Dernières nouvelles de la poubelle
Par jcm, jeudi 7 février 2008 à 17:06 :: General :: #71 :: rss

Inquiétante, cette "image d'Epinal" du littoral de Charente Maritime, cette carte postale de pêcheries qui évoquera peut-être d'heureuses vacances : quel que soit l'angle sous lequel on voudra photographier ces curieux édifices (que l'on voit d'ailleurs rarement en action) il faudra prendre soin du cadrage ou pratiquer de savantes retouches pour que ne soient pas visibles le tronçon de bouteille et le sac plastique, ou les débris de filets, de cordages, les déchets de toutes sortes.
Cette image a été réalisée en "Réserve naturelle de la baie de l'Aiguillon", une zone encore assez riche en flore et en faune mais pour combien de temps ?
Cette image nous montre un fragment de littoral d'un des pays dits "civilisés" de ce monde qui peut nous apparaître tour à tour comme une merveille ou comme une poubelle : impossible de ne pas avoir ce diagnostic, de ne pas penser à ce choix entre deux visions, après quelques heures de promenade au pied des falaises.
Nous avons récemment appris qu'un monstrueux amoncellement de déchets, assez comparables à ceux que l'on rencontre sur le littoral français, flotte au beau milieu du Pacifique.
En se dégradant ou en relâchant leur contenu ils dispersent des molécules de toutes sortes dans l'océan, un cocktail chimique d'une extrême variété qui provoque diverses sortes de maladies chez les organismes vivants : cancers et malformations affectent poissons et crustacés...
Enfin... ce qui reste de poissons et de crustacés, bien sûr, et comme il en restera probablement de moins en moins au fil du temps le problème sera en quelque sorte réglé sans que nous n'ayons rien à faire.
Car nous avons également appris que la désertification se développe dans les mers et océans : "Dix années d'observations spatiales du satellite SeaWifs ont montré l'extension des zones à très faible production planctonique." lisait-on en chapeau d'un récent article de Futura Sciences.
Cause probable : le réchauffement des eaux, celui du climat donc.
Du même Futura Sciences : "Les coraux devraient avoir complètement disparu de la Terre à la fin de ce siècle si l’augmentation de la pollution atmosphérique par le CO2 se poursuit selon les projections actuelles, conclut une équipe internationale de scientifiques.".
Or les milieux coralliens sont exceptionnellement riches en espèces diverses et fournissent à l'humanité une bonne part du poisson qu'elle consomme.
Un article du Monde interrogeait en Décembre dernier : "2050 : un monde sans barrières de corail ?", et c'est une question pour demain à l'aube, l'échéance est terriblement proche...
Réchauffement, acidification, pollution chimique des eaux... : les océans sont aujourd'hui gravement malades et le font savoir.
Il se produit partout dans le monde d'inquiétantes proliférations de méduses, et elles peuvent attaquer en masse.
Cela s'est produit le 13 Novembre 2007 près des côtes irlandaises : en une nuit les 100 000 saumons d'un élevage ont été dévorés par des méduses qui formaient un banc gigantesque (25 kilomètres carrés sur 13 mètres de profondeur).
Le lendemain 140 000 juvéniles de saumon y passaient à leur tour, on lire cela dans "Le Point" sous le titre "La revanche des méduses".
Comme je l'écrivais plus haut nous avons donc d'excelentes raisons de penser que le problème de la toxicité des déchets qui tournent en rond au milieu du Pacifique se réglera seul...
Car s'il y a ce qui se voit et peut se montrer comme le fait la photo ci-dessus, il y a ce qui ne se voit pas et qui pèse lourdement sur notre avenir.

Chaque fois que nous voyons un papier, un plastique, un déchet... dans la rue, dans un pré, un chemin, sur une plage... nous pouvons le voir comme un symbole du fait que notre planète est devenue une dangereuse poubelle, une poubelle qui pourrait bien nous engloutir.
Songeons un instant à ce qui nous manquerait si soudain les océans étaient déserts...
Nous DEVONS voir chaque déchet qui traîne dans "la nature" comme l'arbuste de saleté qui cache une forêt de pollutions dangereuses par les métaux lourds, par les molécules de synthèse (la consommation des anguilles est interdite dans un nombre croissant de bassins) utilisées à diverses fins, les médicaments n'étant pas absents de cette pollution et ayant des effets prouvés même si les doses détectées sont infîmes, par nos émissions de gaz carbonique, et jusqu'à nos dispersions d'azote ("Une augmentation, même faible, des dépôts atmosphériques d'azote sur la végétation et les sols favorise la disparition d'espèces végétales, révèle une étude du magazine Nature à paraître jeudi.", c'est ce que nous apprend l'Agence France-Presse en ce début Janvier).
Mais nous devons aussi regarder ce déchet que nous plaçons dans notre poubelle comme à la fois un symbole identique de la maladie des écosystèmes de notre planète ET sa cause.
Car si nous savons produire et "consommer" tout et n'importe quoi en très grandes quantités, nous nous donnons peu de peine pour faire disparaître avec soin et un minimum d'élégance les sous produits de cette consommation, ses rebuts, ses trop pleins.
Une des causes des proliférations mondiales de méduses pourrait se trouver dans la présence d'oestrogènes que nos stations d'épuration ne savent pas filtrer...
Maintenant que nous avons songé à adopter un tel regard nous pouvons nous demander s'il est bien prudent de persévérer à disperser absolument partout tant de substances avec autant d'insouciance.
Et si nous en venons à nous poser cette question nous aboutirons immanquablement à ces quelques interrogations :
- que faire pour arrêter ce cycle mortifère ?
- une société de croissance continue est-elle compatible avec l'arrêt de ces diverses pollutions ?
- quel prix payer pour sauver ce qui peut encore l'être ?
- que changer dans nos comportements, dans nos désirs, dans nos "besoins" ?
- il y a une relation assez directe entre notre "pouvoir d'achat", le rythme de notre consommation et l'intensité des pollutions que produit chacun d'entre nous. Sur quels leviers agir afin que ces pollutions diminuent puis cessent ?









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