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OGM et citoyens

L'état et les garnements...

Il y a vraiment de la mauvaise graine en France...

Voyez ces fichus faucheurs, dans les champs que de courageuses multinationales s'efforcent de protéger pour notre plus grand bien et celui de l'humanité toute entière...

Et voyez tous ce petits curieux qui voudraient se mêler de tout savoir sur tout et n'importe quoi, alors que des savants leur disent que tout va très bien !

Jusqu'à vouloir se procurer ces fameux résultats de tests de toxicité sur les OGM...

Des documents tout à fait confidentiels : quel culot !

Et le gouvernement français de demander à la Commission Européenne que ne soient pas diffusés certains documents concernant les OGM, ou bien qu'ils soient expurgés de certains paragraphes "dont la divulgation pourrait nuire à la position concurrentielle" de l'entreprise.

Pourquoi dissimuler ? Quels secrets ?

Qu'une compagnie qui met au point des organismes génétiquement modifiés maintienne secret son savoir faire, le détail des processus par lesquels elle a fabriqué ces OGM doit être considéré comme normal et même obligatoire pour sa survie : c'est grâce à ce savoir faire qu'elle sera compétitive et pourra continuer d'exister.

Mais cette entreprise est à l'origine de la mise sur le marché de produits destinés à se reproduire dans la nature et, souvent, à rejoindre nos assiettes.

Ces deux caractéristiques nous concernent tous car nous sommes concernés par les interactions possibles entre les espèces artificielles (animales, végétales ou bactériennes) et les espèces naturelles aussi bien que par les qualités sanitaires de nos aliments.

Et le passé nous a montré que les certitudes apaisantes de certains groupes de "savants" ne constituait pas une garantie absolue de l'innocuité d'un produit. Ainsi l'Académie des Sciences a longtemps prétendu que l'utilisation de l'amiante ne posait aucun problème alors que sa dangerosité était connue.

Or le gouvernement s'efforce de dissimuler, ou d'obtenir que soient dissimulées, des données scientifiques sur les OGM : les résultats de tests de toxicité.

Quelle pourrait être la justification d'un secret bien gardé sur les conséquences de l'ingestion d'OGM par des animaux de laboratoire, par exemple ?

On peut se poser des questions sur les protocoles de test, la conduite de ces tests et sur les résultats.

Les protocoles permettent-ils d'effectuer des essais qui auront une réelle signification extrapolable à l'alimentation humaine comme à celle du bétail ? Ont-ils été validés par la communauté scientifique ?

Les essais ont-ils été réalisés en strict respect des protocoles ?

Les résultats indiquent-ils une absence totale d'anomalies ?

Une réponse positive à chacune de ces trois questions serait la condition pour qu'aucun frein ne soit mis à la divulgation totale des rapports d'essais : tout doute sur les OGM, au moins du point de vue de leur consommation, serait clairement levé et leur commercialisation ne poserait alors pas de problèmes insurmontables.

Les compagnies qui pratiquent la transgénèse auraient d'ailleurs peut-être été les premières à vouloir divulguer largement ces données, qui ne concernent en rien leur savoir faire de base.

Or elles ne l'ont pas fait et l'on peut aussi supposer qu'elles auraient pu exercer des pressions afin que ces données demeurent confidentielles.

Et le seul motif à tenir ces données secrètes tient dans le fait que leur publication induirait dans le public une méfiance et un rejet accru de ces OGM, et non un accueil plus favorable puisqu'il s'agit de "ne pas nuire à la position concurrentielle" des entreprises.

On peut donc supposer que ces documents souffrent de quelques "défauts" sur la validité des protocoles, sur leur mise en oeuvre ou sur les résultats des tests qu'ils ont permis de réaliser, au choix, puisque nous ne savons en fait rien de précis.

A moins que le gouvernement ait décidé soudain, en secret, de mettre un frein puissant au développement des OGM en France et ne souhaite pas que soient divulguées des preuves de leurs effets parfaitement et totalement bénéfiques ?

Mais nous l'avons vu les compagnies auraient publié elles-même ces preuves.

Entretenir ignorance et suspicion, museler le public, dégrader la citoyenneté

N'ayant pas eu accès aux documents que le gouvernement veut "protéger" je ne peux qu'émettre des suppositions sur leur contenu et, partant du principe "qu'il n'y a pas de fumée sans feu", je dois retenir l'hypothèse que leur divulgation porterait un certain tort aux compagnies qui commercialisent ces OGM.

Sans adopter l'idée d'un complot généralisé ("on nous cache systématiquement tout") je dois constater que l'on veut nous dissimuler des données qui nous permettraient d'affiner nos connaissances sur les OGM et, par conséquent, de nous faire une opinion plus pertinente sur ce qu'ils sont.

J'en déduis que le gouvernement désire nous interdire la possibilité de nous forger une opinion que nous serions capables d'argumenter sur la base de connaissances complètes et fiables.

Rien, dans la constitution ou dans nos lois, ne permet à un gouvernement de dissimuler des données scientifiques portant sur la qualité des produits que nous serons appelés à consommer de façon directe ou indirecte (alimentation humaine, ou animale d'élevage).

Le gouvernement outrepasse nettement ses droits et porte une grave atteinte à la citoyenneté, qui suppose que nous soyons en mesure de nous prononcer "en connaissance de cause".

Justifier de son évaluation ? Censurer l'AFSSA ?

Si le gouvernement entend faciliter l'introduction des OGM en France ce ne peut être que sur la base d'une évaluation et, comme il ne s'agit pas ici d'un domaine classé "secret défense", chaque citoyen doit pouvoir se prononcer sur cette évaluation.

Pour ce qui est de l'alimentation l'AFFSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) devra pouvoir statuer sur les OGM et fournir au public des rapports dont la validité scientifique devra être totale en fonction de l'état le plus récent des connaissances.

A quelle censure le gouvernement voudra-t-il soumettre l'AFSSA afin que nous n'ayons aucune chance de découvrir ce qu'il voudrait nous dissimuler ?

Incitation au rejet et recherche française

L'attitude du gouvernement risque d'accroître le rejet assez massif et opiniâtre qu'a la population française vis à vis des OGM, en aiguisant une méfiance déjà forte.

Lorsqu'il est question de destruction d'OGM par les fameux "faucheurs volontaires", OGM dont la culture n'est théoriquement autorisée sur notre territoire qu'aux fins de recherche, il est toujours déploré que ces actions causent un tort important à la recherche française en biotechnologies.

L'attitude du gouvernement, par le risque d'amplification du rejet, ne peut qu'accroître les difficultés des chercheurs français dont on dit souvent qu'ils figurent parmi les meilleurs au monde.

Et c'est un grand dommage car rien ne démontre qu'ils ne seraient pas capables de fabriquer un jour des OGM dotés de plus grandes qualités et de défauts qui ne seraient pas rédhibitoires.

Refus catégorique

En attendant la divulgation de tous les documents complets, assortis de la preuve qu'il s'agit d'originaux complets, sur les tests sanitaires, études de toxicité et données sur les cultures à l'air libre, concernant tous les OGM dont la commercialisation pourrait être autorisée en France mon attitude ne pourra être que celle d'un refus catégorique de ces variétés ainsi que de tous leurs dérivés.

 
 
 




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