles qu'elle engendre.

Il faudra que nous y venions : ce ne sera pas nécessairement facile, comme fût difficile pour les pêcheries de morue la diminution importantes des flottes, des emplois, et il ne serait pas possible de passer du jour au lendemain d'un monde de croissance à un monde sans croissance, celle-ci s'évaluant à l'évolution du Produit Intérieur Brut de chaque pays.

Le passage de la croissance continue à une croissance nulle devra se faire en tenant compte d'abord et avant tout de nos besoins essentiels : s'alimenter, se soigner, se cultiver, se chauffer... vivre en somme.

Il est au moins un secteur ou nous devons - nous nous y sommes engagés - mettre en place des dynamiques de décroissance : la décroissance de nos émissions de gaz à effet de serre qui, aujourd'hui, avec les technologies à notre disposition dès maintenant, rime avec la décroissance de notre consommation d'énergies fossiles (nous devrions peut-être nous inquiéter des impacts de ces émissions : Le Groenland perd 100 milliards de tonnes de glace par an et j'en profite pour placer un lien vers un blog que j'aime bien).

Il nous faut donc renoncer à utiliser ces énergies fossiles dans un certain nombre de cas, c'est l'un de nos renoncements prioritaires, auquel correspondra une diminution du PIB pour la part liés à ces énergies.

Un débat a récemment eu lieu sur cette question sur Carnets de Nuit et j'ai notamment lu sous la signature de Casabaldi : "un point de PIB supplémentaire implique un accroissement des émissions de GES" (GES = Gaz à Effet de Serre).

Dans un autre message José rapportait des propos d'Alain Lipietz : "Je suis pour un modèle de développement soutenable, qui permet de satisfaire les besoins des générations présentes, sans compromettre la capacité des générations suivantes à satisfaire les leurs.

Qu'est-ce que ça veut dire du point de vue croissance et décroissance ? Ça veut dire qu'il va y avoir des choses qui vont croître et d'autres qui vont décroître. Le temps libre doit croître, la consommation de biens matériels privés, en général elle doit décroître, mais la consommation des transports en commun, elle doit croître. Comme la plupart de ces transports sont électriques, si vous voulez faire décroître la consommation de pétrole, il faut accroître la consommation d'électricité...
".

Notre utilisation des énergies fossiles est en grande partie dédiés au chauffage (logements, bâtiments de toutes sortes, eau chaude sanitaire) et aux transports.

Faut-il abandonner toute idée de nous chauffer, de disposer d'eau chaude et d'utiliser des moyens de transport autres que mus par une énergie musculaire ?

Probablement pas, et il semble qu'un certain nombre de contradictions (citées ci-dessus et d'autres) doivent être résolues.

Parvenir à un taux de croissance nulle tout en bénéficiant de conditions de vie correcte et en réduisant notre consommation d'énergies fossiles ne se fera pas sans une révision profonde de nos modes de chauffage et de transports.

J'ai introduit dans ce débat la question de la temporalité : "...on ne peut envisager de calculs sérieux (humainement, socialement acceptables) sans intégrer une certaine temporalité : le temps que prendra le changement de direction, la substitution d'une solution par une autre.".

Il nous faut donc changer ce qui doit l'être pour divers motifs et cela ne sera possible qu'au fil du temps, et non du jour au lendemain, cela au moins est certain.

Implication de cette certitude : nous pouvons programmer, planifier nos actions, nos interventions, en prévoir les impacts à chaque étape, en estimer le résultat final à l'échéance fixée.

Nous pouvons et devons être maîtres de ce type de processus qui s'étalera sur des dizaines d'années, afin d'éviter des impasses comparables à celle de ce stock de morue qui persiste à ne pas se renouveler.

Dans cette optique j'ai émis des propositions (par exemple : Codevi verdâtre, jeunes des banlieues et d'ailleurs, chômeurs...).

La transformation du bati existant à des normes énergétiques privilégiant les énergies renouvelables apparaît bien comme une nécessité urgente, de même que la multiplication de transports en commun "flexibles" afin de se substituer à l'utilisation solitaire du véhicule particulier.

Ces deux changements de cap ne se résoudront pas sans une croissance économique de certains secteurs, parallèle à la décroissance des secteurs auxquels ils se substitueront.

D'un point de vue macro-économique comment les choses se passeront-elles ?

Prenons le cas du bâtiment : le passage aux énergies renouvelables, conduit de façon massive afin d'obtenir des résultats probants en moins de 30 ou 40 ans, impliquera des mesures susceptibles de rendre cette transformation possible pour la plupart des budgets.

Il faudra agir sur la fiscalité, trouver des ressources complémentaires peut-être (taxation progressive des installations neuves utilisant fioul, charbon et gaz ?) afin de dépasser le taux de changement actuel des équipements de chauffage, qui semble s'établir à environ 2% l'an (FRANCE : perspectives énergétiques pour 2050 (pdf)).

Mais il ne s'agira pas ici d'un simple transfert entre un type de "chaudière" et un autre, dont on pourrait penser que l'impact serait nul sur le PIB.

Le passage à des normes environnementales plus strictes implique des travaux complémentaires importants, portant essentiellement sur l'isolation.

Pour tous les locaux :

- Isolation des murs extérieurs par l'intérieur
- Isolation des murs extérieurs par l'extérieur
- Isolation des planchers sur locaux non chauffés
- Isolation des planchers sur l'extérieur
- Isolation des terrasses
- Isolation des planchers sous combles
- Isolation des parois sur locaux non chauffés
- Pose de doubles vitrages
- Remplacement des fenêtres
- Pose des doubles fenêtres
- Calfeutrement des portes
- Calfeutrement des fenêtres
- Diminution de la VMC
- Arrêt de l'extraction en inoccupation
- Extraction particulière pour locaux spécifiques

Pour les locaux publics, usines...

- Régulation : thermostats performants
- Programmation : programmateurs centralisés avec horloges de ralentis, par zone, par bâtiment...
- Programmation par courant porteur
- Détecteurs de présence
- Contacteurs de fenêtres
- Compteurs divisionnaires
- Remplacement des appareils vétustes
- Diminution de la surpuissance par remplacement des convecteurs et abaissement de la puissance souscrite.

Il faut donc envisager qu'une politique volontariste dans ce domaine aura des effets sensibles sur la croissance du PIB pendant tout le temps où cette politique sera déployée, mais aussi des effets sur l'emploi (supplément de travail important par rapport aux dynamiques constatées aujourd'hui), sur le financement des retraites, du chômage, de la santé...

Cette politique aurait des effets de plus en plus bénéfiques et importants sur nos factures énergétiques et pourraient provoquer, par un appel important à un supplément de main d'oeuvre (100 000 emplois nouveaux par an sur plusieurs années ?), une sorte de renouveau social.

Les 2 ou 3 dizaines d'années pendant lesquelles se produirait cette transformation de l'habitat verraient la croissance liée à cette activité croître fortement puis diminuer progressivement pour diverses raisons et nous laisserait, à l'aboutissement, avec un parc immobilier très fortement indépendant des énergies fossiles, dont nous aurions donc organisé la décroissance.

Au cours de cette période nous aurions aussi appris beaucoup, affinant nos techniques, nos méthodes, la recherche nous aurait peut-être ouvert des voies nouvelles dans les domaines de l'énergie et de l'isolation et nous bénéficierions de logements confortables qui ne gaspilleraient guère et dont le coût de chauffage aurait nettement diminué (avantage en terme de pouvoir d'achat des ménages).

Mais également nous aurions pu mettre à profit cette durée afin de mieux imaginer les conditions pour lesquelles nos économies, le monde, pourraient se passer de cette croissance continue, perpétuelle et destructrice.

Ce scénario que je propose, transposable à d'autres secteurs que le bâtiment, me semble donc présenter plusieurs atouts.

Il ne produira pas immédiatement une diminution nette des émissions de gaz à effet de serre ni une décroissance, ou une fin de la croissance (que l'on devrait souhaiter et que l'on redoute) car généraliser à marche forcée une isolation de haute qualité des bâtiments, qui ne se serait pas faite à un tel rythme sans cette initiative, sera à l'origine d'un supplément temporaire d'émissions de gaz à effet de serre, probablement (il faudrait calculer cela, je ne l'ai pas fait).

Mais son impact positif à terme sur ces émissions sera très fort, et je ne vois aucun autre moyen de parvenir à cela, qui est un objectif de tout premier ordre.

Psychologiquement ce scénario pourra avoir un impact important en nous orientant petit à petit vers une société où l'idée d'économiser l'énergie sera devenue un réflexe : faire entrer cette "valeur" dans les moeurs.

Très stimulant, socialement, financièrement, intellectuellement, ce scénario aurait aussi la forme d'un laboratoire d'idées : je n'ai aucun doute sur le fait qu'il aiguillonnerait de nombreuses imaginations et qu'il serait l'origine de progrès applicables dans d'autres secteurs, avec effet tache d'huile.

Il nous laisserait enfin pas mal de temps pour mettre progressivement en place des indices complémentaires au PIB, comme l'indice de "Bonheur National Brut" ou d'autres, qui accèderaient tranquillement au devant de la scène et pourraient tirer ce PIB et la concommitante croissance vers quelques oubliettes : tout se passe d'abord et avant tout dans les esprits tant que ce sont les esprits qui dictent aux bras ce qu'ils doivent faire !

Entre le rêve (de certains) d'une croissance nulle et le rêve (d'autres) d'une croissance forte se trouvent les conditions dont nous devons nous accommoder : l'ensemble des caractéristiques de notre planète et ce qu'elle peut nous procurer, les libertés de mouvement qu'elle nous autorise, celles qu'elle ne nous permet pas, celles qu'elle ne nous permettra plus.

Voilà ce que nous devons apprécier, mesurer, évaluer... et qui doit nous servir de table d'orientation.

Toutes les routes ne nous seront pas permises, celles que nous empruntons aujourd'hui ressemble à une impasse : imaginons donc la négociation d'un virage et d'un changement de voie acceptable et supportable par tous, au bénéfice de tous (dans le sens du respect de l'intérêt général, qui peut donc s'inscrire à l'encontre de ceux qui, légalement ou non, agisse contre cet intérêt) !

Reste à clarifier le point d'interrogation de mon titre : croissance nulle ou décroissance ?

jeudi 12 octobre 2006

Quand la décroissance fait un bide... et un tabac avec Al Gore et ailleurs

Après la projection aux élus français de "An inconvenient truth", le fameux film d'Al Gore sur les changements climatiques, la première question posée à l'ex vice président US porta sur la relation entre la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre et la croissance économique.

C'est ce que nous relate José, auteur de cette question, dans son compte rendu de cette soirée : In bide with Al Gore.

Il écrit "Al Gore... botte longuement en touche sur la croissance. Il fait une réponse sur les actions individuelles et le militantisme qui me semble totalement à côté du sujet...".

Eh oui, l'un des principaux indices de la "bonne santé" de nos économies est ce fameux taux de croissance, qui doit toujours s'inscrire à une hausse assez soutenue.

C'est également l'indice de l'accroissement de la mauvaise santé de notre planète jusqu'à maintenant, puisque l'essentiel de notre croissance depuis longtemps repose sur la consommation de carbone fossile, avec dissémination de ce carbone dans l'atmosphère.

Si le taux moyen de transformation de ce carbone en services ou produits s'est notablement accru au fil du temps il reste vrai que nous consommons, nous tous terriens réunis, de plus en plus de ressources énergétiques fossiles et qu'un taux annuel de croissance de cette consommation de 2% au moins est souvent retenu pour les décennies à venir.

Or il serait impératif pour la survie de nombreuses espèces, la nôtre comprise à terme peut-être, pour éviter des phénomènes climatiques violents, mais aussi pour assurer la stabilité de nos climats dans une fourchette de conditions qui permettent à une agriculture absolument indispensable à notre survie de se maintenir, que nous divisions nos émissions de gaz à effet de serre par 4 en assez peu de temps.

Cette division est donc une décroissance forte de nos émissions, ce qui correspond probablement à une décroissance tout aussi forte des industries qui nous procurent ces énergies fossiles, à moins que nous devenions capables de les utiliser sans relâcher le carbone dans l'atmosphère : on nous promet que ce sera possible, peut-être, dans certaines conditions, un jour...

Mais vue l'urgence d'agir sur la réduction de nos émissions nous ne pouvons nous permettre d'attendre que sciences et techniques aient tenu leurs "promesses", qui ne sont que des voeux pieux (nous disposons avec la fusion nucléaire d'un excellent exemple de ces "promesses" perpétuellement reconduites : Non à Iter).

Il faut donc commencer à organiser très sérieusement la décroissance de notre demande en énergie, ceci dans la mesure où nous savons que même un recours massif à la biomasse ne saurait couvrir notre consommation actuelle ou future.

On le voit le terme "décroissance" peut-être uilisé de multiples façons selon le contexte, on voir aussi dans l'évitement pratiqué par Al Gore que la notion de "décroissance" est mal perçue, mal ressentie, mal comprise peut-être.

A ce que j'en sais pourtant Al Gore aurait lui-même été l'artisan d'une figure de la décroissance lorsqu'il a interrompu les activités liées au tabac de son exploitation familiale suite au décès de sa soeur d'un cancer du poumon.

Une décroissance totale de l'activité liée au tabac à l'échelon de cette exploitation, une décroissance dont je ne saurais chiffrer le taux (qui dépend des volumes d'affaires respectifs) pour la région, peut-être comblée par une production accrue par d'autres et ailleurs mais néanmoins une décroissance réelle à un certain échelon.

Une décroissance motivée par la raison et qui a probablement nécessité une certaine imagination afin de mettre en place une solution de reconversion, garante de la probabilité d'un revenu satisfaisant et pérenne.

Restons un instant dans le tabac : le projet d'une interdiction de fumer dans les lieux publics s'inscrit dans le projet de réduire la consommation générale de tabac, ce qui correspond "mécaniquement" à un objectif de faire décroître toutes les activités liées au tabac.

Nous sommes donc au coeur d'une initiative de décroissance dans un domaine bien déterminé, initiative qui n'est pourtant jamais désignée de cette façon, peut-être parce-que l'objectif initial porte sur la santé, la décroissance des industries du tabac étant seulement une conséquence.

Et gageons que si tous les partisans de l'abstention tabagique apprenaient que, de par le monde, le nombre de fumeurs décroissait de 10 ou 20% par an ils s'en montreraient très satisfaits : ce serait une décroissance très significative des industries du tabac.

Il existe donc dans notre monde ordinaire et chez nos élus des partisans qui s'ignorent de certaines formes de décroissance et ils s'appuient sur la raison pour les justifier.

Au rythme où nous l'utilisons, les réserves mondiales de platine nous laisseraient une soixantaine d'années avant épuisement : nous serons confrontés un jour à certaines décroissances forcées, qui n'émaneront pas de notre raison mais de l'épuisement de certaines ressources.

Certaines figures de "la décroissance" nous seront donc imposées.

Pouvons-nous imaginer une décroissance brute, concernant tout ce qui nous est utile ou indispensable ?

Il ne le semble pas : cela signifierait par exemple, en cas d'augmentation de la population d'un pays, de se contenter d'une masse toujours plus faible d'aliments et du même nombre de logements (détruirait-on des logements pour coller au sain dogme d'une décroissance forcée, continue, perpétuelle ?) quelle que puisse être cette augmentation : on subodore donc que la notion de "décroissance" doit donc être examinée de près, et que l'hypothèse d'une croissance nulle (la fameuse "Croissance 0" d'Alfred Sauvy) mérite la même prudence.

Pas de dogme donc mais de la mesure à tous points de vue, mesure qui ne pourra émerger que d'évaluations besoins / possibilités / nuisances toujours renouvelées.

Il faut donc que nous sachions adapter nos productions à la réalité de nos besoins, et la division par 4 de nos émissions de gaz à effet de serre devra probablement nous conduire à une caractérisation de nos besoins selon le dégré de leur nécessité et le volume d'émissions de GES qu'ils engendrent.

Avons-nous "besoin" que des yachts qui consomment quelques centaines de litres de fuel à l'heure soient construits et sillonnent nos mers, avons-nous "besoin" que des pelouses soient tondues alors qu'elles n'ont pas même poussé de 2 cm (Les tondeuses à gazon sont 100 fois plus polluantes que les voitures), avons-nous besoin d'acheter des produits en "dosettes" très consommatrices en emballage superflu alors qu'ils existent dans des conditionnements moins dommageables à notre environnement, avons-nous "besoin"... et l'on pourrait multiplier les exemples.

Nous avons, par contre, grand besoin de nous lancer dans des milliers d'actions qui nous permettront à plus ou moins brève échéance de consommer - et de rejeter - moins de carbone fossile dans l'atmosphère.

Dans "Codevi verdâtre, jeunes des banlieues et d'ailleurs, chômeurs..." j'évoque la transformation du bâti existant pour le rendre aussi indépendant que possible des énergies fossiles.

Et termes de "croissance / décroissance" cela revient à faire décroître de façon massive l'utilisation des énergies fossiles (et donc le chiffre d'affaire des industries liées à ces énergies) pour faire croître l'utilisation d'énergies renouvelables.

A ce schéma ne correspond pas, au moins pour quelques dizaines d'années, une décroissance de l'activité globale du pays et du PIB, bien au contraire, du fait que cette conversion nécessitera la création de très nombreux emplois, la conduite de nombreux travaux de modernisation, d'adaptation, l'investissement en masse dans des matériaux, du matériel...

C'est donc un schéma de "croissance / décroissance" très sélectif, qui devra répondre aux choix que nous aurons établis par raison, de la même façon que cela se fait en réalité pour le tabac.

J'en déduirai donc que certaines formes de décroissance sont très souhaitables, car elles nous serons bénéfiques d'un point de vue environnemental, et que par surcroît elles pourront devenir la source d'une croissance économique qui serait très favorable à un rééquilibrage social de notre pays.

Le débat "croissance / décroissance" mérite donc d'être examiné de très près !

samedi 7 octobre 2006

Codevi verdâtre, jeunes des banlieues et d'ailleurs, chômeurs...

Le gouvernement vient d'ajouter une "touche écologique" au Codevi, en lui permettant de financer 10 milliards d'euros de prêts pour des équipements écologiques d'habitation : le gouvernement "prend au sérieux les questions d'environnement" a-t-on pu lire ici ou là.

Qu'on me permette de penser que cette prise au sérieux n'est pas une mesure forte, du simple fait que cette possibilité offerte par le Codevi ne garantit en rien qu'elle sera utilisée et nul ne saura, en plaçant de l'argent sur un tel compte, si les fonds serviront à financer ces équipements écologiques ou n'importe quel développement industriel (Codevi = Compte pour le Développement Industriel).

Quelle meilleure façon de noyer le poisson environnemental ?

Votre argent financera peut-être quelques chauffages solaires, peut-être un nouvel incinérateur, allez savoir ?

En prétendant "prendre au sérieux les questions d'environnement" le gouvernement réagit visiblement à une certaine "opinion publique" : il flotte dans l'air du temps comme un souci, une inquiétude, sur notre avenir et il convient pour un politique de "fournir un signal" que le message a été bien reçu et pris en compte.

Reste à savoir si cette prise en compte est vraiment à la hauteur du problème tel que les scientifiques nous le décrivent, et "un signal" ne devrait pas nous satisfaire.

Or au niveau mondial les scientifiques (j'entends ici les spécialistes des questions du climat, et non des scientifiques d'autres disciplines qui s'exprimeraient de façon fantaisiste sur une question pour laquelle ils ne bénéficient d'aucune connaissance particulière, comme vient de le faire Claude Allègre : Polémique Claude Allègre : les réponses de «Libération») sont unanimes à affirmer que le réchauffement climatique par accroissement des teneurs en gaz à effet de serre dans l'atmosphère est un problème majeur qui aura des conséquences graves sur la planète, la biosphère, nos sociétés, nos conditions de vie...

Ils sont également unanimes à considérer que cette lutte contre l'accroissement de nos émissions de gaz à effet de serre sera une lutte de longue haleine difficile à mener et à "gagner".

Modification du Codevi et plan "biocarburant" du gouvernement sont très loin d'apporter des solutions susceptibles de changer quoi que ce soit de façon significative : il faut les appeler des "mesurettes".

Ceci d'autant plus que les solutions adoptées en matière de biocarburants sont les moins performantes, ce qui est démontré par de nombreuses études.

S'il est intéressant de fabriquer au Bésil de l'éthanol à partir de canne à sucre, cela doit à la particularité de la plante et à celle du climat, qui lui permet de se développer avec un rendement élevé.

En effet si la production d'éthanol dans ces conditions offre un rendement énergétique intéressant cela tient au taux élevé en sucre de la plante et aussi au fait qu'elle fournit une masse importante de matière sèche (tige et feuilles) qui est utilisée pour chauffer le processus de transformation du sucre en alcool : aucun combustible fossile n'est donc nécessaire pour fabriquer l'éthanol, et la totalité du sucre de la plante est transformée en carburant.

Evidemment la betterave ne présente pas ce type d'avantage car il n'est pas connu que cette betterave pousse au sommet d'une longue tige ligneuse que l'on pourra brûler : soit une partie du sucre fourni par la plante sera utilisée (après transformation) pour alimenter en énergie l'usine de production d'éthanol, ce qui fera baisser le rendement, soit il sera fait appel à une énergie autre (fossile, comme le pétrole ou le gaz par exemple), ce qui fera également baisser le rendement énergétique d'une autre façon.

On en conclut que le biocarburant éthanol peut constituer une excellente solution dans certains cas et une solution assez peu défendable dans d'autres cas, certains avancent qu'il faur environ un litre de produit pétrolier pour produire un litre d'éthanol, et que l'on consomme plus d'éthanol que d'essence au kilomètre...

Je n'ai pas réalisé de calculs précis pour vérifier si le bilan énergétique de l'éthanol français est à ce point catastrophique : on sait en tout cas qu'il n'est pas excellent.

Est-ce à dire que la France devrait se priver de biocarburants ?

Non car d'autres solutions existent, et celle qui présente le meilleur rendement énergétique pour un pays comme la France est la filière des Huiles Végétales Pures, produites à partir de Tournesol, utilisables directement dans la plupart des moteurs diesel jusqu'à des concentrations élevées.

Leur production ne nécessite pas la construction d'usines comparables à des raffineries, elle peut se faire très facilement mais, en contravention avec une directive européenne, la France interdit leur utilisation comme carburant automobile.

Pourtant cette Huile Végétale Pure offre un rendement énergétique au moins 3 fois plus élevé que les autres solutions (éthanol, diester) promues par le gouvernement, et c'est là un point de la plus grande importance puisque ce rendement signifie en fait qu'un hectare de culture permettrait d'économiser au moins 3 fois plus d'émissions de gaz à effet de serre s'il est cultivé en Tournesol que s'il est cultivé en Betterave !!!

Sans compter que la culture du Tournesol est beaucoup moins polluante que celle de la betterave ou que celle du maïs.

Déjà, vu de cette façon, le tableau des mesures gouvernementales "pour l'environnement" n'est plus si enthousiasmant qu'avant mais il y a pire.

Vous qui êtes jeunes, qui êtes chômeurs, qui comptez serré en fin de mois, sachez voir que ces mesures cachent, et peut-être pour longtemps, une forêt de possibilités qui ne seront peut-être jamais exploitées et qui seraient autrement plus profitables à tout le monde ainsi qu'à notre environnement, avec un impact plus fort en matière de réchauffement climatique.

D'abord si vous avez 15 ans en 2006 vous aurez 59 ans en 2050 et, en vous documentant un peu vous le découvrirez, il y a très peu de chances que 2050 ressemble à 2006 à de nombreux points de vue : vous devrez affronter un monde qui aura subi des changements très profonds, de tous ordres.

Des changements que nous sommes aujourd'hui incapables de décrire mais le seul fait que l'on ait pu cette année pour la première fois rejoindre le pôle Nord en bateau devrait vous inquiéter : ce passage de la glace à l'eau liquide dans cette région, qui constitue un changement majeur, nous indique peut-être à quel point le climat de notre pays pourrait être bouleversé.

Sera-t-il encore possible de cultiver de la betterave en Picardie dans 15 ans ?

Rien ne le garantit et cette seule question devrait nous mener à réfléchir sérieusement à l'opportunité de construire de grosses unités de production d'éthanol, dont l'amortissement se fera sur plusieurs dizaines d'années, pour alimenter une filière qui aujourd'hui n'est pas rentable et subventionnée par le contribuable à hauteur de 45 euros par hectare (au moins, chiffre à confirmer), tandis que la production d'Huile Végétale Pure non subventionnée s'avère rentable (on peut s'en procurer "clandestinement" à un prix voisin de 0,65 Euros le litre).

Si vous êtes chômeur vous devriez déplorer cette interdiction d'utiliser les Huiles Végétales Pures : leur autorisation pourrait conduire à la naissance d'un certain nombre de petites entreprises de pressage - filtration de tournesol avec de nombreux emplois à la clef, un débouché nouveau pour de nombreux petits agriculteurs, tandis que les bénéfices des filières choisies par le gouvernement se répartiront essentiellement entre de puissants agriculteurs et les compagnies pétrolières (maîtres d'oeuvre des usines de transformation) avec seulement quelques milliers d'emplois.

On constate donc qu'un certain nombre de calculs n'ont peut-être pas été menés avec toute la rigueur souhaitable lorsqu'il s'agit de veiller à l'intérêt général de la population, et qu'une sorte de privilège a été attribué aux plus puissants...

Mais il y a pire encore : notre réduction d'émissions de gaz à effet de serre doit être massive pour avoir un effet mesurable, et ce n'est que par des mesures de grande ampleur qui nous obtiendrions cet effet massif.

Or des mesures de grande ampleur sont possibles et seraient la source de la création de centaines de milliers d'emplois, d'un dynamisme économique plus fort que celui que l'on constate en France ces dernières années ainsi que d'un accroissement du pouvoir d'achat notamment envers les salaires moyens et bas.

Des politiques de grands travaux orientées vers la multiplication des transports en commun (une nécessité pour réduire une source importante d'émission de gaz à effet de serre par l'automobile) et vers une conversion du bâti existant vers une plus grandes indépendance vis à vis des énergies fossiles (et de l'électricité, car il va se construire en France plus de 10 000 MW d'unités de prodution d'électricité à partir de combustibles fossiles), appuyées par les dispositions fiscales appropriées pour que ces politiques atteignent rapidement un régime de croisière important (prix de leur efficacité du point de vue de l'environnement) sont désormais nécessaires mais on ne voit aucun signe qu'elles seront mises en place.

La réhabilitation énergétique de 400 à 500 000 logements par an (conversion au chauffage solaire des locaux et de l'eau sanitaire, amélioration de l'isolation...) donnerait un vigoureux coup de fouet au marché de l'emploi, permettrait la formation de milliers de personnes à des métiers qui leur permettraient enfin de trouver un emploi stable gratifiant, non délocalisable...

Ce seul chantier nécessiterait la création d'au moins 100 000 emplois par an pendant au moins 5 ans......L'adaptation de l'habitat à ces nouvelles conditions représente d'ailleurs un "marché de plusieurs centaines de milliards d'euros d'ici à 2050".
(Le Monde : Un rapport estime que la France peut diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre)



Un avenir pour tous


Faites des affiches, comme celle-ci ou différentes, mais exprimant un sens identique.

Imprimées, bricolées, griffonées... peu importe !

Et collez-en partout, en banlieue, en ville, en campagne, distribuez largement : vous pouvez agir sur nos avenirs !


Vous qui gagnez le SMIC, imaginez que votre facture de chauffage soit demain réduite de 50 à 70% : vous y gagneriez probablement en confort et assurément en pouvoir d'achat.

Imaginez qu'une possibilité de transport en commun vous permette de ne plus utiliser votre voiture pour aller travailler : quel serait votre gain ?

Pour beaucoup d'entre nous il serait significatif, important.

Mais on s'étripe dans les sphères politiques sur les efficacités comparées de la police et de la justice vis à vis de la délinquance "en banlieue", et l'on enverra probablement des renforts de forces de l'ordre dans de nombreux endroits, qui ne pourront que constater qu'il est presque impossible d'y rétablir et d'y maintenir un minimum d'ordre... comme d'habitude !

Comme si l'enjeu principal, "l'attitude la plus payante" était de montrer que l'on a de la force : mais chacun sait que l'état peut "déployer des forces", c'est même très facile à faire, beaucoup plus facile que de résoudre les problèmes sociaux graves et bien identifiés qui s'accumulent et s'aggravent mutuellement...

Il est bien connu que toute personne qui a de bonnes perspectives d'avenir et d'épanouissement ne s'investit pas prioritairement dans la délinquance, et ce qui manque assurément à de très nombreuses personnes aujourd'hui est cet espoir d'améliorer sa condition.

Ce qu'il faut pour qu'un ordre satisfaisant règne partout c'est que chacun puisse considérer qu'il dispose de perspectives d'avenir satisfaisantes : le premier désordre, le désordre fondamental est que ces perspectives n'existent pas pour tout le monde de façon évidente.

Et du fait de ce réchauffement climatique qui représente une menace grave nous disposons d'une opportunité de "ranimer" notre société, de lui donner un dynamisme nouveau, opportunité qu'il nous faudrait saisir très vite et aurait plusieurs effets positifs pour tous : une relance massive du marché de l'emploi, une amélioration du pouvoir d'achat, une relance forte d'une croissance non destructrice de l'environnement, une amélioration importance de notre balance du commerce extérieur, un renforcement global de notre économie...

Alors vous, les chômeurs, les peu, les mal payés, les "jeunes de banlieue", réfléchissez, renseignez-vous : vous constaterez que la lutte contre le réchauffement climatique constitue une formidable opportunité d'améliorer, parfois de façon considérable, votre ordinaire et vos perspectives de vie.

Mettre le feu à poubelles et voitures ne changera rien à votre condition, mais allumer partout la flamme de l'imagination pour que nous nous attaquions enfin de façon efficace à l'un des grands problèmes du monde, auquel nous n'échapperons pas, voilà ce qui changera votre avenir, notre avenir à tous.

Comment allumer cette flamme ?

En mettant sur le gril tous les candidats à la présidentielle sur le thème de la lutte contre le réchauffement climatique : il faut le faire, dès maintenant, massivement.

En leur demandant de présenter un programme précis, chiffré, avec des échéances à respecter et sur lequel ils s'engageront.

C'est sur la qualité des perspectives d'avenir qu'ils offriront à TOUS que nous devrons faire notre choix, parce-que c'est seulement cela qui compte.


Le blug de l'encéphalugomme molle n'est pas un blog vitaminé : ce n'est qu'un blug, un blog des bugs, des bugs de l'intelligence. Vous savez cette merveilleuse chose indéfinissable qui a permis à l'homme de devenir le maître incontesté de la nature... Ici vous trouverez peut-être de gentilles horreurs et des raisonnements tordus : prudence...
Il est encore temps de fuir !
? i n t e l l i b l u g
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