samedi 21 octobre 2006
Scénario de croissance pour atteindre la croissance zéro (la décroissance ?)
Par jcm, samedi 21 octobre 2006 à 14:22 :: Croissance
Les politiques nous parlent de la croissance sous toutes ses coutures, se piquent tous de l'aiguillonner : à oublier le "dé" ils finiront par se blesser...
Quels habits préparent-ils au monde de demain, sur la base d'un monde de maintenant déjà très profondément déséquilibré à de nombreux points de vue, avec cette croissance continue, forte et perpétuelle dont nous savons tous qu'elle est impossible à terme, quelle que soit la couture sous laquelle on l'examine ?
Un monde plus pollué, aux climats de plus en plus bouleversés et de plus en plus vide d'espèces tandis que les humains y seront de plus en plus nombreux, et donc selon le schéma actuel de plus en plus nombreux à gaspiller des ressources limitées ?
Un océan surpêché aux eaux de plus en plus acides (CO2 oblige) et donc de moins en moins productif, avec des stocks de morue qui ne se renouvellent toujours pas depuis plus de 20 ans en dépit d'une diminution de la pression de pêche sur cette espèce, et des stocks de nombreuses autres espèces en diminution constante parfois pêchées jusqu'au delà de leur taux de renouvellement...
En limitant la pression de pêche sur la morue les institutions internationales ont organisé la décroissance d'un secteur : il faut bien voir qu'elles y ont été contraintes par la raréfaction extrême de la ressource, et cette limitation de la pression de pêche aurait dû intervenir plusieurs dizaines d'années plus tôt.
Cette limitation est donc intervenue à un moment où le déraisonnable avait déjà été atteint : la "raison humaine" a été prise en défaut, c'est une faillite de notre fameuse intelligence.
Et un tel "déraisonnable" est peut-être déjà dépassé dans un certain nombre d'autres cas, d'autres domaines, ce qui doit nous conduire à modifier profondément nos relations à ces domaines, nos façons d'agir, et à remettre en cause un certain nombre de nos "besoins".
Si le monde a eu pendant un temps aujourd'hui révolu "besoin" d'un certain tonnage annuel de morue, il a de fait revu ce "besoin" à la baisse, par la force des choses : il faudra qu'il en soit ainsi pour d'autres poissons, et pour d'autres besoins de toutes sortes.
Et le monde a survécu à cette décroissance effective des pêches et ventes de morue : si toute décroissance n'est pas "mortelle" la décroissance de la stabilité du monde, déjà si mal affirmée, risque de l'être.
Et cette stabilité du monde repose en grande partie sur la conception que chacun peut se faire de ses "besoins", dont la satisfaction se résoud dans une course à l'appropriation "d'avantages" dont d'autres ne pourront pas bénéficier, ou dont ils bénéficieront à un moindre niveau.
Oui, certains poissons sont coûteux, et tout le monde ne peut pas s'offrir une brandade de morue chaque jour, ni 200 grammes de steack.
De même toutes les familles du monde ne pourront posséder 2 ou 3 voitures sous peine d'un accroissement de très nombreuses pollutions, et ceci même si la pile à combustible devenait la règle.
Cela revient à dire que certains niveaux de croissance et de développement ne seront pas envisageables pour une part importante de l'humanité : il lui faudra savoir vivre sans.
Mais ce que cette part de l'humanité devra accepter sous la forme d'un renoncement, nous serons également contraints d'y venir tôt ou tard avec plus ou moins de difficultés, de blessures, de frustrations : il n'y a de frustration que dans ce que nous refusons d'admettre...
Nous y viendrons tôt si nous agissons avec raison afin d'éviter les phénomènes qui nous y contraindraient, tard si nous laissons se développer ces phénomènes, qui sont assez bien illustrés par ce qu'il se produit dans le secteur de la pêche.
Soit nous anticiperons des contraintes à venir, qui seront fortes, en modifiant de façon raisonnable et raisonnée nos modes de vie, soit nous devrons affronter des difficultés importantes sans s'y être préparés.
C'est une façon de dire que, dans bien des cas, il nous reste un peu de temps afin de mettre en place des solutions différentes.
Depuis environ deux siècles nous n'avons pas été formés à envisager un monde sans croissance - et sans les batailles qu'elle engendre.
Il faudra que nous y venions : ce ne sera pas nécessairement facile, comme fût difficile pour les pêcheries de morue la diminution importantes des flottes, des emplois, et il ne serait pas possible de passer du jour au lendemain d'un monde de croissance à un monde sans croissance, celle-ci s'évaluant à l'évolution du Produit Intérieur Brut de chaque pays.
Le passage de la croissance continue à une croissance nulle devra se faire en tenant compte d'abord et avant tout de nos besoins essentiels : s'alimenter, se soigner, se cultiver, se chauffer... vivre en somme.
Il est au moins un secteur ou nous devons - nous nous y sommes engagés - mettre en place des dynamiques de décroissance : la décroissance de nos émissions de gaz à effet de serre qui, aujourd'hui, avec les technologies à notre disposition dès maintenant, rime avec la décroissance de notre consommation d'énergies fossiles (nous devrions peut-être nous inquiéter des impacts de ces émissions : Le Groenland perd 100 milliards de tonnes de glace par an et j'en profite pour placer un lien vers un blog que j'aime bien).
Il nous faut donc renoncer à utiliser ces énergies fossiles dans un certain nombre de cas, c'est l'un de nos renoncements prioritaires, auquel correspondra une diminution du PIB pour la part liés à ces énergies.
Un débat a récemment eu lieu sur cette question sur Carnets de Nuit et j'ai notamment lu sous la signature de Casabaldi : "un point de PIB supplémentaire implique un accroissement des émissions de GES" (GES = Gaz à Effet de Serre).
Dans un autre message José rapportait des propos d'Alain Lipietz : "Je suis pour un modèle de développement soutenable, qui permet de satisfaire les besoins des générations présentes, sans compromettre la capacité des générations suivantes à satisfaire les leurs.
Qu'est-ce que ça veut dire du point de vue croissance et décroissance ? Ça veut dire qu'il va y avoir des choses qui vont croître et d'autres qui vont décroître. Le temps libre doit croître, la consommation de biens matériels privés, en général elle doit décroître, mais la consommation des transports en commun, elle doit croître. Comme la plupart de ces transports sont électriques, si vous voulez faire décroître la consommation de pétrole, il faut accroître la consommation d'électricité...".
Notre utilisation des énergies fossiles est en grande partie dédiés au chauffage (logements, bâtiments de toutes sortes, eau chaude sanitaire) et aux transports.
Faut-il abandonner toute idée de nous chauffer, de disposer d'eau chaude et d'utiliser des moyens de transport autres que mus par une énergie musculaire ?
Probablement pas, et il semble qu'un certain nombre de contradictions (citées ci-dessus et d'autres) doivent être résolues.
Parvenir à un taux de croissance nulle tout en bénéficiant de conditions de vie correcte et en réduisant notre consommation d'énergies fossiles ne se fera pas sans une révision profonde de nos modes de chauffage et de transports.
J'ai introduit dans ce débat la question de la temporalité : "...on ne peut envisager de calculs sérieux (humainement, socialement acceptables) sans intégrer une certaine temporalité : le temps que prendra le changement de direction, la substitution d'une solution par une autre.".
Il nous faut donc changer ce qui doit l'être pour divers motifs et cela ne sera possible qu'au fil du temps, et non du jour au lendemain, cela au moins est certain.
Implication de cette certitude : nous pouvons programmer, planifier nos actions, nos interventions, en prévoir les impacts à chaque étape, en estimer le résultat final à l'échéance fixée.
Nous pouvons et devons être maîtres de ce type de processus qui s'étalera sur des dizaines d'années, afin d'éviter des impasses comparables à celle de ce stock de morue qui persiste à ne pas se renouveler.
Dans cette optique j'ai émis des propositions (par exemple : Codevi verdâtre, jeunes des banlieues et d'ailleurs, chômeurs...).
La transformation du bati existant à des normes énergétiques privilégiant les énergies renouvelables apparaît bien comme une nécessité urgente, de même que la multiplication de transports en commun "flexibles" afin de se substituer à l'utilisation solitaire du véhicule particulier.
Ces deux changements de cap ne se résoudront pas sans une croissance économique de certains secteurs, parallèle à la décroissance des secteurs auxquels ils se substitueront.
D'un point de vue macro-économique comment les choses se passeront-elles ?
Prenons le cas du bâtiment : le passage aux énergies renouvelables, conduit de façon massive afin d'obtenir des résultats probants en moins de 30 ou 40 ans, impliquera des mesures susceptibles de rendre cette transformation possible pour la plupart des budgets.
Il faudra agir sur la fiscalité, trouver des ressources complémentaires peut-être (taxation progressive des installations neuves utilisant fioul, charbon et gaz ?) afin de dépasser le taux de changement actuel des équipements de chauffage, qui semble s'établir à environ 2% l'an (FRANCE : perspectives énergétiques pour 2050 (pdf)).
Mais il ne s'agira pas ici d'un simple transfert entre un type de "chaudière" et un autre, dont on pourrait penser que l'impact serait nul sur le PIB.
Le passage à des normes environnementales plus strictes implique des travaux complémentaires importants, portant essentiellement sur l'isolation.
Pour tous les locaux :
- Isolation des murs extérieurs par l'intérieur
- Isolation des murs extérieurs par l'extérieur
- Isolation des planchers sur locaux non chauffés
- Isolation des planchers sur l'extérieur
- Isolation des terrasses
- Isolation des planchers sous combles
- Isolation des parois sur locaux non chauffés
- Pose de doubles vitrages
- Remplacement des fenêtres
- Pose des doubles fenêtres
- Calfeutrement des portes
- Calfeutrement des fenêtres
- Diminution de la VMC
- Arrêt de l'extraction en inoccupation
- Extraction particulière pour locaux spécifiques
Pour les locaux publics, usines...
- Régulation : thermostats performants
- Programmation : programmateurs centralisés avec horloges de ralentis, par zone, par bâtiment...
- Programmation par courant porteur
- Détecteurs de présence
- Contacteurs de fenêtres
- Compteurs divisionnaires
- Remplacement des appareils vétustes
- Diminution de la surpuissance par remplacement des convecteurs et abaissement de la puissance souscrite.
Il faut donc envisager qu'une politique volontariste dans ce domaine aura des effets sensibles sur la croissance du PIB pendant tout le temps où cette politique sera déployée, mais aussi des effets sur l'emploi (supplément de travail important par rapport aux dynamiques constatées aujourd'hui), sur le financement des retraites, du chômage, de la santé...
Cette politique aurait des effets de plus en plus bénéfiques et importants sur nos factures énergétiques et pourraient provoquer, par un appel important à un supplément de main d'oeuvre (100 000 emplois nouveaux par an sur plusieurs années ?), une sorte de renouveau social.
Les 2 ou 3 dizaines d'années pendant lesquelles se produirait cette transformation de l'habitat verraient la croissance liée à cette activité croître fortement puis diminuer progressivement pour diverses raisons et nous laisserait, à l'aboutissement, avec un parc immobilier très fortement indépendant des énergies fossiles, dont nous aurions donc organisé la décroissance.
Au cours de cette période nous aurions aussi appris beaucoup, affinant nos techniques, nos méthodes, la recherche nous aurait peut-être ouvert des voies nouvelles dans les domaines de l'énergie et de l'isolation et nous bénéficierions de logements confortables qui ne gaspilleraient guère et dont le coût de chauffage aurait nettement diminué (avantage en terme de pouvoir d'achat des ménages).
Mais également nous aurions pu mettre à profit cette durée afin de mieux imaginer les conditions pour lesquelles nos économies, le monde, pourraient se passer de cette croissance continue, perpétuelle et destructrice.
Ce scénario que je propose, transposable à d'autres secteurs que le bâtiment, me semble donc présenter plusieurs atouts.
Il ne produira pas immédiatement une diminution nette des émissions de gaz à effet de serre ni une décroissance, ou une fin de la croissance (que l'on devrait souhaiter et que l'on redoute) car généraliser à marche forcée une isolation de haute qualité des bâtiments, qui ne se serait pas faite à un tel rythme sans cette initiative, sera à l'origine d'un supplément temporaire d'émissions de gaz à effet de serre, probablement (il faudrait calculer cela, je ne l'ai pas fait).
Mais son impact positif à terme sur ces émissions sera très fort, et je ne vois aucun autre moyen de parvenir à cela, qui est un objectif de tout premier ordre.
Psychologiquement ce scénario pourra avoir un impact important en nous orientant petit à petit vers une société où l'idée d'économiser l'énergie sera devenue un réflexe : faire entrer cette "valeur" dans les moeurs.
Très stimulant, socialement, financièrement, intellectuellement, ce scénario aurait aussi la forme d'un laboratoire d'idées : je n'ai aucun doute sur le fait qu'il aiguillonnerait de nombreuses imaginations et qu'il serait l'origine de progrès applicables dans d'autres secteurs, avec effet tache d'huile.
Il nous laisserait enfin pas mal de temps pour mettre progressivement en place des indices complémentaires au PIB, comme l'indice de "Bonheur National Brut" ou d'autres, qui accèderaient tranquillement au devant de la scène et pourraient tirer ce PIB et la concommitante croissance vers quelques oubliettes : tout se passe d'abord et avant tout dans les esprits tant que ce sont les esprits qui dictent aux bras ce qu'ils doivent faire !
Entre le rêve (de certains) d'une croissance nulle et le rêve (d'autres) d'une croissance forte se trouvent les conditions dont nous devons nous accommoder : l'ensemble des caractéristiques de notre planète et ce qu'elle peut nous procurer, les libertés de mouvement qu'elle nous autorise, celles qu'elle ne nous permet pas, celles qu'elle ne nous permettra plus.
Voilà ce que nous devons apprécier, mesurer, évaluer... et qui doit nous servir de table d'orientation.
Toutes les routes ne nous seront pas permises, celles que nous empruntons aujourd'hui ressemble à une impasse : imaginons donc la négociation d'un virage et d'un changement de voie acceptable et supportable par tous, au bénéfice de tous (dans le sens du respect de l'intérêt général, qui peut donc s'inscrire à l'encontre de ceux qui, légalement ou non, agisse contre cet intérêt) !
Reste à clarifier le point d'interrogation de mon titre : croissance nulle ou décroissance ?
Quels habits préparent-ils au monde de demain, sur la base d'un monde de maintenant déjà très profondément déséquilibré à de nombreux points de vue, avec cette croissance continue, forte et perpétuelle dont nous savons tous qu'elle est impossible à terme, quelle que soit la couture sous laquelle on l'examine ?
Un monde plus pollué, aux climats de plus en plus bouleversés et de plus en plus vide d'espèces tandis que les humains y seront de plus en plus nombreux, et donc selon le schéma actuel de plus en plus nombreux à gaspiller des ressources limitées ?
Un océan surpêché aux eaux de plus en plus acides (CO2 oblige) et donc de moins en moins productif, avec des stocks de morue qui ne se renouvellent toujours pas depuis plus de 20 ans en dépit d'une diminution de la pression de pêche sur cette espèce, et des stocks de nombreuses autres espèces en diminution constante parfois pêchées jusqu'au delà de leur taux de renouvellement...
En limitant la pression de pêche sur la morue les institutions internationales ont organisé la décroissance d'un secteur : il faut bien voir qu'elles y ont été contraintes par la raréfaction extrême de la ressource, et cette limitation de la pression de pêche aurait dû intervenir plusieurs dizaines d'années plus tôt.
Cette limitation est donc intervenue à un moment où le déraisonnable avait déjà été atteint : la "raison humaine" a été prise en défaut, c'est une faillite de notre fameuse intelligence.
Et un tel "déraisonnable" est peut-être déjà dépassé dans un certain nombre d'autres cas, d'autres domaines, ce qui doit nous conduire à modifier profondément nos relations à ces domaines, nos façons d'agir, et à remettre en cause un certain nombre de nos "besoins".
Si le monde a eu pendant un temps aujourd'hui révolu "besoin" d'un certain tonnage annuel de morue, il a de fait revu ce "besoin" à la baisse, par la force des choses : il faudra qu'il en soit ainsi pour d'autres poissons, et pour d'autres besoins de toutes sortes.
Et le monde a survécu à cette décroissance effective des pêches et ventes de morue : si toute décroissance n'est pas "mortelle" la décroissance de la stabilité du monde, déjà si mal affirmée, risque de l'être.
Et cette stabilité du monde repose en grande partie sur la conception que chacun peut se faire de ses "besoins", dont la satisfaction se résoud dans une course à l'appropriation "d'avantages" dont d'autres ne pourront pas bénéficier, ou dont ils bénéficieront à un moindre niveau.
Oui, certains poissons sont coûteux, et tout le monde ne peut pas s'offrir une brandade de morue chaque jour, ni 200 grammes de steack.
De même toutes les familles du monde ne pourront posséder 2 ou 3 voitures sous peine d'un accroissement de très nombreuses pollutions, et ceci même si la pile à combustible devenait la règle.
Cela revient à dire que certains niveaux de croissance et de développement ne seront pas envisageables pour une part importante de l'humanité : il lui faudra savoir vivre sans.
Mais ce que cette part de l'humanité devra accepter sous la forme d'un renoncement, nous serons également contraints d'y venir tôt ou tard avec plus ou moins de difficultés, de blessures, de frustrations : il n'y a de frustration que dans ce que nous refusons d'admettre...
Nous y viendrons tôt si nous agissons avec raison afin d'éviter les phénomènes qui nous y contraindraient, tard si nous laissons se développer ces phénomènes, qui sont assez bien illustrés par ce qu'il se produit dans le secteur de la pêche.
Soit nous anticiperons des contraintes à venir, qui seront fortes, en modifiant de façon raisonnable et raisonnée nos modes de vie, soit nous devrons affronter des difficultés importantes sans s'y être préparés.
C'est une façon de dire que, dans bien des cas, il nous reste un peu de temps afin de mettre en place des solutions différentes.
Depuis environ deux siècles nous n'avons pas été formés à envisager un monde sans croissance - et sans les batailles qu'elle engendre.
Il faudra que nous y venions : ce ne sera pas nécessairement facile, comme fût difficile pour les pêcheries de morue la diminution importantes des flottes, des emplois, et il ne serait pas possible de passer du jour au lendemain d'un monde de croissance à un monde sans croissance, celle-ci s'évaluant à l'évolution du Produit Intérieur Brut de chaque pays.
Le passage de la croissance continue à une croissance nulle devra se faire en tenant compte d'abord et avant tout de nos besoins essentiels : s'alimenter, se soigner, se cultiver, se chauffer... vivre en somme.
Il est au moins un secteur ou nous devons - nous nous y sommes engagés - mettre en place des dynamiques de décroissance : la décroissance de nos émissions de gaz à effet de serre qui, aujourd'hui, avec les technologies à notre disposition dès maintenant, rime avec la décroissance de notre consommation d'énergies fossiles (nous devrions peut-être nous inquiéter des impacts de ces émissions : Le Groenland perd 100 milliards de tonnes de glace par an et j'en profite pour placer un lien vers un blog que j'aime bien).
Il nous faut donc renoncer à utiliser ces énergies fossiles dans un certain nombre de cas, c'est l'un de nos renoncements prioritaires, auquel correspondra une diminution du PIB pour la part liés à ces énergies.
Un débat a récemment eu lieu sur cette question sur Carnets de Nuit et j'ai notamment lu sous la signature de Casabaldi : "un point de PIB supplémentaire implique un accroissement des émissions de GES" (GES = Gaz à Effet de Serre).
Dans un autre message José rapportait des propos d'Alain Lipietz : "Je suis pour un modèle de développement soutenable, qui permet de satisfaire les besoins des générations présentes, sans compromettre la capacité des générations suivantes à satisfaire les leurs.
Qu'est-ce que ça veut dire du point de vue croissance et décroissance ? Ça veut dire qu'il va y avoir des choses qui vont croître et d'autres qui vont décroître. Le temps libre doit croître, la consommation de biens matériels privés, en général elle doit décroître, mais la consommation des transports en commun, elle doit croître. Comme la plupart de ces transports sont électriques, si vous voulez faire décroître la consommation de pétrole, il faut accroître la consommation d'électricité...".
Notre utilisation des énergies fossiles est en grande partie dédiés au chauffage (logements, bâtiments de toutes sortes, eau chaude sanitaire) et aux transports.
Faut-il abandonner toute idée de nous chauffer, de disposer d'eau chaude et d'utiliser des moyens de transport autres que mus par une énergie musculaire ?
Probablement pas, et il semble qu'un certain nombre de contradictions (citées ci-dessus et d'autres) doivent être résolues.
Parvenir à un taux de croissance nulle tout en bénéficiant de conditions de vie correcte et en réduisant notre consommation d'énergies fossiles ne se fera pas sans une révision profonde de nos modes de chauffage et de transports.
J'ai introduit dans ce débat la question de la temporalité : "...on ne peut envisager de calculs sérieux (humainement, socialement acceptables) sans intégrer une certaine temporalité : le temps que prendra le changement de direction, la substitution d'une solution par une autre.".
Il nous faut donc changer ce qui doit l'être pour divers motifs et cela ne sera possible qu'au fil du temps, et non du jour au lendemain, cela au moins est certain.
Implication de cette certitude : nous pouvons programmer, planifier nos actions, nos interventions, en prévoir les impacts à chaque étape, en estimer le résultat final à l'échéance fixée.
Nous pouvons et devons être maîtres de ce type de processus qui s'étalera sur des dizaines d'années, afin d'éviter des impasses comparables à celle de ce stock de morue qui persiste à ne pas se renouveler.
Dans cette optique j'ai émis des propositions (par exemple : Codevi verdâtre, jeunes des banlieues et d'ailleurs, chômeurs...).
La transformation du bati existant à des normes énergétiques privilégiant les énergies renouvelables apparaît bien comme une nécessité urgente, de même que la multiplication de transports en commun "flexibles" afin de se substituer à l'utilisation solitaire du véhicule particulier.
Ces deux changements de cap ne se résoudront pas sans une croissance économique de certains secteurs, parallèle à la décroissance des secteurs auxquels ils se substitueront.
D'un point de vue macro-économique comment les choses se passeront-elles ?
Prenons le cas du bâtiment : le passage aux énergies renouvelables, conduit de façon massive afin d'obtenir des résultats probants en moins de 30 ou 40 ans, impliquera des mesures susceptibles de rendre cette transformation possible pour la plupart des budgets.
Il faudra agir sur la fiscalité, trouver des ressources complémentaires peut-être (taxation progressive des installations neuves utilisant fioul, charbon et gaz ?) afin de dépasser le taux de changement actuel des équipements de chauffage, qui semble s'établir à environ 2% l'an (FRANCE : perspectives énergétiques pour 2050 (pdf)).
Mais il ne s'agira pas ici d'un simple transfert entre un type de "chaudière" et un autre, dont on pourrait penser que l'impact serait nul sur le PIB.
Le passage à des normes environnementales plus strictes implique des travaux complémentaires importants, portant essentiellement sur l'isolation.
Pour tous les locaux :
- Isolation des murs extérieurs par l'intérieur
- Isolation des murs extérieurs par l'extérieur
- Isolation des planchers sur locaux non chauffés
- Isolation des planchers sur l'extérieur
- Isolation des terrasses
- Isolation des planchers sous combles
- Isolation des parois sur locaux non chauffés
- Pose de doubles vitrages
- Remplacement des fenêtres
- Pose des doubles fenêtres
- Calfeutrement des portes
- Calfeutrement des fenêtres
- Diminution de la VMC
- Arrêt de l'extraction en inoccupation
- Extraction particulière pour locaux spécifiques
Pour les locaux publics, usines...
- Régulation : thermostats performants
- Programmation : programmateurs centralisés avec horloges de ralentis, par zone, par bâtiment...
- Programmation par courant porteur
- Détecteurs de présence
- Contacteurs de fenêtres
- Compteurs divisionnaires
- Remplacement des appareils vétustes
- Diminution de la surpuissance par remplacement des convecteurs et abaissement de la puissance souscrite.
Il faut donc envisager qu'une politique volontariste dans ce domaine aura des effets sensibles sur la croissance du PIB pendant tout le temps où cette politique sera déployée, mais aussi des effets sur l'emploi (supplément de travail important par rapport aux dynamiques constatées aujourd'hui), sur le financement des retraites, du chômage, de la santé...
Cette politique aurait des effets de plus en plus bénéfiques et importants sur nos factures énergétiques et pourraient provoquer, par un appel important à un supplément de main d'oeuvre (100 000 emplois nouveaux par an sur plusieurs années ?), une sorte de renouveau social.
Les 2 ou 3 dizaines d'années pendant lesquelles se produirait cette transformation de l'habitat verraient la croissance liée à cette activité croître fortement puis diminuer progressivement pour diverses raisons et nous laisserait, à l'aboutissement, avec un parc immobilier très fortement indépendant des énergies fossiles, dont nous aurions donc organisé la décroissance.
Au cours de cette période nous aurions aussi appris beaucoup, affinant nos techniques, nos méthodes, la recherche nous aurait peut-être ouvert des voies nouvelles dans les domaines de l'énergie et de l'isolation et nous bénéficierions de logements confortables qui ne gaspilleraient guère et dont le coût de chauffage aurait nettement diminué (avantage en terme de pouvoir d'achat des ménages).
Mais également nous aurions pu mettre à profit cette durée afin de mieux imaginer les conditions pour lesquelles nos économies, le monde, pourraient se passer de cette croissance continue, perpétuelle et destructrice.
Ce scénario que je propose, transposable à d'autres secteurs que le bâtiment, me semble donc présenter plusieurs atouts.
Il ne produira pas immédiatement une diminution nette des émissions de gaz à effet de serre ni une décroissance, ou une fin de la croissance (que l'on devrait souhaiter et que l'on redoute) car généraliser à marche forcée une isolation de haute qualité des bâtiments, qui ne se serait pas faite à un tel rythme sans cette initiative, sera à l'origine d'un supplément temporaire d'émissions de gaz à effet de serre, probablement (il faudrait calculer cela, je ne l'ai pas fait).
Mais son impact positif à terme sur ces émissions sera très fort, et je ne vois aucun autre moyen de parvenir à cela, qui est un objectif de tout premier ordre.
Psychologiquement ce scénario pourra avoir un impact important en nous orientant petit à petit vers une société où l'idée d'économiser l'énergie sera devenue un réflexe : faire entrer cette "valeur" dans les moeurs.
Très stimulant, socialement, financièrement, intellectuellement, ce scénario aurait aussi la forme d'un laboratoire d'idées : je n'ai aucun doute sur le fait qu'il aiguillonnerait de nombreuses imaginations et qu'il serait l'origine de progrès applicables dans d'autres secteurs, avec effet tache d'huile.
Il nous laisserait enfin pas mal de temps pour mettre progressivement en place des indices complémentaires au PIB, comme l'indice de "Bonheur National Brut" ou d'autres, qui accèderaient tranquillement au devant de la scène et pourraient tirer ce PIB et la concommitante croissance vers quelques oubliettes : tout se passe d'abord et avant tout dans les esprits tant que ce sont les esprits qui dictent aux bras ce qu'ils doivent faire !
Entre le rêve (de certains) d'une croissance nulle et le rêve (d'autres) d'une croissance forte se trouvent les conditions dont nous devons nous accommoder : l'ensemble des caractéristiques de notre planète et ce qu'elle peut nous procurer, les libertés de mouvement qu'elle nous autorise, celles qu'elle ne nous permet pas, celles qu'elle ne nous permettra plus.
Voilà ce que nous devons apprécier, mesurer, évaluer... et qui doit nous servir de table d'orientation.
Toutes les routes ne nous seront pas permises, celles que nous empruntons aujourd'hui ressemble à une impasse : imaginons donc la négociation d'un virage et d'un changement de voie acceptable et supportable par tous, au bénéfice de tous (dans le sens du respect de l'intérêt général, qui peut donc s'inscrire à l'encontre de ceux qui, légalement ou non, agisse contre cet intérêt) !
Reste à clarifier le point d'interrogation de mon titre : croissance nulle ou décroissance ?

