Plusieurs risques liés à nos ressources énergétiques pèsent sur nos sociétés.
Chacun de ces risques a de très fortes probabilités de se manifester, à des dates que nous ne savons pas prévoir et avec des amplitudes dont nous ignorons tout.
Ces risques nous conduiront à tenter de substituer aux énergies fossiles des énergies renouvelables, dont certaines seront tirées de la biomasse. Une biomasse qui ne nous fournira jamais autant d'énergie que celle que nous consommons aujourd'hui en pétrole ou en gaz naturel.
Privées de leurs ressources fossiles avec plus ou moins d'intensité et de soudaineté nos sociétés, qui ne disposent aujourd'hui d'aucune solution de rechange, risquent de connaître de forts bouleversements qui affecteront tous les secteurs d'activité et qui pèseront lourdement sur les conditions de vie de chacun.
Tirer de l'énergie de la biomasse nécessitera une intensification de l'agriculture, une agriculture qui, telle qu'elle est pratiquée actuellement, se trouve à la source de pollutions intenses et dangereuses. Si certaines hypothèses scientifiques et médicales se confirment nous devons nous attendre à un "scandale des phosphates" (pollution due à l'agriculture et aux lessives) aussi dramatique que le fût celui du sang contaminé. Car d'ores et déjà nous savons, comme pour le sang, que l'eutrophisation des eaux par les phosphates présente des dangers majeurs avec la généralisation de la pollution des eaux par des neurotoxines, hépatotoxines et dermatotoxines.
Mais cette agriculture sera durement affectée par une forte augmentation du prix du pétrole, et sa reconversion vers des pratiques présentant une moindre dépendance au pétrole ne pourra se faire instantanément.
Le gouvernement français a choisi de développer certaines filières de biocarburants, préconisant celles qui offrent les rendements les plus faibles, faisant fi de plusieurs études scientifiques incontestées qui démontrent que les huiles végétales pures ou brutes (HVB / HVP) seraient la solution la meilleure à tous points de vue.
"Les huiles végétales pures présentent le meilleur bilan énergétique des différentes filières biocarburants. L’étude ADEME/DIREM de 2002 a en effet montré que le rendement énergétique (énergie restituée/énergie non renouvelable utilisée) se situe aux alentours de 0,9 pour l’essence et le diesel, entre 2 et 3 pour les biocarburants classiques, alors qu’il se situe autour de 5 ou 6 dans le cadre des filières huiles végétales pures. A noter que ce rendement énergétique augmente encore avec l’utilisation de pratiques culturales faiblement utilisatrices d’intrants. Cette différence entre les biocarburants classiques et huile végétale pure s ‘explique par la consommation d’énergie nécessaire dans les étapes de transformation industrielle des biocarburants « classiques » ; Le bilan énergétique est d’autre part optimisé par les faibles transports générés par cette filière (production, transformation, utilisation locale)"
Cette citation est tirée du texte de Gilles Vaitilingom (CIRAD) que l'on peut trouver à cette adresse [fr pdf]
et qui provient du site http://www.rhonalpenergie-environnement.asso.fr [fr]
, où se trouvent plusieurs démonstrations de la bonne adaptation des HVB / HVP à différents types de moteurs diesel.
Les constructeurs automobiles français sont venus à l'appui du gouvernement pour déconsidérer les HVB, lui fournissant un appui technique à l'interdiction d'utilisation qui en est faite.
Pourtant les huiles végétales pures sont distribuées à la pompe en Allemagne sans la moindre objection de la part des constructeurs et il se vend en Allemagne un kit de bi-carburation gazole HVP certifié ISO 9001 et TÜV.
Il n'y a donc en fait aucun motif technique à interdire l'utilisation des HVB en France, et cette interdiction est, depuis le 01/01/2005, en contravention avec une directive européenne.
Par ailleurs un rapport de l'Union Européenne sur l'énergie, le rapport Turmes, recommande avant toute prise de décision, une évaluation approfondie des différentes filières avant qu'un choix soit établi : une façon de mentionner que toutes les filières ne se valent pas !
Quel citoyen français a eu connaissance d'une évaluation approfondie sur laquelle le gouvernement aurait fondé ses décisions ?
Non seulement des arguments fallacieux auraient pu être avancés par les constructeurs et par le gouvernement mais toutes les hypothèses n'ont pas été explorées dans des conditions de transparence républicaine sur des choix qui nous engagent tous.
Sur une période d'une durée indéterminée nous assisterons à une intensification de l'agriculture intensive et des pollutions qu'elle génère, tandis que d'importantes unités de transformation de la biomasse vont se construire et entrer en service.
Durant cette période l'objectif de réduire nos émissions de gaz à effet de serre dans le domaine des carburants aura été très médiocrement atteint.
Dans un second temps, lors de l'intervention de l'un des risques liés à nos ressources énergétiques, nos sociétés subiront des atteintes plus ou moins intenses qui impliqueront une réorganisation plus ou moins poussée.
Cela signifie qu'entre l'instant de la manifestation du risque et celui où la société retrouvera son équilibre existera une période intermédiaire d'une durée qui pourra être longue et qui sera marquée par un certain niveau de désorganisation sinon de paralysie de la société (du à des phénomènes physiques, météorologiques, biologiques, sociaux...).
Ces déséquilibres pourront facilement ruiner les efforts actuellement entrepris pour augmenter notre utilisation de biocarburants à base d'éthanol, de méthanol ou d'oléagineux nécessitant des processus industriels lourds.
Il pourra notamment se produire que l'opportunité d'utiliser des carburants fossiles afin de fabriquer ces biocarburants ne soit plus la même qu'aujourd'hui : nous pourrions être réduits à un rationnement du pétrole impliquant des choix, et l'abandon de certaines activités.
D'autre part comme il sera vraiment devenu nécessaire, comme dans tous les temps de pénurie, d'atteindre un niveau maximal d'économie et d'efficacité, la filière des HVB reprendra naturellement le dessus.
Enfin il faudra peut-être compter avec les pressions des citoyens qui, pris à la gorge, n'accepteront peut-être plus que soit encore interdite une solution parfaitement fonctionnelle et qui leur permettrait d'effectuer parfois un ou deux déplacements assez indispensables.
Nous nous retrouverons donc avec des usines à l'arrêt, qui auraient fonctionné un certain temps sur la base d'un assez grand gaspillage énergétique et agricole, usines qui n'auraient probablement plus aucune chance d'être remises en service.