! d e s p u n a i s e s d a n s l a t ê t e
?

Intelliblug

Aller au contenu
Aller au menu
Aller à la recherche

samedi 16 février 2008

Se construire, un mort sur le dos, et comprendre...

Ainsi le Président de la République Française veut que désormais chaque enfant d'une dizaine d'années reçoive le nom d'un enfant juif déporté et tué dans le système de "solution finale" nazi.

Chaque enfant sera donc informé que l'on établit entre lui et un autre enfant, mort dans de terribles conditions, un parallèle auquel correspond une charge émotionnelle et intellectuelle très lourde à porter.

Cela implique que chaque enfant devra d'abord accepter, supporter cela puis le comprendre afin de devenir capable d'en faire une partie du lit de son avenir.

Charge émotionnelle car les conditions de la fin de la vie des enfants déportés et exterminés, de l'arrestation à la disparition, sont proprement effarantes.

Charge intellectuelle car il faut appréhender le mécanisme dans lequel se sont inscrits ces actes, et cela ne me semble pas le plus simple même pour des adultes.

Pour appréhender ce mécanisme il faut savoir, et tout savoir, jusqu'au plus petit détail de l'ensemble des événements qui ont pu conduire à l'avènement du Reich, jusqu'au raisonnement qui a présidé à la Shoah, jusqu'aux modes opératoires de cette extermination...

Car si l'on ne saisit pas selon quels mécanismes se sont effectuées les déportations, ce qui les "justifiait" aux yeux de ceux qui les décidaient, il sera impossible de les différencier d'autres comportements avec lesquels on pourrait leur trouver certaines similitudes plus ou moins poussées (il y a eu d'autre génocides : il faudra expliquer "l'unicité de la Shoah").

Qu'expliquera-t-on à nos enfants d'une dizaine d'années sur le sort de celui dont ils auront reçu le nom, la charge d'en perpétrer la mémoire ?

Entrera-t-on dans les détails de ce qui permet réellement de comprendre ce qui se passait à cette époque ?

Avec toute la complexité et l'horreur que cela comporte ?

Mais seront-ils capable de supporter et de comprendre tout cela à cet âge ?

Car si l'on entre dans le détail du patronyme d'un mort il sera probablement indispensable d'entrer également dans le détail de son histoire, de lui donner la consistance qui en fera "quelqu'un" et non un incompréhensible, insaisissable spectre.

Expliquer les arrestations, la mise de force dans un camion, puis un train, puis les camps...

Et tenter de faire comprendre qu'il existe une certaine différence entre cela et ce que nos enfants découvrent par la télévision, qui se fait aujourd'hui en France : l'arrestation, parfois à l'école, d'autres enfants, de leur famille, leur transfert vers un lieu de transit, leur mise de force dans un avion...

En restant dans la superficialité des choses cette différence pourrait bien ne pas apparaître de façon nette et laisser dans certains esprits assez de confusion pour qu'un parallèle Sarkozy - Hitler puisse se faire...

Soyons-en certains, le fait de demander à nos enfants de s'associer au nom d'un autre (le leur demander ou leur imposer, auraient-ils le droit de refuser ?) sera l'occasion que de nombreuses questions soient posées : il faudra savoir répondre, avec précision et justesse.

On ne pourra esquiver l'horreur, et il faudra savoir ne pas la banaliser, ne pas la minimiser.

Avez-vous bien pesé, Monsieur le Président, le poids de votre "cadeau" ?

Je crains qu'il soit empoisonné...

Plutôt que de vous (et nous) focaliser sur un passé que personne ne pourra plus transformer ne vous est-il pas venu à l'esprit que notre avenir nous attendait tous ?

Ne savez-vous pas que nous sommes dans le cours de la sixième extinction majeure d'espèces vivantes, par la faute de nos comportements, que des centaines d'espèces sont menacées de disparition ?

Vous avez probablement conscience que notre avenir est entre nos mains et celles de nos enfants : faites-leur adopter une espèce en danger, qu'ils puissent ainsi devenir des habitants de notre planète plus soigneux que ceux que nous fûmes...

Une conscience forte et nette, élevée, qu'ils peuvent et doivent prendre leur avenir en main, qu'ils doivent maîtriser leurs comportements plus que nous n'avons su le faire serait un des plus précieux cadeau à leur offrir !

Effet collatéral d'une telle conscience portée à son plus haut niveau, ils comprendraient que les hommes trouveraient finalement beaucoup plus d'intérêt à s'unir pour organiser une vie commune plus confortable et durable, entre tous les peuples, qu'à s'entre détruire à tous propos.

N'est-ce pas une part importante du message que vous souhaiteriez leur transmettre, en fin de compte ?



dimanche 10 février 2008

De Poussin à Kokopelli, valeur et image du patrimoine

Toile française peinte en France par un artiste français au XVIIe siècle, La fuite en Egypte de Nicolas Poussin a failli quitter notre pays.

Les connaisseurs s'accordent sur le fait qu'il s'agit d'une pièce majeure de la peinture de cette époque, elle appartient à notre patrimoine artistique, culturel : à ce titre l'idée que cette toile puisse quitter notre pays fût ressentie comme une perte importante.

Mais son prix dépassait largement la somme que pouvait lui consacrer le Musée des Beaux Arts de Lyon et l'achat de cette œuvre n'a pu se faire que grâce à la mobilisation d'un certain nombre de "bonnes volontés".

Environ 17 millions d'euros ont donc été réunis pour que La fuite en Egypte reste en France : La fuite en Egypte sera présentée au public lyonnais à partir du 15 février 2008, elle appartient désormais en commun à la collection de ce musée et au Louvre.

Ont contribué à l'achat : la Ville de Lyon, le Ministère de la culture et de la communication, le Musée du Louvre, le Conseil régional de Rhône-Alpes, la Fondation Léa et Napoléon Bullukian, la Fondation d'entreprise Gaz de France, AXA, Total, la Caisse d'Epargne Rhône Alpes, le Crédit Agricole Centre-Est, le Groupe Webhelp, BioMérieux, la CIC Lyonnaise de Banque, GL Events, Mazars, Seb, Toupargel, GFC Construction, Siparex, JC Decaux, le Cabinet Bonnet.

Cette mobilisation réunit donc des collectivités territoriales, des fondations, des entreprises et l'un des plus prestigieux musées du monde sur l'objectif de conserver un élément de notre patrimoine.

Dans le même temps, sans viser à la notoriété, modestement mais passionnément, des jardiniers cultivent de ces variétés végétales (fleurs, fruits, légumes...) que l'on dit "anciennes".

Ces variétés sont celles que cultivaient et amélioraient sans cesse nos ancêtres, les adaptant au climat du lieu, au terroir...

Quelques graines de chacune d'entre elles seraient conservées par des banques de semences, dans un souci tout à fait légal de conservation de patrimoines génétiques qui sont tout à la fois notre patrimoine commun et une ressource éventuellement capitale pour l'élaboration d'autres variétés, nouvelles, présentant des caractéristiques que seuls pourraient leur conférer quelques gènes rares.

Ces variétés sont notre patrimoine commun : heureusement aucun brevet ne les confine dans le privatif et elles sont le fruit du travail d'anonymes jardiniers d'antan, le fruit de notre passé commun.

Les échanges très localisés et aléatoires que pratiquent certains jardiniers sont bientôt relayés et amplifiés par une association, Kokopelli.

Elle organise des interactions plus larges entre les jardiniers (elle agit aussi hors du territoire français avec des initiatives fort intéressantes) et commercialise les semences de ces variétés anciennes.

Cela permet que ce patrimoine vive, soit visible, "nous" soit visible comme la sera La fuite en Egypte au musée de Lyon.

S'il a été jugé important, et même indispensable jusqu'à entraîner un long travail de mobilisation afin de réunir une somme assez considérable, de conserver ce tableau en France afin que nous puissions le voir, en profiter, c'est probablement au nom de notre intérêt commun que cela s'est fait.

Curieusement notre intérêt commun vis à vis d'un autre pan de notre patrimoine, les variétés végétales anciennes, serait jugé à l'opposé : nous devrions accepter que ce domaine de notre patrimoine nous demeure caché, inaccessible, car il est interdit de commercialiser ou même d'échanger ces variétés.

Et l'association Kokopelli a été condamnée à plusieurs reprises pour son action, en particulier attaquée par le GNIS (Groupement National Interprofessionnel des Semences) soutenu par le ministère de l'Agriculture.

Un ministère qui aurait au contraire dû considérer que l'association se livrait à un travail d'intérêt public puisqu'elle nous permet à tous de bénéficier de notre patrimoine commun (à tous : à tous ceux qui le souhaitent, à l'équivalent de la visite que nous rendrons ou non à La fuite en Egypte).

Depuis 2 ans ce travail de préservation et de mise à disposition de notre patrimoine végétal effectué par Kokopelli lui a coûté 88 000 euros, ce qui inclue les pénalités diverses et variées, les honoraires des très nombreux avocats et les frais annexes.

Comme vous le savez probablement une condamnation récente lui impose de débourser plusieurs dizaines de milliers d'euros, et l'association fait appel aux dons libres en ligne afin d'y faire face.

Tous ceux qui ont agi pour que le tableau de Poussin reste sur notre territoire, au nom de notre patrimoine, ont-ils eu connaissance qu'un autre volet de notre patrimoine était à ce point maltraité, occulté et menacé ?

Tous ces mécènes et donateurs ont-ils conscience qu'il n'y a pas de hiérarchie à établir entre une œuvre d'art comme ce tableau et une œuvre du travail et de l'esprit que serait un livre ancien ou une variété de légume élaborée il y a quelques siècles ?

Mais il ne semblent pas s'être encore manifestés pour quelques dizaines de milliers d'euros, ni d'ailleurs pour défendre l'idée que ce patrimoine végétal devrait être librement accessible à tous par une simple prise de parole.

La question d'un traitement équitable des différentes richesses qui constituent notre patrimoine se pose pourtant, et elle n'est pas anodine.

La fente de 12 mm et le galbe (d'une flèche de 12 mm également) qui affectent la Joconde sont surveillés avec autant de régularité que d'attention, comme un grand nombre d'autres paramètres qui caractérisent le bon état du tableau.

Il en est pris grand soin : est-ce prendre grand soin des variétés végétales anciennes que de n'en conserver qu'un paquet de graines en chambre froide, dans un nombre très réduit de collections (combien ?) qui seraient à la merci d'un incendie ou d'un autre type d'accident ?

Que notre patrimoine vivant vive et nous soit librement accessible est aussi indispensable que l'existence de musées, et la multiplication des lieux dans lesquels se répartira ce patrimoine, lorsque cela sera possible comme ça l'est pour des plantes, peut être considéré comme une simple sagesse.

Favorisons donc la multiplication de ces lieux, de ces jardins, aidons Kokopelli à nous faire bénéficier de notre patrimoine !

jeudi 7 février 2008

Dernières nouvelles de la poubelle

Pêcheries et plastiques sur le littoral charentais


Inquiétante, cette "image d'Epinal" du littoral de Charente Maritime, cette carte postale de pêcheries qui évoquera peut-être d'heureuses vacances : quel que soit l'angle sous lequel on voudra photographier ces curieux édifices (que l'on voit d'ailleurs rarement en action) il faudra prendre soin du cadrage ou pratiquer de savantes retouches pour que ne soient pas visibles le tronçon de bouteille et le sac plastique, ou les débris de filets, de cordages, les déchets de toutes sortes.

Cette image a été réalisée en "Réserve naturelle de la baie de l'Aiguillon", une zone encore assez riche en flore et en faune mais pour combien de temps ?

Cette image nous montre un fragment de littoral d'un des pays dits "civilisés" de ce monde qui peut nous apparaître tour à tour comme une merveille ou comme une poubelle : impossible de ne pas avoir ce diagnostic, de ne pas penser à ce choix entre deux visions, après quelques heures de promenade au pied des falaises.

Nous avons récemment appris qu'un monstrueux amoncellement de déchets, assez comparables à ceux que l'on rencontre sur le littoral français, flotte au beau milieu du Pacifique.

En se dégradant ou en relâchant leur contenu ils dispersent des molécules de toutes sortes dans l'océan, un cocktail chimique d'une extrême variété qui provoque diverses sortes de maladies chez les organismes vivants : cancers et malformations affectent poissons et crustacés...

Enfin... ce qui reste de poissons et de crustacés, bien sûr, et comme il en restera probablement de moins en moins au fil du temps le problème sera en quelque sorte réglé sans que nous n'ayons rien à faire.

Car nous avons également appris que la désertification se développe dans les mers et océans : "Dix années d'observations spatiales du satellite SeaWifs ont montré l'extension des zones à très faible production planctonique." lisait-on en chapeau d'un récent article de Futura Sciences.

Cause probable : le réchauffement des eaux, celui du climat donc.

Du même Futura Sciences : "Les coraux devraient avoir complètement disparu de la Terre à la fin de ce siècle si l’augmentation de la pollution atmosphérique par le CO2 se poursuit selon les projections actuelles, conclut une équipe internationale de scientifiques.".

Or les milieux coralliens sont exceptionnellement riches en espèces diverses et fournissent à l'humanité une bonne part du poisson qu'elle consomme.

Un article du Monde interrogeait en Décembre dernier : "2050 : un monde sans barrières de corail ?", et c'est une question pour demain à l'aube, l'échéance est terriblement proche...

Réchauffement, acidification, pollution chimique des eaux... : les océans sont aujourd'hui gravement malades et le font savoir.

Il se produit partout dans le monde d'inquiétantes proliférations de méduses, et elles peuvent attaquer en masse.

Cela s'est produit le 13 Novembre 2007 près des côtes irlandaises : en une nuit les 100 000 saumons d'un élevage ont été dévorés par des méduses qui formaient un banc gigantesque (25 kilomètres carrés sur 13 mètres de profondeur).

Le lendemain 140 000 juvéniles de saumon y passaient à leur tour, on lire cela dans "Le Point" sous le titre "La revanche des méduses".

Comme je l'écrivais plus haut nous avons donc d'excelentes raisons de penser que le problème de la toxicité des déchets qui tournent en rond au milieu du Pacifique se réglera seul...

Car s'il y a ce qui se voit et peut se montrer comme le fait la photo ci-dessus, il y a ce qui ne se voit pas et qui pèse lourdement sur notre avenir.

Balance abandonné à l'océan



Chaque fois que nous voyons un papier, un plastique, un déchet... dans la rue, dans un pré, un chemin, sur une plage... nous pouvons le voir comme un symbole du fait que notre planète est devenue une dangereuse poubelle, une poubelle qui pourrait bien nous engloutir.

Songeons un instant à ce qui nous manquerait si soudain les océans étaient déserts...

Nous DEVONS voir chaque déchet qui traîne dans "la nature" comme l'arbuste de saleté qui cache une forêt de pollutions dangereuses par les métaux lourds, par les molécules de synthèse (la consommation des anguilles est interdite dans un nombre croissant de bassins) utilisées à diverses fins, les médicaments n'étant pas absents de cette pollution et ayant des effets prouvés même si les doses détectées sont infîmes, par nos émissions de gaz carbonique, et jusqu'à nos dispersions d'azote ("Une augmentation, même faible, des dépôts atmosphériques d'azote sur la végétation et les sols favorise la disparition d'espèces végétales, révèle une étude du magazine Nature à paraître jeudi.", c'est ce que nous apprend l'Agence France-Presse en ce début Janvier).

Mais nous devons aussi regarder ce déchet que nous plaçons dans notre poubelle comme à la fois un symbole identique de la maladie des écosystèmes de notre planète ET sa cause.

Car si nous savons produire et "consommer" tout et n'importe quoi en très grandes quantités, nous nous donnons peu de peine pour faire disparaître avec soin et un minimum d'élégance les sous produits de cette consommation, ses rebuts, ses trop pleins.

Une des causes des proliférations mondiales de méduses pourrait se trouver dans la présence d'oestrogènes que nos stations d'épuration ne savent pas filtrer...

Maintenant que nous avons songé à adopter un tel regard nous pouvons nous demander s'il est bien prudent de persévérer à disperser absolument partout tant de substances avec autant d'insouciance.

Et si nous en venons à nous poser cette question nous aboutirons immanquablement à ces quelques interrogations :

- que faire pour arrêter ce cycle mortifère ?
- une société de croissance continue est-elle compatible avec l'arrêt de ces diverses pollutions ?
- quel prix payer pour sauver ce qui peut encore l'être ?
- que changer dans nos comportements, dans nos désirs, dans nos "besoins" ?
- il y a une relation assez directe entre notre "pouvoir d'achat", le rythme de notre consommation et l'intensité des pollutions que produit chacun d'entre nous. Sur quels leviers agir afin que ces pollutions diminuent puis cessent ?







Le blug de l'encéphalugomme molle n'est pas un blog vitaminé : ce n'est qu'un blug, un blog des bugs, des bugs de l'intelligence. Vous savez cette merveilleuse chose indéfinissable qui a permis à l'homme de devenir le maître incontesté de la nature... Ici vous trouverez peut-être de gentilles horreurs et des raisonnements tordus : prudence...
Il est encore temps de fuir !
? i n t e l l i b l u g
.
.
.