Consultation 2008 sur l'eau : une mauvaise plaisanterie ?
Par jcm, lundi 2 juin 2008 à 22:14 :: General :: #77 :: rss
L'édition du 2 juin 2008 de Naturavox nous apprend qu'une enquête sur l'eau est lancée (" Consultation "eau" 2008 : exprimez-vous " ) et, habitant le Sud Ouest, je me rends sur le site correspondant à cette région : Aquacitoyen.
Sa page " Documents de la consultation " oriente vers un certain nombre de documents parmi lesquels ne se trouve aucun état des lieux.
Par contre ces documents répètent à l'envi la nécessité d'améliorer et de gérer, ces deux mots y sont l'objet d'un usage immodéré.
Qu'il faille améliorer : pourquoi pas mais on se demandera à bon droit par rapport à quels constats seront définis les points sur lesquels agir, et les constats sont absents.
Aucun lien du site ne conduit vers des pages qui, pourtant, existent et il faudra à l'internaute soucieux de répondre en connaissance de cause à cette enquête effectuer une recherche comme celle qui m'a conduit à cette page de l'agence Adour Garonne : " La qualité des eaux ", ou à celle-ci : " Etat des ressources ".
En fait le site Aquacitoyen présente à toute personne un peu pressée mais qui souhaite faire connaître son avis un condensé succinct à télécharger : " Les documents de la consultation ", ce que j'ai fait.
Il me faut dès maintenant préciser que j'utilise un système d'exploitation connu et un lecteur parfaitement adapté pour lire un document " Adobe Acrobat " au suffixe " pdf ", le tout fonctionnant plutôt bien, sans me priver de portions de documents.
Car le document proposé par l'agence de bassin Adour Garonne présente quelques originalités comme ces encadrés à ce point correctement mis en page qu'une partie du texte est tout simplement absente...
Ah l'illustration de fond de page est bien présente, avec son paysage, ses vaches et ses bateaux, mais on se demande ce que cela peut apporter au lecteur !!!
Ce document contient le questionnaire (sur lequel je reviendrai) et propose également l'impression d'un " écopli " : un format A4 à plier en enveloppe au verso de laquelle figurera une publicité en couleur invitant à devenir " aquacitoyen ".
Dans " écopli " il y a " éco " qui peut renvoyer à la notion d'économie aussi bien qu'à celle d'écologie.
Que l'agence Adour Garonne m'explique donc ce qu'il peut y avoir d'économique et d'écologique à faire figurer au dos d'une enveloppe une image en couleur.
Informer ?
Une telle enveloppe est supposée sortir de l'imprimante, être scellée puis postée : seuls des employés de la poste seront éventuellement amenés à en voir le dos, et l'on suppose qu'ils ne sont pas rémunérés pour lire des dos d'enveloppes.
Si toutefois ils lisent cette publicité elle ne leur apprendra pas comment devenir " aquacitoyen " car aucune adresse de site ou postale n'y est mentionnée.
Le questionnaire ?
Il est parfaitement minimaliste, composé de 8 questions dont deux m'ont choqué.
La question numéro 3 : " Une famille de 4 personnes dépense déjà ... ...en moyenne 480 € par an pour l’eau du robinet et le traitement de ses eaux usées. Environ 62 € sont consacrés aux actions de l’Agence de l’Eau.
Cette contribution aux actions de l'Agence pourrait être à l’avenir insuffisante. Quelle augmentation vous paraîtrait acceptable pour cette même famille ? ".
Les augmentations proposées vont de moins de 10 € par an à 60 euros par an.
Cela suppose qu'il est parfaitement inconcevable, puisque des " spécialistes " ne l'envisagent pas, que nous puissions parvenir à une meilleure qualité des eaux sans une augmentation des coûts.
Cela signifie donc que ces " spécialistes " n'ont pas pris l'entière mesure de ce qui est possible dans leur domaine d'activité puisqu'il est possible de parvenir à des eaux de très haute qualité, au robinet et à l'exutoire des systèmes d'épuration, à des coûts moindres que ceux que nous connaissons actuellement.
Pour l'eau du robinet c'est démontré depuis des années par la dynamique mise en place par la ville de Münich : " Münich : la ''bio'', pour une eau non traitée " et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres.
Pour les eaux usées, divers exemples de traitements par lagunage ou par épuration par les plantes, les deux techniques pouvant se conjuguer, démontrent que l'on peut obtenir d'excellents résultats à des prix de revient très compétitifs.
Nos " spécialistes " sont-ils vraiment experts dans leur domaine, ou bien passent-ils sous silence certains champs de possibilités du fait que leur mise en oeuvre nécessiterait des mesures qui remettraient en cause certaines pratiques et certains intérêts financiers... ?
La question numéro 5 : " Améliorer la qualité des milieux aquatiques... ...coûte cher mais peut apporter des bénéfices importants. Lesquels selon vous ? ".
Les bénéfices cités : " * Les aménagements de protection contre les inondations seront moins coûteux * Les coûts de traitement d’eau potable seront réduits * Le développement touristique et ses retombées économiques seront plus importants " .
De nouveau " améliorer coûte cher ", affirmation visant à conforter dans nos esprits que nous devrons payer toujours plus cher une eau dans laquelle on injecte beaucoup de nitrates et de pesticides, et qu'il faudra donc dénitrifier et " traiter " toujours plus.
Nous n'imaginerons pas que les agences de l'eau puissent être actionnaires des fabriquants d'engrais et de pesticides, mais divers lobbies seraient-ils omniprésents et très actifs ?
Parmi les bénéfices cités il n'est aucunement question de la relation entre un meilleur état des eaux et la biodiversité des divers milieux, que l'on sait mal en point.
Rien non plus sur les impacts de l'état actuel des eaux sur la santé, tant des humains que des organismes aquatiques (voir par exemple ces anomalies sexuelles constatées chez les poissons du fait que nos stations d'épuration ne savent pas retenir oestrogènes et divers perturbateurs endocriniens présents dans nos eaux usées).
En résumé ce questionnaire me laisse l'impression que l'on veut nous faire passer le message que l'eau nous coûtera toujours plus cher mais que nous pourrons peut-être tirer d'une amélioration de la qualité des eaux quelques bénéfices annexes (retombées économiques du tourisme par exemple).
Globalement j'ai la triste impression d'un mauvais travail, tant sur le fond (largement basé sur l'évitement de constats dont nous ne pouvons tirer aucune fierté et de questions qui pourraient fâcher) que sur la forme et le contenu (un questionnaire qui ne devrait pas être susceptible de fournir des données significatives, en fait : le dépouillement ne coûtera pas cher, ce sera son seul avantage !!!).
Je n'ai pas le courage d'aller voir ce qu'ont fait d'autres agences de bassin...
En tête de ce document, 2 interventions, l'une de Jean-Louis Borloo avec cette phrase : " ...emparez-vous de ce débat et battons-nous ensemble pour faire de chaque bassin un bassin de vie. "
Si " ce débat " est matérialisé par le questionnaire contenu dans ce document je ne vois pas qu'il y ait débat mais seulement quelques questions qui n'engagent à rien, tandis qu'une étape très actuelle, réelle, vitale du débat se trouve là : " Forte odeur d’incompréhension autour d’un projet de porcherie dans le Morbihan ".
Dans la seconde intervention, Jean François-Poncet, Ancien Ministre, Président du comité de bassin Adour-Garonne, affirme : " Près de 40 ans de politique de l’eau ont porté leurs fruits et les progrès sont visibles et mesurables. ".
Heureusement il ajoute : " Les efforts qui restent à accomplir sont encore importants... ".
Car quelques études tout à fait sérieuses ont montré que l'état des eaux souterraines et de surface est très préoccupant en France (qui est régulièrement rappelée à l'ordre par les instances européennes) : on trouvera écho de cela sur le site de l'IFEN par exemple : " Les publications de l'Ifen sur le thème "Eau" ".
Sa page " Documents de la consultation " oriente vers un certain nombre de documents parmi lesquels ne se trouve aucun état des lieux.
Par contre ces documents répètent à l'envi la nécessité d'améliorer et de gérer, ces deux mots y sont l'objet d'un usage immodéré.
Qu'il faille améliorer : pourquoi pas mais on se demandera à bon droit par rapport à quels constats seront définis les points sur lesquels agir, et les constats sont absents.
Aucun lien du site ne conduit vers des pages qui, pourtant, existent et il faudra à l'internaute soucieux de répondre en connaissance de cause à cette enquête effectuer une recherche comme celle qui m'a conduit à cette page de l'agence Adour Garonne : " La qualité des eaux ", ou à celle-ci : " Etat des ressources ".
En fait le site Aquacitoyen présente à toute personne un peu pressée mais qui souhaite faire connaître son avis un condensé succinct à télécharger : " Les documents de la consultation ", ce que j'ai fait.
Il me faut dès maintenant préciser que j'utilise un système d'exploitation connu et un lecteur parfaitement adapté pour lire un document " Adobe Acrobat " au suffixe " pdf ", le tout fonctionnant plutôt bien, sans me priver de portions de documents.
Car le document proposé par l'agence de bassin Adour Garonne présente quelques originalités comme ces encadrés à ce point correctement mis en page qu'une partie du texte est tout simplement absente...

Ah l'illustration de fond de page est bien présente, avec son paysage, ses vaches et ses bateaux, mais on se demande ce que cela peut apporter au lecteur !!!
Ce document contient le questionnaire (sur lequel je reviendrai) et propose également l'impression d'un " écopli " : un format A4 à plier en enveloppe au verso de laquelle figurera une publicité en couleur invitant à devenir " aquacitoyen ".
Dans " écopli " il y a " éco " qui peut renvoyer à la notion d'économie aussi bien qu'à celle d'écologie.
Que l'agence Adour Garonne m'explique donc ce qu'il peut y avoir d'économique et d'écologique à faire figurer au dos d'une enveloppe une image en couleur.
Informer ?
Une telle enveloppe est supposée sortir de l'imprimante, être scellée puis postée : seuls des employés de la poste seront éventuellement amenés à en voir le dos, et l'on suppose qu'ils ne sont pas rémunérés pour lire des dos d'enveloppes.
Si toutefois ils lisent cette publicité elle ne leur apprendra pas comment devenir " aquacitoyen " car aucune adresse de site ou postale n'y est mentionnée.

Le questionnaire ?
Il est parfaitement minimaliste, composé de 8 questions dont deux m'ont choqué.
La question numéro 3 : " Une famille de 4 personnes dépense déjà ... ...en moyenne 480 € par an pour l’eau du robinet et le traitement de ses eaux usées. Environ 62 € sont consacrés aux actions de l’Agence de l’Eau.
Cette contribution aux actions de l'Agence pourrait être à l’avenir insuffisante. Quelle augmentation vous paraîtrait acceptable pour cette même famille ? ".
Les augmentations proposées vont de moins de 10 € par an à 60 euros par an.
Cela suppose qu'il est parfaitement inconcevable, puisque des " spécialistes " ne l'envisagent pas, que nous puissions parvenir à une meilleure qualité des eaux sans une augmentation des coûts.
Cela signifie donc que ces " spécialistes " n'ont pas pris l'entière mesure de ce qui est possible dans leur domaine d'activité puisqu'il est possible de parvenir à des eaux de très haute qualité, au robinet et à l'exutoire des systèmes d'épuration, à des coûts moindres que ceux que nous connaissons actuellement.
Pour l'eau du robinet c'est démontré depuis des années par la dynamique mise en place par la ville de Münich : " Münich : la ''bio'', pour une eau non traitée " et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres.
Pour les eaux usées, divers exemples de traitements par lagunage ou par épuration par les plantes, les deux techniques pouvant se conjuguer, démontrent que l'on peut obtenir d'excellents résultats à des prix de revient très compétitifs.
Nos " spécialistes " sont-ils vraiment experts dans leur domaine, ou bien passent-ils sous silence certains champs de possibilités du fait que leur mise en oeuvre nécessiterait des mesures qui remettraient en cause certaines pratiques et certains intérêts financiers... ?
La question numéro 5 : " Améliorer la qualité des milieux aquatiques... ...coûte cher mais peut apporter des bénéfices importants. Lesquels selon vous ? ".
Les bénéfices cités : " * Les aménagements de protection contre les inondations seront moins coûteux * Les coûts de traitement d’eau potable seront réduits * Le développement touristique et ses retombées économiques seront plus importants " .
De nouveau " améliorer coûte cher ", affirmation visant à conforter dans nos esprits que nous devrons payer toujours plus cher une eau dans laquelle on injecte beaucoup de nitrates et de pesticides, et qu'il faudra donc dénitrifier et " traiter " toujours plus.
Nous n'imaginerons pas que les agences de l'eau puissent être actionnaires des fabriquants d'engrais et de pesticides, mais divers lobbies seraient-ils omniprésents et très actifs ?
Parmi les bénéfices cités il n'est aucunement question de la relation entre un meilleur état des eaux et la biodiversité des divers milieux, que l'on sait mal en point.
Rien non plus sur les impacts de l'état actuel des eaux sur la santé, tant des humains que des organismes aquatiques (voir par exemple ces anomalies sexuelles constatées chez les poissons du fait que nos stations d'épuration ne savent pas retenir oestrogènes et divers perturbateurs endocriniens présents dans nos eaux usées).
En résumé ce questionnaire me laisse l'impression que l'on veut nous faire passer le message que l'eau nous coûtera toujours plus cher mais que nous pourrons peut-être tirer d'une amélioration de la qualité des eaux quelques bénéfices annexes (retombées économiques du tourisme par exemple).
Globalement j'ai la triste impression d'un mauvais travail, tant sur le fond (largement basé sur l'évitement de constats dont nous ne pouvons tirer aucune fierté et de questions qui pourraient fâcher) que sur la forme et le contenu (un questionnaire qui ne devrait pas être susceptible de fournir des données significatives, en fait : le dépouillement ne coûtera pas cher, ce sera son seul avantage !!!).
Je n'ai pas le courage d'aller voir ce qu'ont fait d'autres agences de bassin...
En tête de ce document, 2 interventions, l'une de Jean-Louis Borloo avec cette phrase : " ...emparez-vous de ce débat et battons-nous ensemble pour faire de chaque bassin un bassin de vie. "
Si " ce débat " est matérialisé par le questionnaire contenu dans ce document je ne vois pas qu'il y ait débat mais seulement quelques questions qui n'engagent à rien, tandis qu'une étape très actuelle, réelle, vitale du débat se trouve là : " Forte odeur d’incompréhension autour d’un projet de porcherie dans le Morbihan ".
Dans la seconde intervention, Jean François-Poncet, Ancien Ministre, Président du comité de bassin Adour-Garonne, affirme : " Près de 40 ans de politique de l’eau ont porté leurs fruits et les progrès sont visibles et mesurables. ".
Heureusement il ajoute : " Les efforts qui restent à accomplir sont encore importants... ".
Car quelques études tout à fait sérieuses ont montré que l'état des eaux souterraines et de surface est très préoccupant en France (qui est régulièrement rappelée à l'ordre par les instances européennes) : on trouvera écho de cela sur le site de l'IFEN par exemple : " Les publications de l'Ifen sur le thème "Eau" ".




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