A partir de quel seuil du prix de l'énergie deviendra-t-il prohibitif de chauffer des serres lorsque la température l'exige (maraîchage), labourer sera-t-il un jour un luxe que seuls certains pourront se permettre ?
Très inquiétant, le fait que de nombreux agronomes s'accordent à constater que nos terres agricoles présentent des sols fort dégradés, qui offriraient de très faibles rendements s'ils n'étaient régulièrement enrichis d'engrais tirés pour l'essentiel de ressources fossiles (pétrole, gaz) et qui nécessitent des transports de pondéreux sur de longues distances (pétrole encore).
Sans engrais la chute de rendement affecterait de façon identique les cultures vivrières et celles destinées à la production de biocarburants, ce qui réduirait à fort peu de chose l'effort consenti pour développer cette filière.
On mesure donc l'importance d'une bonne préparation de l'ensemble des secteurs de l'agriculture à un choc pétrolier intense et durable.
Or la régénération des sols exige du temps (3 à 6 ans selon les profils biologiques et pédologiques), des connaissances spécifiques (temps d'acquisition de façons de raisonner différentes et de connaissances différentes, temps d'adaptation pour une mise en pratique efficace...) et un matériel de mise en culture approprié (capacités d'investissement).
Il semblerait que, pour cause de déficit hydrique, les récoltes de la saison 2005 seraient inférieures à la moyenne de ces dernières années (-10% pour le blé, -20% pour le maïs ? Données à confirmer).
Cela pour une année au cours de laquelle il a "seulement" fallu se passer d'une irrigation suffisante à la bonne croissance des plantes.
Qu'en serait-il d'une année où il faudrait également se passer d'engrais ?
De très nombreuses terres agricoles sont à peu près inertes d'un point de vue biologique (sols abiotiques, d'où la vie est assez largement absente) et les phénomènes d'interaction entre la pédologie et la biologie qui sont acteurs d'un enrichissement naturel (dégradation des couches supérieures du sous sol et transferts verticaux de matière) ne s'y produisent que de façon très réduite.
Aucun effort n'est par ailleurs déployé afin de FAVORISER d'autres formes d'enrichissement indépendantes des apports d'engrais de synthèse (engrais verts et autres techniques), et très appauvris en matière végétale ces sols très minéralisés ont un pouvoir très faible de rétention de l'humidité : l'eau ruisselle ou percole trop rapidement, entraînant au passage fertilisants et pesticides (un sol à l'activité biologique forte retient mieux l'humidité et les fertilisants, tandis qu'un certain nombre de molécules, notamment de pesticides, peuvent s'y dégrader in situ).
Par exemple dans le Marais Poitevin (peut-être à l'agonie du fait de la sécheresse et d'une gestion des eaux catastrophique) de très nombreux sols agricoles présentaient d'importants réseaux de fissures. En Août 2005 dans des terrains où, ces dernières années, le niveau de l'eau des conches qui bordent ces surfaces est à 30 - 40 centimètres sous la surface du sol, j'ai relevé une profondeur moyenne de ces fissures de 70 centimètres. On retrouve ces fissures sur les chemins et les routes, comme témoins d'un assèchement intense et généralisé.
Et le niveau constaté ces dernières années doit être considéré comme un niveau déjà très bas par rapport à ce qu'il était en moyenne il y a une cinquantaine d'années, lorsqu'on ne cultivait pas encore le maïs dans cette région qui était alors un véritable "milieu humide", caractéristique en cours d'amenuisement rapide...
Très peu d'efforts sont déployés pour utiliser des matériaux d'enrichissement sous des formes UTILES ET NON POLLUANTES : si l'on injecte dans certaines région du lisier de porc dans les surfaces agricoles ce n'est pas la façon la plus efficace ni la moins polluante d'utiliser ce lisier brut (voir certaines techniques de valorisation de ce sous produit).
Il résulte de cela trois inconvénients majeurs dont le coût social et environnemental est - ou pourrait être - très élevé : une forte dépendance au pétrole, des niveaux de pollution inacceptable (voir l'état déplorable des eaux de surface et des eaux souterraines en France) et l'impossibilité de disposer de sols fertiles de façon immédiate dans le cas où les engrais deviendraient subitement inaccessibles, quelle que soit la raison de cette inaccessibilité.