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Appel du Réseau Education Sans Frontières
Pétition nationale : NOUS LES PRENONS SOUS NOTRE PROTECTION !


Notre ministre de l'intérieur ne POURRA JAMAIS fermer les frontières de façon hermétique et ainsi stopper des flux migratoires "non choisis" : tout ce qu'il veut est que tombent un peu plus d'électeurs dans son escarcelle électorale mais à y regarder de plus près tout cela n'est peut-être pas bien joli joli...

Question posée à Catherine Wihtol de Wenden par Catherine COROLLER (Libération, mercredi 17 mai 2006) : "Comment caractériseriez-vous le projet de loi Sarkozy sur l'immigration ?"

Réponse :

"Je le trouve marqué par une certaine contradiction : un côté noir et un côté blanc. Son objectif principal est à dimension sécuritaire. Il s'agit de calmer une opinion publique qui a peur."

Et je pense également que tous ces remous sur l'immigration proviennent d'un amalgame de crainte(s) inexpliquées, de méconnaissance(s), de réflexions inabouties... enfin d'attitudes intellectuelles très contestables.

Rappelons qu'il y aurait eu depuis 1945 environ 70 lois majeures sur l'immigration (source : le 7 Mai 2006 un des participants à "L'esprit public" de Philippe Meyer, une émission dominicale de France Culture qu'il ne faudrait manquer à presque aucun prix...) avec les résultats que l'on sait, tant sur le tarissement de certains flux que sur l'ambiance générale vis à vis de cette question.

Et M. Sarkozy sait fort bien que son nouveau texte n'aura qu'une efficacité marginale mais bien poudré il présente un visage avenant à certains... (Immigration choisie : le raisonnement percé du ministre).

Encore un raisonnement très criticable et l'on en vient à se demander s'il peut être légitime de soigner la pathologie des uns (la peur que ressent probablement une part de l'opinion publique) par une médecine qui aurait des effets autrement plus néfastes que cette peur, mais chez d'autres personnes car, de plus, il pourrait s'imaginer bien d'autres solutions pour résorber cette peur.

Solutions qui passent par plus de connaissances, plus de réflexions, plus de bienveillance et des mesures politiques différentes.

Oui, je le sais bien, je fais le naïf... il ne s'agit pas de soigner cette peur mais seulement d'en profiter...

J'ai soudainement connu l'immigration (sans savoir au départ que cela s'appelait ainsi) lorsque vers l'âge de 12 ans j'ai vu de l'autre côté de la rue venir des hommes qui ont rasé un ancien vignoble et l'ont transformé en une cité de pavillons.

Curieux de tout je suis allé traîner sur le chantier, en catimini, voir comment ceci et cela se faisait.

J'y ai rencontré des français et beaucoup d'étrangers, des espagnols, des portugais, des algériens...

En général, surtout à l'heure de la pause, je pouvais les questionner en tentant, avec certains, de franchir la barrière de la langue, et j'ai donc pu m'entretenir avec des hommes en général affables qui travaillaient dur, ceci étant particulièrement vrai pour les étrangers, et ces derniers devaient en plus supporter des façons de parler de la part d'un certain nombre de français dont j'ai vite détecté qu'elles n'étaient pas marquées d'un profond respect...

J'ai vite compris ce que pouvait être un effet de meute : un seul français parmi plusieurs de ces travailleurs étrangers était en général assez calme et poli, mais dès qu'un certain nombre de français se trouvaient réunis, surtout en présence d'un supérieur hiérarchique aux manières... frustes, le ton devenait tout autre et des "plaisanteries" insultantes ou dégradantes pouvaient vite se multiplier.

J'ai d'emblée détesté cette réalité qui me montrait que l'on maltraitait gratuitement, sans le moindre motif sinon celui d'une origine différente, des gens que je voyais peiner du matin au soir, creuser pelle – pioche des tranchées sous le soleil ou sous la pluie...

Je me souviens particulièrement de Manuel S, un espagnol arrivé récemment et complètement perdu dans un pays dont il comprenait difficilement la langue et qui, dans la meute, était un "espingouin" dont on se moquait comme de n'importe quel "bougnoule", "rital" ou "portos".

Et qui comprenait bien qu'il n'avait qu'à serrer les dents.

J'ai donc eu au départ une réaction purement viscérale qui m'a invité à en savoir plus : pourquoi étaient-ils là et supportaient-ils ces conditions, tant de travail que psychologiques ?

C'est qu'en fait ils n'avaient pas vraiment le choix, ils avaient cherché une solution pour échapper à la pauvreté, pour la plupart, ou à des conditions politiques face auxquelles ils couraient des dangers vitaux.

A mes yeux ils n'étaient en rien méprisables et même pour la plupart très courageux.

J'ai donc appris et réfléchi, ce qui m'a conduit à ne jamais utiliser des termes comme "espingouin", "bougnoule", "rital", "portos", "polak".... car je savais leur portée méprisante, d'un mépris que rien ne pouvait justifier.

Et cela constitue probablement la preuve qu'une certaine formation permet d'orienter préférentiellement vers certains types de comportements.

N'ayant rien de particulièrement original en ce qui concerne mes capacités intellectuelles j'imagine que si une telle formation, comme celle que le hasard de ce chantier m'apporta, était distribuée à tous cela pourrait changer le cours des choses, le cours des peurs et des préoccupations les plus médiatisées...

Et je me suis souvent demandé si ces gens imaginaient une seconde la portée de leurs quolibets, la pression psychologique qui en résultait, s'ils avaient même une conscience une fois passé le cercle de leurs proches.

S'ils avaient conscience de ce que pouvait avoir de détestable, de stupide, de méchant le type de traitement qu'ils infligeaient...

Parcours initiatique, mes incursions sur le chantier et les réflexions qui en ont découlé m'ont formé à une certaine vision des choses pour laquelle je n'ai jamais trouvé de motif valable de remise en question.

Très jeune j'ai lu de nombreux écrits de toutes sortes, récits de voyages, carnets d'ethnologues, récits des colonisateurs conquérants qui "portaient la civilisation chez les sauvages" ou chez "ces indigènes qu'il fallait dresser" comme il se disait facilement à certaines époques...

"LA" civilisation ?

La nôtre, et au prix de la destruction de la leur, même s'ils n'utilisaient pas la roue, ce qui ne constitue pas un motif...

Et moi je me trouvais parmi mes concitoyens entouré de "sauvages" parfois prêts à "casser du bougnoule" c'est à dire prêts à se livrer à des agressions physiques... !

Les dispositions visant à restreindre le regroupement familial m'apparaissent comme des mesures de "sauvage".

Et il s'en trouve pour les voter qui s'afficheront en d'autres cas défenseurs, bec et ongles, d'une sacro-sainte famille.

Tiens donc, le sacro-saint serait-il à ce point fluant qu'il pourrait aussi facilement se dérober sous des considérations bassement matérielles ou électorales ?

Et le concept de la famille, les "valeurs" de la famille auraient-ils une géométrie si variable ?

Où êtes-vous, défenseurs de la famille ?

Mais le plus grave est-il qu'un certain nombre de mes concitoyens aient eu la vue basse et courte ou bien que les institutions, que l'état qui ne pouvait pas ignorer que les choses allaient fréquemment ainsi un peu partout, n'aient rien fait pour expliquer et FORMER les citoyens à la vie avec des personnes d'origines différentes et qui de plus, issues d'une immigration choisie ou non, participaient activement à l'activité économique du pays et se trouvaient donc utiles à tous ?

Soulignons ici que le motif de cette utilité ne peut en aucun cas servir de base au respect que l'on doit à chacun !

De ce point de vue il me semble que la France demeure ce pays où l'on pratique une politesse très sélective en fonction de la couleur de la peau, de l'origine et ce ne sont pas les nouvelles lois de M. Sarkozy qui pourront y changer quoi que ce soit.

Nous restons donc dans le droit fil de ces 70 lois depuis 1945 et l'état semble persister dans son habituel manquement à son DEVOIR d'instruire et de former TOUS les citoyens à des manières qui permettraient à tous de mieux vivre en bonne intelligence.

Qui sait si demain des manifestations imprévues d'un changement climatique en cours ne ruineront pas notre économie tandis que d'autres pays prospéreront ?

Et qu'il devienne très difficile d'échapper à des conditions de vie épouvantables en France, comme il s'en rencontre dans tant de pays ?

Alors nos petits héros seront ceux qui partiront faire les arpettes dans ces pays prospères pour nourrir leur famille restée au pays, et ils seront d'autant plus héroïques qu'ils seront reçus et traités comme nous avons souvent su recevoir et traiter.

Je leur souhaite bien du courage...

Et là nous nous poserions une question qui clôt "Ouverture et fermeture de la France aux étrangers", un article de Catherine Wihtol de Wenden : "Au nom de quoi en effet la population d’un pays riche aurait-elle le droit d’interdire son territoire aux autres ?"