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lundi 10 juillet 2006

Politique, médias et foot : ce que nous avons gagné à la défaite de l'équipe de France

J'apprends ce matin par la radio que l'équipe de France n'a pas remporté la coupe, que cela s'est joué sur un coup de pied, un seul.

Un seul coup de pied sur combien au total dans cette suite de matchs ?

5000, 20 000 ou plus ?

Combien au cours de ce dernier match ?

500, 1000 ?

Rien de significatif d'un point de vue statistique, rien de significatif à aucun point de vue d'ailleurs sauf qu'il faut absolument que l'on puisse déclarer un vainqueur.

Et cette pratique du tir au but me laisse perplexe : en quoi pourrait-elle fournir un résultat qui nous délivrerait un quelconque rapport de valeur entre une équipe et une autre, puisqu'il entre une très grande part de hasard dans le fait que le gardien intercepte ou non le ballon et puisque seuls 2 personnes se trouvent face à face après 90 minutes de jeu qui, elles, ont permis que les équipes au complet s'affrontent ?

Pour ce qui est du hasard du tir au but rappelons qu'il est à peu près impossible de déduire de la position du tireur ce que sera la trajectoire exacte de la balle et que la durée du parcours de la balle est inférieur à la durée du réflexe humain (entre la détection d'un stimulus et la réaction qu'il provoque) : même si le gardien pouvait déduire du premier mètre de cette trajectoire quel serait le point d'aboutissement sa constitution musculaire et nerveuse ne disposerait pas du temps nécessaire à une réaction qui permettrait l'interception.

Revenons à cet affrontement qui n'a pas permis de déterminer quelle serait "la meilleure" équipe et qui signifie qu'elles se situent au même niveau de compétence, que rien ne les départage.

Mais telles sont les règles du foot : insignifiantes.

Nous voici donc avec un vainqueur en très grande partie issu des lois du hasard et l'un des petits rameaux de l'histoire de l'humanité retiendra que l'Italie emporta "le" titre en 2006.

La radio m'informe donc de cette "grande victoire" et une revue de la presse italienne égrène les commentaires de quelques personnages politiques : on hésite entre l'hilarité et l'affliction et je regrette de ne pas avoir pris note.

Une récupération en règle qui assimile étroitement le pays à son équipe, toute distinction tombe, le pays EST l'équipe, soudainement, chacun devient presque l'auteur de ce tir au but, chacun et le pays tout entier devient "le meilleur".

Je comprends que l'enthousiasme puisse enflammer les foules et puisse faire, pour un temps, triompher la joie sur toute réflexion mais ne pourrions-nous pas souhaiter, de la part de politiques, un peu plus de recul ?

Des politiques, à quelques exceptions près peut-être, qui seraient tous atteints d'une irrésistible et dévorante passion pour le foot ?

Je doute que cette passion soit toujours aussi intense que ce que l'on veut faire croire...

Voici donc ce que nous, en France, avons gagné à perdre : il n'y aura pas de récupération politique de la victoire de l'équipe nationale car elle n'a pas obtenu cette victoire.

Que cette récupération ne puisse avoir lieu me réjouit car pour combien de semaines aurions-nous eu droit à des discours façon "la France qui gagne" à tous propos ?

Alors qu'il n'existe aucun lien, aucun parallèle pertinent, à établir entre une victoire sur un terrain de foot, fût-elle obtenue dans le cours du match et non dans ce jeu de hasard du tir au but, fût-elle ravie dans une compétition internationale, et l'ensemble de ce qui fait un pays, ses qualités, ses défauts, ses succès ou ses déboires.

J'espère de cette défaite que ses commentaires seront plus brefs que ceux qui auraient suivi une victoire, commentaires qui auraient monopolisé beaucoup de temps de parole et de minutes d'antenne, au détriment de véritables informations qui, elles, méritent véritablement qu'on s'y attarde.

Ainsi ces 15 derniers jours, de 15 à 20 minutes des JT du soir ont été consacrés au foot et à ce qui gravitait autour.

Souvent tout ce qu'il y avait de plus intéressant, avec des images de foules dans des situations variées, des interviews passionnants de passionnés ("nous on est venus pour faire la fête, alors on fait la fête...")...

Voilà donc ce qui importait, et il se passait suffisamment de choses nettement plus insignifiantes dans notre monde pour que l'on accorde un tel temps d'antenne au foot, probablement.

La question de l'audience explique probablement ce choix des chaînes d'accorder une telle place au foot au détriment de véritables informations.

Une audience qui influe directement sur les recettes publicitaires probablement, mais alors qu'en est-il de l'indépendance de la rédaction face à la publicité ?

Espérons-donc que cette défaite nous permettra un retour à des faits plus essentiels et saluons le fait qu'elle ne permettra pas à un certain nombre de politiques de "cocoricoter" stupidement (mais là je me livre au pléonasme) et interminablement sur "notre supériorité" de l'instant.

lundi 3 juillet 2006

Enjeu des présidentielles 2007 : la France en "locomotive" du Monde !

Intéressant ce mot : "locomotive", qui marie locomotion à motivation...

Nous ne rappellerons pas ici les très nombreux domaines dans lesquels se manifeste depuis quelques années déjà une dégradation forte et très généralisée de notre environnement.

Nous ne brosserons pas non plus le tableau des dégradations supplémentaires à venir, qui sont toutes imputables à des activités humaines dont l'intensité ne faiblit pas, bien au contraire.

Et nous ne démontrerons pas non plus que ces activités croissent à une vitesse jamais encore atteinte : il est bien connu que le nombre de "consommateurs" s'étoffe de jour en jour de par le monde, que le nombre d'automobilistes ne cesse d'augmenter, que les transports aériens véhiculent des foules de plus en plus fournies..., l'ensemble contribuant à augmenter toutes sortes de pollutions déjà sévères.

Tous ces paramètres nous tracent une ligne très nette qui nous conduit à un faisceau d'impasses.

Des impasses vers lesquelles nous nous dirigeons tous, quel que soit notre pays, notre statut social, notre croyance, notre couleur de peau..., et dont nous atteindrons tôt ou tard le fond si nous n'infléchissons ou ne brisons pas cette ligne.

Ces impasses ne se trouvent pas toutes à la même distance et n'ont pas toutes la même longueur mais toutes représentent une épreuve que nos sociétés devront subir et tenter de surmonter.

La pandémie de grippe aviaire nous fournit un tout petit exemple d'un phénomène général (il a touché plusieurs pays) qui a nécessité des efforts particuliers pour faire face à une situation imprévue, et à ce jour n'a pas eu de conséquences dramatiques (mais cette histoire est-elle finie ?).

Cette pandémie a nécessité que de nombreux pays s'unissent face au danger, mettent en commun leurs connaissances, les résultats de leurs recherches... tout ce qui permettrait peut-être de faire échec au danger.

L'avantage – pour autant que l'on puisse s'exprimer ainsi - de la grippe aviaire sur de nombreux autres risques, le risque d'une pénurie de certaines ressources par exemple, tient dans le fait que la menace d'être affecté par cette pandémie existe pour tout le monde sans que quiconque ait le loisir de jouer cavalier seul pour y échapper.

Cet "avantage" illustre avec force notre communauté de destin.

Tandis que face à d'autres risques, la raréfaction de ressources minérales ou énergétiques, par exemple, certains utiliseront une infinité de stratagèmes et parviendront à conserver leurs approvisionnements : le règne du "chacun pour soi" creusera les différences et les inégalités, accroîtra les sources de conflits et de déséquilibres avec des répercussions néfastes pour tous à terme.

Un "chacun pour soi" entre les nations qui se retrouve au sein de chaque nation jusque dans le plus petit hameau, et que l'on désignera du nom "d'individualisme", privilège accordé à un sort personnel sur un sort commun et qui omet que le sort de l'individu est indissociable de celui du groupe, un groupe aujourd'hui élargi à l'ensemble de l'humanité par l'effet de la puissance de nos actions cumulées.

Pourtant les impasses qui nous attendent tous nous le disent : notre destin est commun, nous ne lui échapperons pas.

Les changements climatiques nous affecteront tous, chacun différemment dans son espace géographique peut-être mais nous serons tous affectés.

Hormis des catastrophes (climatiques, financières...) fortes et généralisées qu'est-ce qui pourrait nous mener tous ensemble à considérer que nous devons nous unir afin d'éviter ensemble les impasses qui nous attendent, et donc consentir aux efforts et peut-être aux sacrifices que cela imposerait ?

L'exercice de la raison pure ne jouera pas ce rôle, nous le savons.

Seule la démonstration que nous disposons, si nous en avons la volonté, de tous les moyens nécessaires à conjurer le(s) mauvais sort(s) qui nous attend(ent) sera susceptible de provoquer un effet d'entraînement vers la prise de conscience que nous pouvons agir différemment sans que cela puisse être considéré comme une régression.

Il s'agirait en fait de créer de toutes pièces un nouvel "art de vivre" qui serait plus réparateur que destructeur de notre environnement, et cette création devrait faire appel au talent, à l'intelligence, aux capacités de chacun : cette création pourrait devenir source d'un vaste épanouissement.

Quel élan presque poétique après ces perspectives tragiques, qui relèvent plus de la politique !

Mais savoir créer les conditions d'un épanouissement commun appartient au domaine de la politique, même si ce résultat est rarement atteint.

Tout n'est question que de savoir utiliser les outils appropriés au bon moment, et c'est d'ailleurs ainsi qu'agit l'artiste comme l'ouvrier : pour accomplir sa tâche de la meilleure façon tandis qu'il semblerait qu'un certain nombre de politiciens emploient les outils de la politique afin d'accomplir, en priorité, le destin qu'ils se sont imaginés, la tâche perdant parfois en chemin son accent circonflexe...

Mais comment créer cet enthousiasme, cette renaissance, empêtrés que nous sommes dans une foule d'inextricables problèmes auxquels nous ne trouvons pas de solutions (chômage, insécurité, immigration, pauvreté...) ?

En adoptant des méthodes révolutionnaires, qui seules seraient à la hauteur d'une véritable renaissance.

En s'offrant le culot d'oser plus loin que ce que personne n'a jamais tenté, en décidant de franchir d'un seul souffle un très grand pas avec le risque de s'y perdre personnellement ou d'y faire gagner tout le monde ensemble.

De quoi s'agit-il dans le contexte des présidentielles 2007 ?

De savoir réunir sur un programme original et fort qui entraînerait l'adhésion et la contribution de la plupart sinon de tous : cela signifie entre parenthèse que la question du chômage serait vite réglée et, par cascade, celle du désoeuvrement et des débordements de certaines fractions de la population ne se poserait plus dans des délais assez brefs.

La contribution de tous car l'invention de ce nouvel art de vivre serait une tâche de grande ampleur qui trouverait ses fondements dans une évolution matérielle de nos conditions de vie : pour ne donner qu'un exemple une source très importante d'efforts concernerait l'adaptation du bâti existant à l'utilisation massive des énergies renouvelables.

Un chantier de 20 ou 30 ans à un rythme soutenu pour ce qui concerne la France, avec de très nombreux emplois à la clef.

Un art de vivre qui ne nous serait pas dicté par "les lois du marché" mais qui dicterait ses lois au marché : c'est ce à quoi nous devons parvenir.

Utopie ?

A première vue peut-être mais à mieux observer ces fameuses lois, elles dépendent toujours de la résultante de nos décisions tant collectives que personnelles : que deviendrait le marché du fromage si soudainement nous nous trouvions tous ensemble d'excellentes raisons de ne plus consommer de fromage, ou de ne manger que du fromage ?

L'un comme l'autre de ces choix aurait des répercussions profondes sur de nombreux secteurs d'activité et jusque sur les paysages de notre pays.

Prenons donc conscience que nous pouvons avoir raison des effets négatifs des "lois du marché", et il pourrait en être du pétrole comme il en serait pour le fromage : en ce domaine la Suède agit en précurseur avec un programme visant à se passer du pétrole dans une petite quinzaine d'années.

La Suède veut éliminer le pétrole au profit des énergies renouvelables

Ainsi je n'estime pas utopique que la France puisse devenir un pays très florissant, très équilibré, ayant résolu un très grand nombre de problèmes qui aujourd'hui la freinent, ayant assumé une bonne part d'une décroissance de certains types d'activités (une nécessité qui se fait jour avec une acuité croissante dans un certain nombre de domaines) et bénéficiant pleinement d'un autre type de croissance, qui ne serait en rien dévastatrice.

Bien avant un tel accomplissement elle serait imitée, on lui envierait ce nouvel équilibre en devenir, sa renaissance en cours.

Pour parvenir à cela il faut un projet ambitieux, solide, visionnaire peut-être : rien encore de ce qui s'est écrit en forme de programme pour 2007.

Et il faut une personnalité capable de convaincre, de rassembler, d'unir et de nous faire profondément prendre conscience de notre communauté de destin, d'un destin qui pourrait devenir plus désirable que ne le sont certaines de nos perspectives actuelles d'avenir.

Ce n'est pas un banal expulseur d'écoliers qui nous y conduira...

Et s'il peut y avoir dans une telle renaissance un enjeu pour les présidentielles 2007 en France, voyons bien qu'il s'agit de tenter d'initier une renaissance au niveau mondial, qui n'aura probablement jamais lieu si personne ne lui fournit sa locomotive...

Qu'elle n'ait pas lieu serait la pire des choses, la ligne directe vers nos incontournables impasses...

Alors la France comme locomotive ?

Pourquoi pas, dans le droit fil de sa révolution de 1789, mais sans Terreur ni échafaud : notre pays est-il encore capable d'un tel sursaut ?

Quelques pages connexes :

Politique économique, sociale et industrielle : inventer une autre croissance

Allocation d’existence

1er juillet, Jour de l'Interdépendance

Croissance ou décroissance, mythe du "durable" et de "l'équitable" ?

Quitte ta campagne, rejoins ton bidonville !

Quelle particularité française pourrait-on bien défendre ?

samedi 1 juillet 2006

Politique économique, sociale et industrielle : inventer une autre croissance

Les caractéristiques actuelles de notre niveau de vie, de notre consommation et de notre croissance sont telles qu'il faudrait que l'humanité disposât de 3 planètes équivalentes à la Terre pour que tous les humains du monde aient notre niveau de vie ("empreinte écologique" moyenne d'un français = 3 environ).

Rien ne nous permet à ce jour de penser que notre croissance future nous permettra de ramener cet indice de 3 à une valeur notablement inférieure car aucune mesure n'a été prise afin de modifier la structure de notre croissance économique : la poursuite de cette croissance sous sa forme actuelle implique donc que cet indice de 3 se maintiendra au voisinage de cette valeur, dans le meilleur des cas.

Ceci dans la mesure où nous demeurerons "libres" de poursuivre ce type de croissance, et cette liberté est en fait encadrée par le contexte de compétition internationale pour l'appropriation des ressources, or cette compétition est très rude et rien ne permet d'imaginer qu'elle s'assouplira.

Notre "liberté" dans ce domaine dépend donc directement de notre capacité à la faire valoir, qui n'est autre que l'image de notre "puissance" par rapport à celle d'autres concurrents, ou autrement exprimé, de notre efficacité prédatrice.

Il s'agira donc pour chaque pays qui souhaite améliorer son développement, augmenter sa croissance, de s'approprier certaines ressources disponibles en quantités limitées (cas de l'eau dans de très nombreux pays, voir notamment cette problématique dans la région Turquie – Irak – Jordanie – Syrie...), appropriation qui privera donc d'autres pays de cette ressource, privation totale ou partielle.

La croissance de la consommation de biens matériels, à l'heure actuelle, est donc synonyme d'une captation de ressources de la part des "plus forts" au détriment des "plus faibles" et, vu le caractère fini, non extensible, d'un certain nombre de ressources, tous nos discours sur le développement des pays les plus pauvres se heurte à cette problématique :
  • soit nous poursuivons notre croissance avec la structure que nous lui connaissons aujourd'hui (captation de ressources finies) ET nous maintenons dans leur état de grande pauvreté matérielle un très grand nombre de pays. Cette volonté de poursuivre notre croissance sous cette forme implique clairement que nous ne souhaitons pas que ces pays deviennent des concurrents plus efficaces : ils doivent donc rester pauvres et faibles.

  • soit nous adoptons un style de croissance largement indépendant de ces ressources finies.


Par l'effet conjugué des différentes compétitions pour l'appropriation d'un certain nombre de ressources (et en fait le refus, de la part de ceux qui en dispose d'un meilleur accès, d'en envisager un partage mondial équitable) et de la faiblesse de l'aide consentie aux pays en voie de développement (0.1 à 0.2% du PIB contre un engagement de 0.7%) nous constatons aujourd'hui que nous faisons largement le nécessaire pour maintenir les plus pauvres dans leur état de pauvreté.

Organiser le partage mondial équitable d'un certain nombre de ressources a pour corollaire un refus de notre part de poursuivre notre consommation boulimique d'un certain nombre de produits : ce type de refus ne serait possible qu'à plusieurs conditions pour être acceptable.

Les populations des pays les plus riches ne sont visiblement pas disposées à renoncer à un très grand nombre d'éléments de leur niveau de vie : il faut donc trouver un certain nombre de substituts à des produits très consommateurs de ressources finies.

Ce partage équitable nécessiterait cependant un certain nombre de renoncements auxquels il faudrait trouver des justifications fortes et peut-être certains dérivatifs : il faut initier certaines "révolutions psychologiques".

Le pouvoir d'achat ne devrait pas se trouver réduit, pour de larges pans de la population, sous peine d'un accroissement de la pauvreté, déjà très honteusement présente dans les pays les plus riches : il serait donc indispensable de mettre en place des outils économiques capables d'assurer une répartition des richesses plus équitable, outils qui agiraient non sur la base d'une valeur absolue redistribuée à certaines couches de la population (tant d'euros par personne selon son statut particulier et quoi qu'il arrive), mais d'une valeur relative de la richesse globale disponible.

L'équité serait à ce prix : que chacun bénéficie d'une portion de la richesse globale de son pays, et le principe d'une allocation d'existence calculée sur le PIB l'assurerait.

Allocation d'existence : une politique économique et sociale forte

Car le sentiment d'un destin commun, dans notre société fortement individualiste, n'émergera pas de l'air du temps, il ne peut naître que sous influence.

Or seul le sentiment d'une communauté de destin nous permettra de nous montrer efficaces face à certains défis qui nécessitent la mobilisation de tous (changements climatiques par exemple).

Outre l'avantage de réduire de façon volontaire et raisonnée notre empreinte écologique, c'est à dire le poids de notre existence sur notre planète et sur nos contemporains, ce partage équitable nous préparerait très efficacement à ce qui se profile aujourd'hui : la contrainte infranchissable de la finitude qui, petit à petit, nous privera TOUS d'un certain nombre de ressources pour cause d'indisponibilité (et des solutions de substitution que nous n'aurons pas pris le temps de mettre au point avec suffisamment d'avance), à moins que nous décidions de tenter de nous les procurer coûte que coûte.

Que serait cette tentative ?

Elle prendrait plusieurs formes, selon la ressource envisagée.

Qu'il s'agisse du platine, dont les stocks connus sont très limités, nous ferions des prospections dans des endroits que nous avons protégés jusqu'à maintenant, l'Antarctique par exemple, en mettant en danger cette région à la fois fragile et très importante sur le plan de différents équilibres.

Qu'il s'agisse de l'énergie, nous développerions aussi vite que possible (ce qui est en voie de se faire) les techniques de liquéfaction de charbon ou de gaz afin de fabriquer différents types de carburants que nous fournit actuellement le pétrole, avec comme corollaire une augmentation continue de la teneur en gaz à effet de serre de l'atmosphère et un réchauffement climatique accru, réchauffement déjà terriblement inquiétant.

A bien y réfléchir notre type actuel de croissance, basé sur l'utilisation de ressources finies, représente des dangers plus graves que n'importe quel "terrorisme international" car il est synonyme d'un accroissement des luttes pour l'appropriation de ces ressources, d'une poursuite de l'enrichissement de certains au détriment d'autres, de l'accroissement de diverses pollutions graves, de perpétuation de situations de pauvreté, de flux migratoires intarissables et croissants...

On ne voit pas d'autres solutions à l'ensemble de ces problèmes que celle qui consisterait à modifier profondément la structure des critères sur lesquels s'effectue notre croissance économique, qui semble aujourd'hui un paramètre vital pour nos sociétés.

Il est donc capital que nous sachions réorienter nos sociétés vers un modèle pour lequel les critères de croissance se baseraient sur l'utilisation de moins de ressources finies, et donc beaucoup plus de ressources renouvelables.

La mise en place d'un tel processus serait un ressort de croissance (et de création d'emploi) d'une redoutable efficacité car il impliquerait d'effectuer de profondes modifications de l'existant (pensons par exemple à la tâche imposante que constituerait la transformation de l'ensemble du bâti actuel vers une utilisation moindre d'énergie de chauffage) et des efforts de recherche notables.

La conséquence de ce processus serait une décroissance de certains types de consommation et par conséquent de certaines activités, ce qui déplaira fortement aux acteurs de ces secteurs.

Comme l'on constate de fortes collusions entre certains acteurs majeurs de l'économie et une large part de notre personnel politique, c'est probablement sous la pression de l'opinion publique que nous pourrions obtenir ce glissement vers un modèle économique et social plus viable dans la durée, à moins que des événements (politiques, ou climatiques par exemple) viennent bousculer de façon brusque nos habitudes et nous contraignent à abandonner certaines pratiques, à moins aussi que nous sachions renouveler nos politiques dans le "bon sens"...

Mais pour qu'elle puisse réagir il faut que l'opinion publique prenne la mesure des réalités actuelles et de l'avenir vers lequel elles nous conduisent : c'est la mesure des incohérences de nos différents discours, de nos modes de vie, c'est aussi la mesure de la non information sur certains enjeux ou même, souvent de la désinformation dont ils sont l'objet.

Ainsi il serait important de lever la confusion qui existe souvent entre "innovation" et "progrès".

Si certains innovent en organisant des vols spatiaux de loisirs, cela ne constitue probablement pas un "progrès" pour l'humanité.

De même il conviendrait de s'interroger sur certains "progrès de la mondialisation" comme celui qui consiste à importer quotidiennement, par avions gros porteurs, des chargement de fleurs coupées cultivées en Chine ou en Afrique vers l'aéroport de Vatry (Marne) : une sorte de progrès qui n'est pas irréprochable à tous points de vue.

L'aéroport de Vatry, vous connaissez?

Aujourd'hui, comme le rappelait récemment le président de la République, la France est un pays parmi les plus riches de la planète, et donc un pays capable de se procurer un certain nombre de ressources finies, un pays qui jouit par ailleurs d'un climat favorable à la production d'un grand nombre de richesses.

Changements climatique et émergence de pays comme la Chine, le Brésil et l'Inde dans la compétition internationale à des niveaux de technicité et de performances de plus en plus voisins des nôtres ne garantissent nullement que nous pourrons maintenir cette position : nous risquons de toutes façon de voir notre position sur la scène internationale évoluer vers un certain recul, qui aurait des conséquences pénibles.

Ce recul est déjà constaté dans un certain nombre de domaines, citons la recherche scientifique par exemple.

La raison, mais aussi la prudence, nous indiquent clairement que nous devons trouver des solutions originales pour modifier profondément nos façons d'agir : le domaine de prédilection de cette action se trouve dans le changement de notre mode de croissance, car il conditionne de très nombreux facteurs, et la révision de ce mode ce croissance implique de modifier en profondeur le mode de redistribution des richesses, croissance et redistribution se trouvant en interaction serrée.

Une croissance commune de tous, une croissance partagée, ne pourra exister que si nous modifions profondément les ressorts de la croissance, les bases sur lesquelles elle se développe.

Cette modification pourrait nécessiter des sacrifices mais elle provoquerait l'émergence d'une dynamique qui serait source de meilleurs équilibres, dans chaque pays et dans le monde.

Ces sacrifices se trouveraient donc largement compensés par un équilibre général de meilleure qualité et la diminution d'un certain nombre de risques.

Malheureusement il semble que des réflexions de cet ordre sont totalement absentes des programmes des prétendants à la présidentielle 2007.

Pourtant le Sénat se préoccupe de de ce type de question en des termes très clairs : "...il s'agit de déterminer comment l'homme pourra utiliser de mieux en mieux des ressources qui sont de plus en plus rares, tout en s'assurant que cet emploi soit aussi neutre que possible pour la préservation des équilibres de la biosphère.".

Les apports de la science et de la technologie au développement durable, Tome I : Changement climatique et transition énergétique : dépasser la crise

Plus loin : "Ces évènements devraient appeler notre attention sur les menaces qu'impliqueraient, pour notre système d'organisation sociale et économique, les changements climatiques, la raréfaction accélérée des ressources naturelles énergétiques utilisées pour l'industrie, les transports des hommes et des marchandises et le chauffage.

Toutefois, on note que ni les évènements climatiques, ni la hausse du prix des carburants n'ont, jusqu'ici, empêché la croissance mondiale de se poursuivre. Jusqu'ici mais jusqu'à quand ?

La faiblesse des réactions des acteurs décisionnels de la société face à ces événements apporte la preuve que des événements plus graves sont nécessaires pour infléchir les pratiques économiques et sociales à la hauteur des enjeux en cause.

Or, le temps presse.
".

Et encore : "Il faut opérer une synthèse rigoureuse de l'état actuel du modèle énergétique de la planète, développer une vision claire des enjeux réels et de leurs évolutions, ainsi qu'une compréhension des enjeux tant géopolitiques que techniques, ceci en tenant compte des volumes financiers et des durées qu'impliquent tout changement important dans le domaine des usages des énergies fossiles et dans la lutte contre les effets des dérèglements climatiques.".

En effet, et ce constat une fois posé nous conduira immanquablement à une modification profonde des critères de croissance que nous devrons alors appliquer.

A défaut de cela nous risquons de devoir affronter une facture salée : "Le manque de solidarité entre les pays qui luttent contre le changement climatique et ceux qui veulent en ignorer la menace deviendra un facteur de tension politique majeur et conduira à un éclatement des structures internationales.

Cette distorsion de concurrence deviendra insupportable même si les pays qui prendront de l'avance dans la lutte contre l'effet de serre seront à terme gagnants dans le secteur clé de l'innovation technologique.
".

Ainsi même si nous nous trouvions "à la pointe du progrès" dans certaines disciplines nous ne serions pas à l'abri de certains désagréments (un éclatement des structures internationales ne nous laisserait pas indemnes), mais nous disposerions d'atouts majeurs pour rebondir, ce qui n'est assurément pas le cas aujourd'hui...
Le blug de l'encéphalugomme molle n'est pas un blog vitaminé : ce n'est qu'un blug, un blog des bugs, des bugs de l'intelligence. Vous savez cette merveilleuse chose indéfinissable qui a permis à l'homme de devenir le maître incontesté de la nature... Ici vous trouverez peut-être de gentilles horreurs et des raisonnements tordus : prudence...
Il est encore temps de fuir !
? i n t e l l i b l u g
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