Peut-on être philosophe et... pas vraiment malin ?
Par jcm, samedi 11 juin 2011 à 19:35 :: General :: #110 :: rss
Nous le savons tous maintenant car Luc Ferry nous l'a démontré en payant de sa personne la réponse est : oui !
Je sais depuis longtemps que cet homme n'est pas une lumière bien qu'il puisse à l'occasion nous entretenir longuement de la philosophie de ces dernières, mais je constate qu'il est demeuré très philosophe !
Il a pu se dire avec beaucoup d'abnégation "puisque cette université pour laquelle je ne fais plus rien veut payer, j'encaisse avec humilité...".
La philosophie n'est-elle pas dans certains de ses aspects cet art de se placer très au dessus des contingences... ?
Et maintenant que l'université resserre les cordons de sa bourse Matignon paye : on ne peut que s'incliner...
Cette affaire me rappelle un épisode pour lequel j'avais écrit un texte qui est resté longtemps sur mon site activart.com mais en était sorti lors d'un remaniement.
Heureusement il demeurait présent dans mes archives : je l'en sors ci-dessous.
Ce texte démontre, à mon point de vue, combien Luc Ferry est étranger à certaines considérations qui pourtant devraient alimenter sa discipline : il m'apparaît donc plutôt comme "un rat de philosophie" qui parcourt uniquement les caves de la discipline en se gardant surtout de l'éclairer sous de nouveaux angles.
LETTRE OUVERTE
Commentaires sur des propos de M Luc FERRY
Lus dans Le Point n°1331 du 21 Mars 1998
Monsieur,
Dans un débat que vous aviez avec M. Comte Sponville vous disiez:
"Je maintiens que l'être humain n'est pas entièrement déterminé par l'histoire
ou par la nature. Un beau texte de Rousseau... fait la différence entre l'être humain
et l'animal. Rousseau explique qu'un pigeon pourrait mourir au bord d'un bassin
empli des meilleures viandes et qu'un chat dépérirait à côté d'un tas de blé
ou de graines,alors que chacun des deux pourrait survivre un moment
en essayant d'absorber une nourriture qui n'est pas la sienne.
Mais voilà , l'un est granivore, l'autre carnivore, et les deux ne peuvent s'évader de ce
code naturel. Seul l'être humain se caractérise par le fait qu'il est en excès par rapport
à tous les programmes naturels, tellement en excès qu'il peut se comporter de façon
"antinaturelle", décider de survivre, de se suicider ou de commettre les pires folies.
Rousseau conclut : "La volonté parle encore quand la nature se tait."
Cette "surnaturalité" est pour moi le signe de la transcendance tant par rapport
à la nature
que par rapport à l'histoire. C'est cette transcendance que toute
la philosophie moderne....
va appeler la liberté. C'est également dans cette transcendance que s'enracine
la sphère des valeurs, non seulement morales, mais aussi celles qui servent
à la sagesse
ou à la spiritualité."
Malgré tout le respect que je vous dois, Monsieur, vous ne me convainquez pas.
Faire "la différence entre l'être humain et l'animal":
C'est la pierre d'achoppement de votre discours.
Tout d'abord je crains que vous vous montriez à peu près aussi "naturel" qu'un chat
ou un pigeon, même si la raison en est différente et quelle que soit l'intensité de votre faim,
devant un repas de cafards crus et d'araignées velues.
Deviendriez-vous réellement insectivore ou coprophage, Monsieur?
Mais serait ce de la "surnaturalité" ou de le "surculturalité"?
Un pigeon "pourrait mourir", certes, dans les conditions décrites.
On peut même supposer que bien des pigeons affamés ne se nourriraient pas de viande.
Mais rien ne nous interdit de penser que certains pigeons, au contraire, pourraient survivre
en mangeant cette viande. Ici l'idée que nous nous faisons de la nature, Rousseau, vous
et chacun de nous ne peut fournir aucune sorte de preuve: expérimentons donc et plaçons
1000 pigeons face à un tel repas, effectuons la démarche symétrique pour les chats
par acquis de conscience.
Il me semble extrêmement imaginable que quelques pigeons, et quelques chats,
sans peut-être se faire beaucoup de gras, s'en tireraient fort bien.
Des cas "extrêmes" de pigeons et de chats?
Néanmoins des animaux qui auraient survécu
non par un artifice de volonté, non par une faculté d'imagination que nous ne reconnaissons
pas chez la plupart d'entre eux, non par quelque sagesse ou notion de liberté, mais parce
qu'ils auraient profité d'une faculté d'adaptation peu répandue au sein de leur famille,
faculté dont on peut imaginer qu'elle a été l'un des moteurs essentiels de l'évolution des
espèces et à laquelle nous pouvons supposer devoir la caractéristique d'être omnivores.
Qui sait si le régime alimentaire de croquettes riches en substances végétales ne générera
pas un "chat nouveau" que nous verrons, demain, brouter des fanes de poireaux
dans les jardins de banlieue?
"Antinaturel" ce chat? Il serait imprudent de l'affirmer!
Evadé de son "code naturel" ?
Le dauphin de mer et le dauphin d'eau douce des mangroves: des deux, lequel est le
plus "naturel" ?
Le premier a sept vertèbres cervicales soudées et une excellente vue,
le second, né d'une adaptation du premier à des conditions particulières, vit dans un milieu
à forte turbidité, encombré d'un inextricable fouillis de racines: des yeux ne lui seraient
d'aucun secours et les siens n'existent qu'à l'état de vestiges. Il lui faut par contre disposer
d'une grande souplesse: ses vertèbres cervicales sont dissociées, d'une grande mobilité,
et son sonar est beaucoup plus développé que celui de son cousin.
Ainsi il me semble qu'employer, aujourd'hui, comme élément de "preuve", ou même
de raisonnement, la "démonstration" de Rousseau tend vers l'outrage à la raison.
Outrage à la philosophie elle même, permettez-moi de vous le dire: qu'est elle si un
pigeon atypique peut en ruiner l'édifice d'un coup de bec ?
...se comporter de façon "antinaturelle", décider de survivre, de se suicider...
Votre définition du "naturel", et donc de "l'antinaturel", me semble vraiment rapide.
Le gnou qui fuit un lion ne "décide-t-il" pas de tenter de survivre ?
Certains animaux s'autoexterminent, individuellement: ne s'agit-il pas d'une forme de suicide ?
Quelle est la part du raisonnement chez ces animaux lorsqu'ils agissent ainsi ?
Mais quelle est la part du raisonnement chez les humains lorsqu'ils se conduisent sans
la moindre ambiguïté de façon impulsive et irraisonnée? Car en rapprochant "l'antinaturel"
de la faculté de pouvoir décider n'est-ce pas le raisonnement que vous désignez comme
la caractéristique essentielle de cet antinaturel ?
Vous dites aussi: "Je maintiens que l'être humain n'est pas entièrement déterminé
par l'histoire ou par la nature". Vous admettez qu'une part de "nature" nous détermine:
il faudrait donc lui imputer notre éventuelle impulsivité. Par contre les facultés de raisonner
et de décider constitueraient un dépassement du naturel ???
La volonté, comme le dit Rousseau ?
Notre néocortex, peut-être, serait d'essence antinaturelle ?
Ou surnaturelle, même?
Comme je tiens pour extrêmement probable qu'il est le fruit d'une longue évolution il me
faut en déduire que l'évolution des espèces, elle même, a "quelque chose" d'anti ou de
sur - naturel, certains jours...
Qu'il soit plaisant, rassurant, éventuellement nécessaire parfois, de croire: Je l'admets.
Ce n'est pas pour autant que toute croyance acceptera une démonstration.
Pourtant vous aimeriez que la philosophie soit "opérationnelle" et qu'elle sache nous
conduire vers une "sagesse" dont nous pourrions mesurer les effets: "l'objectif ultime de
la sagesse est surtout la "vie commune" avec les sujets, avec les autres êtres humains".
Ce sont vos propos.
Il vous faudrait donc parvenir à démontrer ce que vous croyez, et la question est :
qu'est-ce donc que la "nature", et quelles en sont les limites, Ã partir desquelles
pourrait s'envisager un "surnaturel" ?
Elle n'est pas neuve et j'éprouve une grande difficulté à croire que le seul recours à des
textes vieux de deux siècles ou plus permettra d'y répondre.
"Je pense ... que l'homme n'est pas seulement un corps et que sa dimension excède
par essence ce que les sciences de la nature peuvent en connaître",
dites vous dans le même article.
Je crains qu'il y ait une marge considérable entre les approximations de Rousseau
et l'état actuel des sciences de la nature.
Comment la philosophie, si elle veut définir une "surnaturalité" comme ce qui dépasserait
les "lois de la nature", peut-elle faire abstraction des dernières recherches en sciences
naturelles, puisque leurs ultimes résultats marquent peut-être la frontière qui séparerait
le "naturel" d'un hypothétique "surnaturel", qu'on ne peut aujourd'hui considérer autrement
que comme un pur produit de certaines imaginations, à défaut d'une véritable démonstration ?
J'ai la lourdeur d'esprit de demander des "preuves", et convaincantes...
Mais n'est-ce pas sur ce terrain de la preuve que nous entraîne votre démonstration
par Rousseau, ses chats et ses pigeons interposés ?
L'idée que nous avons, vous et moi et nos contemporains, du "naturel" n'est elle pas
étroitement liée à la fraction d'espace et de temps où nous nous trouvons?
Donc à l'histoire, qui nous assigne un domaine de temps et nous promène
plus ou moins loin dans l'espace ?
Comment nous extraire de cette contingence spatio-temporelle qui
nous détermine tout de même fortement, afin de tendre vers un "universel"
dont je vous crois également en quête ?
Car le "surnaturel" dont vous nous entretenez n'a pas d'âge, ni de lieu:
il s'est manifesté partout où se trouvaient des humains, en tous temps et en tous endroits.
Traquer ce "surnaturel" serait écumer une crème universelle, filtrer aussi finement
que possible la "pâte humaine", dans toutes ses dimensions.
Si tel est le défi qu'une philosophie se fixe à elle même, qu'elle ne néglige ni les derniers
résultats de la science, de toutes les sciences, ni les points de vue étrangers à notre
civilisation, ni les rapports d'ethnologues, les études d'historiens.... ni une extrême rigueur de pensée et n'hésite pas à sortir de son habituelle chapelle: elle risquerait, un jour, d'y tourner en rond.
JCM
Je sais depuis longtemps que cet homme n'est pas une lumière bien qu'il puisse à l'occasion nous entretenir longuement de la philosophie de ces dernières, mais je constate qu'il est demeuré très philosophe !
Il a pu se dire avec beaucoup d'abnégation "puisque cette université pour laquelle je ne fais plus rien veut payer, j'encaisse avec humilité...".
La philosophie n'est-elle pas dans certains de ses aspects cet art de se placer très au dessus des contingences... ?
Et maintenant que l'université resserre les cordons de sa bourse Matignon paye : on ne peut que s'incliner...
Cette affaire me rappelle un épisode pour lequel j'avais écrit un texte qui est resté longtemps sur mon site activart.com mais en était sorti lors d'un remaniement.
Heureusement il demeurait présent dans mes archives : je l'en sors ci-dessous.
Ce texte démontre, à mon point de vue, combien Luc Ferry est étranger à certaines considérations qui pourtant devraient alimenter sa discipline : il m'apparaît donc plutôt comme "un rat de philosophie" qui parcourt uniquement les caves de la discipline en se gardant surtout de l'éclairer sous de nouveaux angles.
LETTRE OUVERTE
Commentaires sur des propos de M Luc FERRY
Lus dans Le Point n°1331 du 21 Mars 1998
Monsieur,
Dans un débat que vous aviez avec M. Comte Sponville vous disiez:
"Je maintiens que l'être humain n'est pas entièrement déterminé par l'histoire
ou par la nature. Un beau texte de Rousseau... fait la différence entre l'être humain
et l'animal. Rousseau explique qu'un pigeon pourrait mourir au bord d'un bassin
empli des meilleures viandes et qu'un chat dépérirait à côté d'un tas de blé
ou de graines,alors que chacun des deux pourrait survivre un moment
en essayant d'absorber une nourriture qui n'est pas la sienne.
Mais voilà , l'un est granivore, l'autre carnivore, et les deux ne peuvent s'évader de ce
code naturel. Seul l'être humain se caractérise par le fait qu'il est en excès par rapport
à tous les programmes naturels, tellement en excès qu'il peut se comporter de façon
"antinaturelle", décider de survivre, de se suicider ou de commettre les pires folies.
Rousseau conclut : "La volonté parle encore quand la nature se tait."
Cette "surnaturalité" est pour moi le signe de la transcendance tant par rapport
à la nature
que par rapport à l'histoire. C'est cette transcendance que toute
la philosophie moderne....
va appeler la liberté. C'est également dans cette transcendance que s'enracine
la sphère des valeurs, non seulement morales, mais aussi celles qui servent
à la sagesse
ou à la spiritualité."
Malgré tout le respect que je vous dois, Monsieur, vous ne me convainquez pas.
Faire "la différence entre l'être humain et l'animal":
C'est la pierre d'achoppement de votre discours.
Tout d'abord je crains que vous vous montriez à peu près aussi "naturel" qu'un chat
ou un pigeon, même si la raison en est différente et quelle que soit l'intensité de votre faim,
devant un repas de cafards crus et d'araignées velues.
Deviendriez-vous réellement insectivore ou coprophage, Monsieur?
Mais serait ce de la "surnaturalité" ou de le "surculturalité"?
Un pigeon "pourrait mourir", certes, dans les conditions décrites.
On peut même supposer que bien des pigeons affamés ne se nourriraient pas de viande.
Mais rien ne nous interdit de penser que certains pigeons, au contraire, pourraient survivre
en mangeant cette viande. Ici l'idée que nous nous faisons de la nature, Rousseau, vous
et chacun de nous ne peut fournir aucune sorte de preuve: expérimentons donc et plaçons
1000 pigeons face à un tel repas, effectuons la démarche symétrique pour les chats
par acquis de conscience.
Il me semble extrêmement imaginable que quelques pigeons, et quelques chats,
sans peut-être se faire beaucoup de gras, s'en tireraient fort bien.
Des cas "extrêmes" de pigeons et de chats?
Néanmoins des animaux qui auraient survécu
non par un artifice de volonté, non par une faculté d'imagination que nous ne reconnaissons
pas chez la plupart d'entre eux, non par quelque sagesse ou notion de liberté, mais parce
qu'ils auraient profité d'une faculté d'adaptation peu répandue au sein de leur famille,
faculté dont on peut imaginer qu'elle a été l'un des moteurs essentiels de l'évolution des
espèces et à laquelle nous pouvons supposer devoir la caractéristique d'être omnivores.
Qui sait si le régime alimentaire de croquettes riches en substances végétales ne générera
pas un "chat nouveau" que nous verrons, demain, brouter des fanes de poireaux
dans les jardins de banlieue?
"Antinaturel" ce chat? Il serait imprudent de l'affirmer!
Evadé de son "code naturel" ?
Le dauphin de mer et le dauphin d'eau douce des mangroves: des deux, lequel est le
plus "naturel" ?
Le premier a sept vertèbres cervicales soudées et une excellente vue,
le second, né d'une adaptation du premier à des conditions particulières, vit dans un milieu
à forte turbidité, encombré d'un inextricable fouillis de racines: des yeux ne lui seraient
d'aucun secours et les siens n'existent qu'à l'état de vestiges. Il lui faut par contre disposer
d'une grande souplesse: ses vertèbres cervicales sont dissociées, d'une grande mobilité,
et son sonar est beaucoup plus développé que celui de son cousin.
Ainsi il me semble qu'employer, aujourd'hui, comme élément de "preuve", ou même
de raisonnement, la "démonstration" de Rousseau tend vers l'outrage à la raison.
Outrage à la philosophie elle même, permettez-moi de vous le dire: qu'est elle si un
pigeon atypique peut en ruiner l'édifice d'un coup de bec ?
...se comporter de façon "antinaturelle", décider de survivre, de se suicider...
Votre définition du "naturel", et donc de "l'antinaturel", me semble vraiment rapide.
Le gnou qui fuit un lion ne "décide-t-il" pas de tenter de survivre ?
Certains animaux s'autoexterminent, individuellement: ne s'agit-il pas d'une forme de suicide ?
Quelle est la part du raisonnement chez ces animaux lorsqu'ils agissent ainsi ?
Mais quelle est la part du raisonnement chez les humains lorsqu'ils se conduisent sans
la moindre ambiguïté de façon impulsive et irraisonnée? Car en rapprochant "l'antinaturel"
de la faculté de pouvoir décider n'est-ce pas le raisonnement que vous désignez comme
la caractéristique essentielle de cet antinaturel ?
Vous dites aussi: "Je maintiens que l'être humain n'est pas entièrement déterminé
par l'histoire ou par la nature". Vous admettez qu'une part de "nature" nous détermine:
il faudrait donc lui imputer notre éventuelle impulsivité. Par contre les facultés de raisonner
et de décider constitueraient un dépassement du naturel ???
La volonté, comme le dit Rousseau ?
Notre néocortex, peut-être, serait d'essence antinaturelle ?
Ou surnaturelle, même?
Comme je tiens pour extrêmement probable qu'il est le fruit d'une longue évolution il me
faut en déduire que l'évolution des espèces, elle même, a "quelque chose" d'anti ou de
sur - naturel, certains jours...
Qu'il soit plaisant, rassurant, éventuellement nécessaire parfois, de croire: Je l'admets.
Ce n'est pas pour autant que toute croyance acceptera une démonstration.
Pourtant vous aimeriez que la philosophie soit "opérationnelle" et qu'elle sache nous
conduire vers une "sagesse" dont nous pourrions mesurer les effets: "l'objectif ultime de
la sagesse est surtout la "vie commune" avec les sujets, avec les autres êtres humains".
Ce sont vos propos.
Il vous faudrait donc parvenir à démontrer ce que vous croyez, et la question est :
qu'est-ce donc que la "nature", et quelles en sont les limites, Ã partir desquelles
pourrait s'envisager un "surnaturel" ?
Elle n'est pas neuve et j'éprouve une grande difficulté à croire que le seul recours à des
textes vieux de deux siècles ou plus permettra d'y répondre.
"Je pense ... que l'homme n'est pas seulement un corps et que sa dimension excède
par essence ce que les sciences de la nature peuvent en connaître",
dites vous dans le même article.
Je crains qu'il y ait une marge considérable entre les approximations de Rousseau
et l'état actuel des sciences de la nature.
Comment la philosophie, si elle veut définir une "surnaturalité" comme ce qui dépasserait
les "lois de la nature", peut-elle faire abstraction des dernières recherches en sciences
naturelles, puisque leurs ultimes résultats marquent peut-être la frontière qui séparerait
le "naturel" d'un hypothétique "surnaturel", qu'on ne peut aujourd'hui considérer autrement
que comme un pur produit de certaines imaginations, à défaut d'une véritable démonstration ?
J'ai la lourdeur d'esprit de demander des "preuves", et convaincantes...
Mais n'est-ce pas sur ce terrain de la preuve que nous entraîne votre démonstration
par Rousseau, ses chats et ses pigeons interposés ?
L'idée que nous avons, vous et moi et nos contemporains, du "naturel" n'est elle pas
étroitement liée à la fraction d'espace et de temps où nous nous trouvons?
Donc à l'histoire, qui nous assigne un domaine de temps et nous promène
plus ou moins loin dans l'espace ?
Comment nous extraire de cette contingence spatio-temporelle qui
nous détermine tout de même fortement, afin de tendre vers un "universel"
dont je vous crois également en quête ?
Car le "surnaturel" dont vous nous entretenez n'a pas d'âge, ni de lieu:
il s'est manifesté partout où se trouvaient des humains, en tous temps et en tous endroits.
Traquer ce "surnaturel" serait écumer une crème universelle, filtrer aussi finement
que possible la "pâte humaine", dans toutes ses dimensions.
Si tel est le défi qu'une philosophie se fixe à elle même, qu'elle ne néglige ni les derniers
résultats de la science, de toutes les sciences, ni les points de vue étrangers à notre
civilisation, ni les rapports d'ethnologues, les études d'historiens.... ni une extrême rigueur de pensée et n'hésite pas à sortir de son habituelle chapelle: elle risquerait, un jour, d'y tourner en rond.
JCM


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